Ten
Ceci n’est même pas un flim.
Ten

Dix ans. Ne comptez pas sur moi pour me fendre d’un « c’est comme si c’était hier » ; tant de choses ont changé en effet, depuis ce premier article écrit le 28 mai 2001, dans ma vie comme dans celle des autres rédacteurs de Sancho, passés et présents, que les années ont bel et bien passé. Du célibat post-étudiant à la vie de famille, des premiers boulots à une certaine réalité professionnelle, les changements ont été légion ; pourtant Sancho, lui, est demeuré une constante, trublion moustachu qui s’est arrangé, tant bien que mal, de l’évolution contraignante de nos emplois du temps.

Le web aussi a changé pendant cette décennie du 2.0 et au-delà, et Sancho, dans une certaine mesure, s’en est fait le témoin. Depuis ses premières pages, statiques, au tout dynamique, le site est passé par de nombreuses chartes (et quelques extensions éphémères), pour se stabiliser, un peu, sur une approche plus sobre qui veut que le contenu, somme toute, est déjà du design en soi. Des pages persos, nous sommes passés aux blogs. De la synchronisation sous Dreamweaver, à une multitude de CMS open source. Du chaton qui traverse la page, à jQuery. Des simples forums et livres d’or, au tout communautaire. On pourrait discuter des heures des bienfaits et méfaits de la société virtuelle, de la réalité d’un partage qui, trop souvent, culte de l’anecdotique, se résume à la seule capacité de partager, mais l’évolution est bien là. Sancho lui a fait quelques concessions – une page Facebook, qui permet de suivre votre appréciation de notre travail ; un compte Tweeter, qui nous permet de suivre l’actualité au travers du travail de nos confrères - mais sur ce point comme sur quelques autres, notre site est demeuré, j’en conviens, quelque peu passéiste.

Une lacune qui va de pair avec l’utopie certaine que représente, depuis ses premières balises HTML, le projet Sancho, férocement affranchi de toute volonté d’incarnation commerciale. Il n’a jamais été, et ne sera jamais, le propos de Sancho de générer notoriété et argent – au grand dam peut-être, de certains de mes collaborateurs. Mais du coup, notre site est libre d’évoluer comme il veut, de traiter ce qu’il veut, d’aimer ou pas. Il y a bien une contrainte, latente et implicite, de satisfaire nos lecteurs, fidèles ou occasionnels, par un flux régulier de contenu, mais c’est bien la seule – demandez aux attachés de presse (que je ne remercierai jamais assez pour leur soutien, qui nous a donné et continue de nous donner plus de crédibilité que de raison) qui attendent encore (et je m’en excuse) que tel ou tel DVD soit traité dans nos pages… Pour que la passion subsiste, je pense qu’il ne faut la contraindre à aucune exigence. Les cinémas d’Asie – puisque c’est le créneau que Kuro, Takeuchi et moi avons choisi à l’origine – resteront au centre de notre intérêt tant que celui-ci justement, en restera un, plutôt qu’un boulot qu’on pratique, sans enthousiasme, par habitude ou par mode, obnubilés par le taux de conversion de publicités envahissantes ou une quelconque reconnaissance online.

Ne le prenez pas mal : ce n’est pas que l’avis de la communauté nous importe peu, évidemment, mais ce n’est pas pour elle que Sancho existe. Il existe parce que nous aimons, finalement, autant l’écriture – activité égoïste s’il en est – que le cinéma, et que nous pratiquons les deux par choix, ensemble. Je ne pense pas me tromper en disant que tous autant que nous sommes, nous écrivons avant tout pour nous, personnellement, dans un élan parfaitement onaniste. J’ai toujours pensé que c’était, paradoxalement, le meilleur moyen de partager, de susciter chez les autres une réaction, ne serait-ce qu’une curiosité. Et je sais que dans une certaine mesure, cela fonctionne. Nombreux sont celles et ceux qui, pendant les dix dernières années, ont pris le temps de nous remercier, de nous encourager, de nous taper dessus aussi ; et pour tout cela, je vous remercie en retour.

Sancho enfin, plus que toute autre chose, c’est une somme de rencontres – avec des réalisateurs, acteurs, distributeurs, confrères et j’en passe -, qui sont toujours la cerise sur le gâteau de cette aventure, et surtout d’amitiés, à la fois raisons d’être et progénitures. Bien loin d’être une épitaphe, en dépit de son caractère involontairement solennel, cet article se veut donc une déclaration de reconduction : tant que Sancho sera porté par l’amitié, et qu’il saura, au gré des rencontres, en générer de nouvelles, je suis à peu près certain que notre site existera, précieux point cardinal. Même si nos quotidiens se remplissent de bonheurs et occupations autres, et que notre production se fait parfois intermittente, notre enthousiasme sera donc, au gré des retrouvailles, toujours renouvelé. Quitte à passer, ce qui a longtemps été le cas, pour un manque d’objectivité… Vous pouvez donc remercier ces amis comme je tiens à le faire ici, car sans eux, ce site, qui est finalement bien plus que quelques 0 et 1 sur la toile, n’existerait pas. Et grâce à eux, donc… Sancho lives on !

Akatomy, le 28.05.2011 | Editorial
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