Tharlo

Le cinéaste tibétain Pema Tseden continue d’explorer le thème de la perte d’identité de son pays natal. Après Le silence des pierres sacrées et The search, ce mal qui mine la culture tibétaine est de nouveau au centre de sa dernière réalisation, Tharlo.

Elle porte comme titre le nom du principal protagoniste, un berger tibétain. Un nom qui d’ailleurs n’est jamais utilisé car au sein de sa communauté, il est connu seulement en tant que petite natte en raison de sa coiffure. Mais même dans ce village agricole, loin de Lhassa et encore plus de Pékin, la législation s’applique et Tharlo doit se faire faire une carte d’identité. Ne possédant pas de photo, il est obligé de prendre sa moto pour se rendre dans la bourgade la plus proche afin de se faire tirer le portrait. Mais pour ce berger qui n’a jamais été en ville, ce monde pourtant géographiquement relativement proche de lui est aussi paradoxalement bien étranger.

Tout Tibétain qu’il est, Tharlo est en décalage, en décadrage avec ses concitoyens vivant dans cette agglomération. Sa situation est illustrée dans la mise en scène de Pema Tseden par sa position dans le cadre. Dans la grande majorité des scènes en ville, le berger est filmé proche du rebord de l’image ou, comme dans la scène du karaoke avec les bouteilles de bière mis en avant plan, en partie dissimulé à notre vue par certains éléments dans le cadre. Dans l’environnement familier de la bergerie où il dort et travaille, il occupe une place plus classique du cadre. Tharlo est filmé dans un somptueux noir & blanc et Pema Tseden opte comme dans ses précédents longs métrages pour des plans fixes.

Le cinéaste montre la vitesse avec laquelle l’identité de son pays et son peuple peut se dissoudre. Le berger a tellement changé pendant le peu de temps passé en ville qu’il ne ressemble même plus à la photo prise au moment de son arrivée. Le cinéaste force cependant un peu trop le trait pour illustrer le thème principal de son film.

Les démarches que Tharlo va devoir accomplir pour obtenir sa pièce d’identité vont avoir le but inverse de celui recherché. Alors qu’il devait disposer d’un document officiel lui permettant d’être identifié où qu’il aille, il se trouve privé en fin du film de ce qui faisait son identité : la petite natte qui lui valait son surnom et les moutons qui lui assuraient sa subsistance.

Entre temps, il aura fait la rencontre d’une tibétaine aux cheveux courts et fumant des cigarettes, deux choses inconcevables dans son village de montagne. Il est impossible de voir ce film sans s’attacher à Tharlo, et à le voir sans un pincement au cœur devenir la victime de sa naïveté.

Kizushii | 5.01.2018 | Chine

Tharlo est sorti sur les écrans français le 3 janvier 2017.
Merci à ED Distribution.

aka 塔洛 | Chine | 2015 | Un film de Pema Tseden | Avec Shide Nyima, Yangshik Tso, Tsemdo Thar
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