The Assassin

Huit années ont été nécessaires à Hou Hsiao-hsien pour porter The Assassin à l’écran. Lors de la sortie de sa précédente œuvre, Le voyage du ballon rouge, il travaillait déjà à l’écriture de sa première incursion dans le wu xia pian.

Nie Yinniniang a été formée par sa tante, une sœur de l’empereur qui est nonne, afin de devenir un assassin au service de l’empereur. Si elle est devenue un sicaire hors pair, elle n’a pas été jusqu’au bout de sa dernière mission, sa cible étant accompagnée de son fils. Nie Yinniniang reçoit alors l’ordre de tuer son cousin, Tian Ji’an, gouverneur de la province de Weibo, dont la puissance fait ombrage à l’autorité impériale. Cette mission prend une dimension particulière : elle retrouve sa famille après plusieurs années d’exil et doit supprimer une personne à laquelle elle était attachée, enfant. Nie Yinniniang devra choisir entre sa tâche d’assassin et ses sentiments profonds.

L’association de HHH avec son directeur de la photo, Mark Lee Ping-bing, nous avait offert par le passé de très belles images, qui sont encore imprimées dans nos rétines. Ils sont pourtant parvenus ici à se surpasser. La photographie de The Assassin est travaillée comme on le ferait avec de la matière. Certaines scènes intimistes sont filmées à travers un voile, faisant ressentir au spectateur la douceur de ce moment. Leur utilisation de la profondeur de champs et du flou est tout simplement extraordinaire. Le flou est utilisé classiquement pour isoler un personnage dans le cadre, mais il affecte également parfois la texture au point de les porter vers l’abstraction.

Certaines scènes remémoreront aux spectateurs celles de son illustre prédécesseur dans l’exploration du genre : King Hu. Pour une raison très simple, ils puisent tous les deux au même corpus des récits de cape et d’épée qu’ils ont lu et de la peinture chinoise classique. Les deux réalisateurs partagent aussi ce goût du détail et du réalisme. Il y a bien sûr la munificence des habits et des habitations des nobles, mais la maison de campagne où vient un moment se réfugier l’héroïne fait l’objet de la même attention scrupuleuse.

Dans les combats, le spectaculaire est réduit à l’essentiel. Si The Assassin reste fidèle à la tradition, les héros de ces romans étant dotés de pouvoirs surnaturels, comme celui de pouvoir voler, ceux-ci sont montrés subrepticement. Un trait qui caractérise aussi les combats. La supériorité martiale de Nie Yinniniang est telle que la plupart de ses adversaires ne voient rien venir. Il n’y a donc pas de raison que le spectateur en voit plus. Hou Hsiao-hsien prend le contre-pied de Wong Kar-wai qui dans The Grandmaster soulignait l’impact des coups lors des combats.

The Assassin exige de la part du spectateur une vraie mobilisation de son attention pour embrasser les différentes intrigues du scénario, le cinéaste taïwanais multipliant les ellipses. Son refus de faire de la psychologie laissera le spectateur dans un certain brouillard à propos des motivations profondes de l’héroïne. Le réalisateur n’aurait-il pas pu donner plus de chair à ses personnages sans pour autant briser le charme sous lequel il tient le spectateur, et qui m’a fait regretter de devoir quitter mon fauteuil ?

D’où l’attention à accorder au point de vue. Parfois, le spectateur ne sait pas s’il est le seul à voir cette scène où s’il l’aperçoit à la place de Nie Yinniniang. Cette dernière est le personnage qui possède la vision la plus complète de ce qui est montré à l’écran. Sa décision finale se comprend notamment par le fait qu’elle observe la vie qui aurait pu être la sienne si elle était devenue l’épouse de son cousin.

Nie Yinniniang ressort comme le seul personnage principal de ce film refusant de se voir imposer la volonté d’un pouvoir supérieur. Une attitude à mettre en regard avec l’engagement politique du cinéaste de Taïwan pour l’indépendance de son île.

Kizushii | 7.03.2016 | Taiwan

The Assassin sort sur les écrans français le 9 mars. La Cinémathèque présentera une rétrospective consacrée à Hou Hsiao-hsien, qui débutera une semaine avant la sortie du film.

aka 聶隱娘 | Taiwan | 2015 | Un film de Hou Hsiao Hsien | Avec Shu Qi, Chang Chen, Zhou Yun, Satoshi Tsumabuki, Hsieh Hsin-ying, Fang-Yi Sheu, Ni Dahong
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