The Beast Stalker

Hong Kong city (street)lights.

Lorsque, au cours de l’édition 2009 du Festival du film asiatique de Deauville, nous avons eu la chance de croiser le chemin normand de Dante Lam, il nous confirmait, nostalgique, vouloir retrouver l’essence de ce qui faisait la renommée du cinéma HK pré-rétrocession. The Sniper, pour la projection duquel il s’était déplacé jusque chez nous, était une illustration flagrante de cette volonté, avec ses figures emblématiques et quasi-caricaturales du SDU, autrefois fief de Michael move move move Wong. Pourtant le film, au-delà des déboires de son acteur principal, n’a pas réussi à convaincre critique et spectateurs, du bien fondé d’un retour aux sources pour le coup quelque peu rétrograde. Dante Lam n’a toutefois pas attendu que The Sniper échoue à entériner sa démarche, longuement égaré dans un trouble de distribution post-Edison Chen, pour réitérer avec The Beast Stalker, polar classique qui ravive le feu – fut-il de circulation, funeste – de ce cinéma qui se plait, sans cesse, à renaître de ses cendres.

The Beast Stalker est affaire de collision, au sens propre comme au figuré : c’est un désormais légendaire accident automobile qui sert de point de départ à sa narration, convergence de blessures qui, pour la plupart des protagonistes du film, s’incarnent en cicatrices. A l’intérieur d’un véhicule de police lancé à la poursuite de Cheung Yat-tung, braqueur en cavale, Tong, détective caractériel, invective l’un de ses hommes, Man, pour qu’il pousse le fuyard hors de la route, quand un 4*4 les frappe de plein fouet. A l’issue d’un choc spectaculaire, Tong se hisse hors de la carcasse retournée pour ouvrir le feu sur les criminels, qui se sont emparés d’un autre véhicule. Et tue, incrédule, une petite fille qui était enfermée dans son coffre.

Quelques mois plus tard, Tong veille sur Ling, sœur jumelle de cette victime collatérale, pendant que sa mère Ann, avocate, tente de faire condamner Cheung Yat-tung. Bien décidé à sortir indemne de la procédure lancée à son encontre, Cheung orchestre le kidnapping de Ling pour forcer Ann à falsifier les preuves à même de le faire plonger. Témoin de l’enlèvement par un autre scarifié, Hung,
Tong décide de se racheter et de régler l’affaire par ses propres moyens, en marge des voies officielles.

Alors que le sommet de la carrière de Dante Lam, Beast Cops, est un film tranquille qui explose dans sa dernière bobine, The Beast Stalker est d’emblée en ébullition. L’énervement d’un Nicholas Tse transfiguré – qui poursuit ainsi l’incroyable reconversion amorcée dans Invisible Target -, bien qu’au bord de l’exagération, contribue à accélérer cette amorce qui, brutalement, s’interrompt dans le ralenti fondateur de la collision automobile. Tout le reste n’est « que » conséquence : brillamment, sans jamais relâcher l’étau du suspense qu’il est parvenu à imposer dès le premier plan du film, Dante Lam construit une seconde collision entre ses protagonistes – flic torturé, mère meurtrie, kidnappeur aux abois – qui s’incarne dans la compréhension, élargie, de ce premier choc démesurément cinégénique. Virtuose serait d’ailleurs un qualificatif approprié à ce battement d’aile en suspension.

Dans l’absolu, The Beast Stalker est une œuvre classique, prévisible même. Mais Lam s’applique aussi bien dans l’action que l’émotion, pour parfaire l’exécution d’une partition maintes fois jouée. Aidé par les prestations fantastiques de Nicholas Tse et Nick Cheung, il transpose l’excellence explicite de sa scène d’ouverture à d’autres, plus délicates. Comme lorsque Tong, bravant la façade d’un immeuble, retrouve la trace de la petite Ling, si loin si proche, captive dans l’appartement de Hung, et redescend affronter la panique de sa mère en silence, tout aussi affolé qu’elle. Il y a bien quelques lourdeurs dans l’émotion, Lam tirant à plusieurs reprises sur la corde sensible pour esquisser un nihilisme qu’il reniera en bout de course, mais The Beast Stalker l’emporte aisément à la force de sa mise en scène.

Celle-ci joue avec l’élargissement continu du cadre – les retours sur l’accident et ses protagonistes délaissés, la compréhension de la topographie du domicile où Hung veille sur sa femme paralysée – pour répondre à des questions que l’on ne se posait même pas. En abattant ainsi des cartes dont on ne soupçonnait pas l’existence, trop occupés à haleter avec sa narration, The Beast Stalker parvient à nous surprendre avec des ficelles pourtant usées, merveilleuse illustration de la nostalgie appliquée, et justifiée, de son réalisateur.

Akatomy | 10.10.2010 | Hong Kong

The Beast Stalker est disponible aussi bien à Hong Kong qu’en Angleterre et ailleurs, en DVD et plus, mais malheureusement pas chez nous.
Addendum du 27.04.12 : The Beast Stalker est disponible en France depuis le 4 avril 2012 chez Wild Side, en DVD uniquement, sous le titre The Crash.

aka 証人 - The Crash | Hong Kong | 2008 | Un film de Dante Lam Chiu-Yin | Avec Nicholas Tse Ting-Fung, Nick Cheung Ka-Fai, Zhang Jingchu, Miao Pu, Liu Kai-Chi, Philip Keung Ho-Man, Derek Kwok Jing-Hung, Sherman Chung Shu-Man, Zhang He, Wong Suet-Yin, Wong Sum-Yin
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