The Beautiful Washing Machine

Difficile d’imaginer un titre de film à la fois aussi peu poétique et vraiment intrigant. Et pourtant, c’est vrai qu’elle est jolie, cette machine à laver vert pomme ! Et combien intrigant est ce lien tissé entre cet objet usuel et chacun des personnages. Une relation tellement puissante qu’elle en prend, durant ces deux heures, forme humaine.

Lorsque sa petite amie le quitte en emportant avec elle toutes ses affaires, Teoh reste seul dans son appartement et sa vie mornes, sans machine à laver. Il décide d’en acheter une d’occasion, qui se révèle capricieuse. Une nuit, une femme apparaît mystérieusement aux côtés de la machine...

A mi-chemin entre la fable fantastique et le film contemplatif, The Beautiful Washing Machine est avant tout une féroce critique sociale. Dénué de toute spécificité culturelle (par le choix de l’objet, universel) et géographique (par le choix des lieux de tournage, sans identité), James Lee dénonce les travers de la société moderne. D’un consumérisme caricatural à l’isolement via la non communication, en passant par la misogynie et la répression, ce film brasse allégrement les thèmes, à l’image même du tambour d’une machine à laver. Les protagonistes vont et viennent dans des lieux sans âme (un supermarché, un parking, des compartiments de bureaux), au milieu de rares inconnus figés, à la manière d’un tableau se recomposant sans cesse au fur et à mesure que nos héros avancent, lentement. Ce rythme, combiné à l’inexpressivité vocale et visuelle des acteurs, l’éclairage fluorescent hypnotique et l’image crue de la caméra DV, participe à la prise de distance du spectateur à l’histoire. Le film semble volontairement vide d’émotions. Difficile donc d’éprouver la moindre sympathie pour ces personnages dont Lee s’acharne à montrer la face sombre. De dépressifs inoffensifs, ils se transforment rapidement sous l’œil impartial du réalisateur en tyrans possessifs. Cette distanciation, renforcée par un réalisateur qui ne fait qu’effleurer les nombreux thèmes qu’il aborde, permet au téléspectateur de se faire sa propre idée de l’histoire, d’émettre un jugement propre, même s’il est de mauvaise foi. Ce film à tendance voyeuriste est, par la force des choses, une invitation objective à la réflexion.

Il est vrai que l’absence totale de communication entre les protagonistes du film laisse songeur. Leur inaptitude à établir des relations humaines crève l’écran, à travers les multiples substituts qu’ils mettent en œuvre. Certains préfèrent parler à leur machine à laver, d’autres se cachent derrière un masque de robot ou devant leur poste de télévision, d’autres encore se réfugient dans un mutisme complet, et enfin tous remplissent leur vie et leur bouche d’une cigarette qui justifie silence et inactivité. Un vide également comblé, pour les deux principaux personnages, par le pouvoir absolu qu’ils s’arrogent sur cette femme mystérieuse et totalement soumise. Un esclavage moderne qui transforme la femme en objet, en machine à laver vivante. Cette belle femme, tour à tour possédée - au propre comme au figuré - par les hommes est évidemment le sujet du film, victime de ce pouvoir qu’exercent les hommes sur leurs semblables. Sa disparition sera d’ailleurs provoquée par une autre femme qui sent l’influence - le pouvoir - qu’elle avait sur son père lui échapper par sa faute.

Pour évoquer cette notion de possession avec le plus de liberté possible, mais également introduire une dose d’humour noir et d’ironie, James Lee fait appel aux symboles et aux métaphores. La plus évidente d’entre elles est évidemment cette fameuse jolie machine à laver, produit universel et féminin. A travers le hublot, le spectateur assiste aux cycles de lavage répétitifs qui constituent l’histoire, constamment bercé par le fond sonore bourdonnant de la machine. Une scène particulièrement évocatrice a lieu dans un supermarché. Les héros déambulent dans les rayonnages et se retrouvent encerclés par les présentoirs de vêtements. Comme pris au piège d’un lavage, ils en sortent pour se retrouver dans les allées blanches et immaculées du supermarché...

Visuellement troublant, définitivement provocateur, The Beautiful Washing Machine n’est pas exempt de défaut. La structure narrative en cycles répétitifs le rend un peu long par moments. La bande sonore, qui assoie la métaphore de la machine à laver tout au long du film, finit par abrutir. Enfin, le traitement superficiel des thèmes abordés, bien que certainement assumé, peut agacer si perçu comme une facilité. Toutefois, malgré une trame squelettique, le film possède bien une histoire. Grâce au talent de James Lee, elle est celle que vous voudrez bien lui imaginer.

The Beautiful Washing Machine faisait partie de la sélection "Regards sur le travail de James Lee" de la 9ème édition du Festival du film asiatique de Deauville.

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