The Blacksheep Affair

Ben oui. Parfois, quand on n’a pas de nouveautés à se mettre sous la main, on se replonge dans des films un peu plus vieux... Et ça ne fait vraiment pas de mal !

Yim Dong (Chiu Man Cheuk) est un flic chinois qui se voit exilé dans un pays - visiblement fictif [1] - d’Europe de l’Est après avoir désobéi aux ordres pourtant clairs de son supérieur hiérarchique au cours d’une prise d’otages [2]. A peine arrivé sur place, il assiste à l’éxécution de plusieurs hommes d’Interpol par l’équipe de Keizo Mishima, leader "charismatique" (bourrin, surtout) de la secte Red Sun - responsable des attentats au gaz dans le métro de Tokyo. Ni une ni deux, Yim Dong - assisté par un ami de longue date aussi en poste sur place - se paye le luxe de bastonner le lascar. Mais l’arrestation de Mishima marque le début d’une série de violents attentats que le gouvernement local n’arrive pas à endiguer. Pendant ce temps-là, des boat-people chinois meurent de faim sur les côtes "Lithuaniennes", et Chan Pun (Shu Qi) tente de reconquérir l’amour de Yim Dong, qu’elle avait abandonné quelques années plus tôt suite aux incidents de Tiananmen...

Alors là bien sûr on applaudit des deux mains. Non content d’éxhiber un scénario ultra-poussif, The Blacksheep Affair cumule, en l’espace d’une heure et demie bien bien bien remplie, toutes les qualités et tous les défauts qui ont su rendre le cinéma HK absolument indispensable sur la scène internationale.
En tête de casting, on place sans problème le Ministre de la Défense Lavernien, gueule occidentale courante dans les productions du petit bout de terre annexé à la Chine : doublage fabuleux, jeu d’acteur époustouflant (du clin d’oeil coquin de sa première apparition à la sublime incompréhension simulée de la toute dernière), sa présence très Huitième Jour confère un cachet authentique au côté diplomatique du film... Face à lui, Chiu Man Cheuk n’a que peu de place pour s’exprimer, sans doute est-ce pour cette raison qu’il passe 90% de son temps à bourriner les trachées de ses adversaires. Shu Qi, quant à elle, n’hésite pas à passer de l’hystérie (quant elle ne retrouve pas son briquet dans son sac à main)... à l’hystérie (quant elle est obligée de tuer ce traître d’Uncle Lone de cinq ou six coups de couteaux dans le dos). Hoi Lin (l’interprête de Mishima), enfin, est un sacré poseur qui s’exprime par phrases chocs n’ayant que peu de lien les unes avec les autres...

Jusqu’ici, je suis sûr que vous avez l’impression que je critique The Blacksheep Affair... Mais que nenni ! Car le film de Lam Wai Lun (enfin, si on veut - voir plus bas), est un véritable bonheur. Et, loin de jouer en sa défaveur, tous les défauts listés ci-dessus y participent amplement ! Sans doute l’un des spectacles les plus gratuitement violents jamais tourné (après The Big Heat, bien sûr), The Blacksheep Affair n’aurait jamais pu passer sous des allures 100% sérieuses. En fait, c’est simple, il doit y avoir au moins une heure d’affrontements en tout genre (combats dans un avion, dans le métro, sur les toits, dans l’ambassade ; gunfights dans la rue, devant l’ambassade, sur un pont... et j’en passe !) au cours de l’histoire, et - quelle chance - ceux-ci sont chorégraphiés par Ching Siu-Tung et Xin Xin Xiong. Du coup, la paternité du film revient avant tout à Ching Siu-Tung, aussi réalisateur des scènes d’action... D’ailleurs, les vingt dernières minutes, qui enchaînent gunfight, kung-fu, combat au sabre, et Chiu Man Cheuk versus un hélicoptère (Demons forever !) sont vraiment incroyables !

Pour résumer, The Blacksheep Affair, c’est du concentré de bêtise excusable, du cumul de brutalité hallucinante à peine perturbé par des flashs-back mielleux à souhait (mettant en scène deux enfants pas mignons du tout), le tout sur fond de discours politique bancal et ultra-caricatural (à la fin du film, le président Lavernien s’excuse de la sorte auprès de l’ambassadeur chinois : "Je suis désolé, c’est pas de ma faute, je vous dédommagerais." Et l’ambassadeur de lui répondre - alors que des dizaines et des dizaines de gens sont morts, et qu’il vient de se faire shooter les rotules - "Je comprends, c’est pas grave, nous sommes toujours amis."). Le bonheur, si si si ! Comme dirait Pitbull dans Dobermann (Jan Kounen, 1997) à propos de la série des Maciste : "C’est con qu’on en fait plus [des films comme ça]." Tu m’étonnes, John...

Akatomy | 12.04.2002 | Hong Kong

Outre un DVD Mei-Ah à l’image correcte, non timecodé, à l’interface infâme et avec une bande-son en 2.1 (!!!), il existe un DVD zone 2 de Blacksheep Affair chez HKLegends - je ne pense pas m’avancer beaucoup en disant que ce dernier doit être de bien meilleure qualité que son équivalent all-zone !

[1Les sous-titres essayent de nous vendre la Lithuanie, mais le personnage de Mishima prononce quelque chose comme "Lavernia"... Ceci pour des raisons diplomatiques, peut-être ?

[2Chiu Man Cheuk y affronte Xin Xin Xiong, la magnifique Fei Long de Dao (The Blade - Tsui Hark, 1995). Humour obscure et pas drôle : dans Dao, le personnage de Chiu s’appelle Ding On, alors qu’ici il s’appelle Yim Dong. Dans la continuité, ça fait presque Ding Dong. Désolé (vraiment)...

Hong Kong | 1998 | Un film de Lam Wai Lun | Avec Chiu Man Cheuk (Zhao Wen Zhou), Shu Qi (Hsu Chi), Ken Wong, Hoi Lin, Xin Xin Xiong
Désir meurtrier
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Alleycat Rock : Crazy Riders 71