The Cat’s Meow

Peter Bogdanovich fait un peu partie de ces noms oubliés du cinéma américain des années 70. Critique tendance Nouvelle Vague qui s’est lancé dans la réalisation à la fin des années 60, il a connu la célébrité, publique et professionnelle au début de sa carrière avec The Last Picture Show (La dernière séance) en 1971, nominé huit fois aux Oscars l’année suivante. Il y révéla d’ailleurs celle qui serait sa compagne pendant plusieurs années, la fantastique Cybill Shepherd qu’il dirigea notamment dans Daisy Miller (1974) et At Long Last Love (1975). Certainement plus connues sont ses collaborations avec Ryan O’Neal et Barbara Streisand, telles What’s Up Doc ? (1972) ou Nickelodeon (1976), et l’un de ses derniers "succès" est le très triste Mask (1985) avec Cher, Sam Elliot et une Laura Dern d’à peine 18 ans. Bogdanovich troque le grand écran pour la petite lucarne après The Thing Called Love avec River Phoenix et Samantha Mathis en 1993. Lorsqu’il y revient en 2001, c’est autant en tant que réalisateur qu’en historien du cinéma pour nous offrir The Cat’s Meow - malheureusement toujours inédit sur nos écrans.

Nous sommes au mois de novembre 1924 et, à l’occasion de l’anniversaire du jeune Thomas Ince (Cary Elwes) - "l’homme qui a inventé le Studio System hollywoodien" - le magnat William Randolph Hearst (Edward Herrmann) organise un week-end privé sur son yacht, pour quelques privilégiés. Aux côtés de sa maîtresse "officielle", la jeune actrice Marion Davies (Kirsten Dunst), se bousculent, commèrent, mentent et se vantent le gratin de la société californienne de l’époque. Parmi ceux-ci Charlie Chaplin (Eddie Izzard), à peine remis de l’échec de son A Woman of Paris (dans lequel il ne joua pas), ou encore Elinor Glyn (Joanna Lumley) et Louella Parsons (Jennifer Tilly).

C’est Charlie vous vous en doutez qui va nous intéresser, puisque le coureur de jupons a porté son dévolu sur la raison d’être de Hearst, la belle Marion. Ince sur le déclin, désire reprendre en main la carrière de cette dernière en lui offrant les rôles comiques que le magnat lui refuse ; pensant y trouver la porte d’entrée pour une collaboration, le jeune homme décide de mettre à jour les frivolités de Marion avec notre futur Dictateur...

Quel film doux-amer que ce Cat’s Meow, au titre habilement choisi tant il est discret dans ses ambitions critiques. En prenant le point de vue de Miss Glyn, Bogdanovich choisit de revenir sur ce fait divers des années 20 qui reste à ce jour un mystère, nous en livrant ce qu’il appelle "le chuchotement le plus fréquemment entendu". Une version subtilement abjecte des faits, qui écorche sans se forcer la légende de Hearst bien sûr - aussi pathétique et touchant dans son amour pour Marion Davies que monstrueux dans sa gestion du meurtre de Thomas Ince - mais aussi celle de Ince justement - piètre négociateur s’il en est. C’est là l’un des objectifs de ce "murder mystery" à l’ancienne qui n’en est pas un.

Le spectateur en effet, est témoin d’une version des faits quasi-informative, dans laquelle la réalisation de Bogdanovich ne semble jamais réellement intervenir. Autre signe de l’habileté manipulatrice du réalisateur, le choix de ses acteurs et actrices. Ainsi Kirsten Dunst, rôle principal et enjeu amoureux du film, incarne-t-elle à merveille cette Marion à laquelle elle ressemble de façon déroutante, naïve et pourtant foncièrement gentille, et ce tout en étant avant tout elle-même : Kirsten Dunst joue Kirsten Dunst. Il en va de même pour toutes ces femmes étonnantes et gentiment débauchées - avec une mention spéciale pour Joanna Lumley et la merveilleuse Jennifer Tilly - qui parviennent à incarner ces visages historiques tout en étant parfaitement familières, mais aussi des protagonistes masculins.

Tout ceci du coup, prend des allures d’histoire vraie et non de supposition, et la critique historique lorgne vers une transposition contemporaine évidente de la morale de ces funestes évènements. Celle-ci, très pessimiste et pourtant je pense réaliste, nous est assénée par le personnage d’Elinor Glyn en fin de film. Revenant sur ce séjour en bateau, l’actrice croise sa propre image dans le miroir et constate combien, au milieu de cette guerre de pouvoir et d’influence, inhumaine et hypocrite, elle est elle-même précieusement fausse et ridicule. Elle s’arrête un instant puis se remet à danser, l’essentiel étant de rester en mouvement, de continuer à faire partie d’Hollywood.

Peut-être Bogdanovich est-il lui aussi conscient de ce désir ambigu d’appartenance plus que de reconnaissance, en choisissant un tel sujet pour son retour au cinéma. Celui-ci se sera malheureusement fait trop discrètement car bien que très sobre, presque académique, The Cat’s Meow offre de superbes prestations de la part de tous ses acteurs, et distille un poison parfaitement passionnant.

Akatomy | 8.10.2003 | Hors-Asie

The Cat’s Meow est disponible en DVD zone 1 chez Lions Gate Home Entertainment. Copie anamorphique au format (1.85:1) - superbe -, 5.1, et surtout bon nombre de suppléments allant des interviews du cast au court-métrage restauré de Chaplin, Behind the Screen.

USA | 2001 | Un film de Peter Bogdanovich | Avec Kirsten Dunst, Edward Herrmann, Eddie Izzard, Cary Elwes, Joanna Lumley, Jennifer Tilly, Claudia Harrisson, Victor Slezak, James Laurenson
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