The Children
UK | 2008 | Un film de Tom Shankland | Avec Eva Birthistle, Stephen Campbell Moore, Jeremy Sheffield, Rachel Shelley, Hannah Tointon, Raffiella Brooks, Jake Hathaway, William Howes, Eva Sayer
The Children

Quien puede matar a un niño ?

Tom Shankland, réalisateur anglais longtemps cantonné aux séries télévisées, a pris son temps pour révéler au monde son penchant pour un cinéma d’horreur sombre, réfutant le fantastique au profit d’une brutalité et d’un nihilisme bien réels, profondément ancrés dans une humanité capable de se bafouer elle-même. WΔZ (The Killing Gene, 2007) déjà, polar nihiliste surfant intelligemment sur la vague torture porn, faisait de sa violence une terrifiante force d’amour, donnait à repenser à son héroïne sa perception de la noirceur meurtrière au risque de la rompre. The Children va plus loin, beaucoup plus loin ; en faisant d’une réunion familiale à l’occasion de la nouvelle année - dans une campagne isolée où les parents peuvent abandonner leurs enfants à leurs jeux pour s’affirmer en tant qu’adultes en toute tranquillité et ignorer l’entre deux de la seule adolescente du lot, Casey - le terrain d’un jeu de massacre opposant les parents à leurs rejetons, transformés en tueurs implacables par un mal inconnu. C’est l’essence même de la nature humaine que Shankland fait ici voler en éclat : alors qu’il se contentait de considérer l’infanticide après coup dans WΔZ, il en fait ici son moteur narratif, réflexe impensable et autodestructeur, de survie à contre-coeur.

Cette réunion familiale, Shankland l’observe d’abord avec l’omniscience dont sont dépourvus ses participants ; les adultes oublient les enfants, les enfants sont dans leur monde, et les ados s’emmerdent. Il en résulte un brouhaha composite et menaçant, qui met en lumière les travers des retrouvailles familiales : la confrontation tacite de valeurs d’éducation et de positions professionnelles, le déséquilibre affectif de familles recomposées, l’instabilité sexuelle de quadras confrontés à la provocation d’une ado rebelle... Avant de s’incarner dans un passage à l’acte, l’horreur de The Children nait de la façon dont les adultes, détendus au point de renier leurs responsabilités, ignorent les craintes de leurs enfants qui ressentent le mal en devenir, mais aussi dans la franchise brutale des propos de Casey, son héroïne adolescente, constamment obligée de se prouver aux adultes comme aux enfants. Ainsi, lorsqu’elle ressent l’envie de sa mère de souffler un peu, lui demande-telle si elle a déjà entendu parler de contraception. Pire, lorsqu’elle dévoile à son oncle son tatouage morbide, d’un fétus relié à son nombril, elle déclare : « I’m the abortion that got away  ».

Le malaise est déjà donc bien installé avant que The Children glisse et concrétise sa menace. Plutôt que de jouer d’emblée la carte de bambins assoiffés de sang, Shankland maintient un temps une frontière, insaisissable, entre l’intention et l’accident. Une certaine forme de générosité de la part du réalisateur, qui nous permet encore d’espérer ne pas avoir à nous projeter dans la situation de parents contraints d’exécuter la chair de leur chair. Tant que nous refusons de nous condamner toutefois, c’est Casey, troublante Hannah Tointon, qui trinque, porte malgré elle la responsabilité que les adultes ont délaissé pour préserver leur équilibre mensonger : il est plus aisé d’admettre qu’une adolescente est folle à lier, que de reconnaître qu’un bambin est devenu un monstre. Mais lorsqu’Elaine, la mère de Casey, est contrainte de se défendre avec force contre son petit Paulie (un jeune William Howes à faire pâlir le Damien de La Malédiction), il n’est plus possible d’échapper à l’extinction d’humanité développée par The Children.

Si le film est si passionnant et abject à la fois, c’est parce que Tom Shankland ne cherche jamais à éluder son sujet, qu’il embrasse avec la force et l’intelligence d’une mise en scène à contre-cœur, comme s’il était lui-même meurtri par chaque acte de violence envers les enfants malades. Sa démarche, très – trop ? – pure est effrayante, viscérale pour quiconque chérit sa progéniture, car sa projection nécessaire est simplement impossible. C’est un procédé finalement simple d’attraction/révulsion, entre la forme cinématographique et l’éthique et l’instinct personnels, qui régit The Children, œuvre extrême dont l’emballage, impeccable, aiguise encore un peu plus la détestable méchanceté.

Sorti sur les écrans français en mars 2010, The Children est disponible en DVD et Blu-ray dans l’hexagone, ainsi que partout ailleurs si vous êtes un fétichiste de l’import.

Signé Akatomy - du même auteur...
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