The Choice of Hercules

Les Douze Six Travaux d’Hercule Atsuyuki Sassa...

19 Février 1972. Les paysages enneigés de Nagano, sa température glaciale. Le Rengô Sekigun - l’armée rouge unifiée de libération - voit une poignée de ses radicaux prendre une jeune femme en otage et se barricader dans un chalet isolé. L’officier de la Japanese National Agency Atsuyuki Sassa s’occupe patiemment en attendant que ses pairs estiment qu’il ait atteint un âge "correct" pour être promu... Alors qu’il rentre d’un voyage à l’étranger durant lequel il étudia les moyens matériels pour faire respecter la loi, ses supérieurs lui confient un tâche ardue à laquelle il ne s’attendait pas ; il doit se rendre sur les lieux de la prise d’otages, et organiser les opérations en collaboration avec les autorités locales. Bridé par ses supérieurs qui lui interdisent d’utiliser des armes à feu et lui ordonnent d’arrêter les terroristes vivants, de n’accepter aucun échange d’otage, d’éviter toute prise de risque "inutile", de récupérer l’otage vivante et de donner six conférences de presse journalières... très vite, il se retrouve confronté à la lourdeur hiérarchique de la police nippone...

Pour son vingtième long-métrage, et trois ans après son habile pamphlet sur la corruption aux sein de grands groupes bancaires nippons - Kinnyû Fushoku Rettô [Jubaku] -, Masato Harada choisit d’explorer un fait-divers survenu trente années auparavant, dont le compte-rendu des forces de police ne fut publié que vingt-quatre ans plus tard, en 1996. Si en même temps qu’une réflexion sur l’histoire de son pays, Harada nous montre cet évènement du côté des forces de l’ordre [1], il s’attarde avant tout sur le combat d’un homme au sein d’une bureaucratie au mécanisme rouillé...

Nihon Sekigun. Créée en 1969, l’armée rouge japonaise est le résultat d’une scission de la Ligue Communiste. Organisation clandestine et militarisée, son objectif d’alors est l’ouverture d’un front de guerre civile au Japon même. Elle se fera notamment connaître en intentant des actions terroristes, telles le détournement d’un avion de le JAL vers la Corée du Nord en 1970, ou encore en s’unissant au Front Populaire de Libération de la Palestine, mitraillant l’aéroport de Tel-Aviv en 1972. Nihon Sekigun devient Rengô Sekigun (l’armée rouge unifiée). Dû à des dissensions internes, le Rengô Sekigun se retrouve isolé, et se désagrège lentement dès la fin 72...

... "l’événement d’Asama" est à tout jamais ancré dans la mémoire collective nippone, mais plus que tout autre chose, Harada décide de s’attaquer aux institutions de son pays, et à leurs aberrations ; "(...) cette histoire n’illustrait pas seulement le combat de la police, mais aussi mon combat pour réussir à faire un film (...) ses personnages sont exactement ceux auxquels je me confronte quotidiennement dans ma propre activité. Qu’il s’agisse de la police ou de l’industrie cinématographique, les cadres supérieurs partagent exactement la même mentalité. Pour eux, les individus qui veulent se distinguer doivent souffrir."... [2]

Totsunyuseyo ! [Asama Sanso] Jiken s’ouvre sur un carton où l’on peut lire qu’il s’agit d’une oeuvre de fiction tirée d’évènements réels. Masato Harada utilise Asama comme prétexte à une diatribe d’une grande finesse, sur l’absurdité du fonctionnement de la hiérarchie en milieu professionnel et d’une bureaucratie engoncée dans un système aussi lourd que pléthorique.

Harada choisit donc de ne pas nous faire vivre cette prise d’otage des deux côtés, ni même du point de vue des terroristes - on ne les découvre que lors de l’assaut final -, ou encore de l’unique otage... Non, il pointe sa caméra sur les rouages d’une opération menée par un homme courageux, seul aux commandes, oppressé par sa hiérarchie, pressé par le temps, acculé par la presse qui demande des comptes... Très vite, Sassa va se retrouver au beau milieu d’une guerre intestine entre la police locale - préfecture de Nagano - et la police métropolitaine Tokyoïte, les premiers ne voulant rien concéder aux pontes de Tôkyô, venus sur le terrain pensant faire progresser l’affaire plus rapidement...

...une météo peu clémente (la température avoisine les -15°c), un lieu se situant à 1169 mètres d’altitude, des hommes sur les nerfs, la presse qui ne tarde pas à s’en méler ... la tâche de Sassa n’est pas aisée, et l’homme va devoir faire preuve d’une opiniâtreté effrénée afin de parvenir à ce qu’il désire... sans concessions. Dix jours de siège, plus de mille cinq cents policiers déployés, des moyens énormes mis en œuvre, retransmission 24h/24 à la télévision... contre cinq hommes... pour un otage...
A l’image du système, l’assaut sera lancé le 28 février... afin que les morts au combat puissent être célébrés tous les ans, et non tous les quatre ans, s’il avait eu lieu le lendemain...

Désormais habitué de l’univers de Masato Harada, c’est l’excellent Koji Yakusho (Unagi, Cure) qui prête ses traits à Atsuyuki Sassa, acteur au jeu intelligent dont les moindres gestes et expressions font preuve d’un talent inouï... A ses côtés, tant de talents qu’il est impossible de tous les citer, du génial rocker Ryûdô Uzaki (GMK) à Yûki Amami (Misty), en passant par Makoto Fujita (Warui Yatsura), Masato Ibu ([Sayonara] no Onnatachi), Ryôko Shinohara (Koufuku no Kane), Kippei Shiina (Oboreru Sakana), ou encore une excellente prestation d’Eugene (Inugami), le fils de Masato, et une quasi-caméo de Shinji Takeda (Tokyo Eyes) qui joue l’un des membres du Rengô Sekigun...

Réussite filmique totale, Totsunyuseyo ! [Asama Sanso] Jiken prouve une fois de plus tout le talent de Masato Harada pour le pamphlet humaniste. Le metteur en scène y approfondit son étude du thème de l’individu seul face aux institutions, en y glissant des éléments qui font de son œuvre l’une des plus passionnante du cinéma contemporain...

DVD* | Asmike Ace | NTSC | Zone 2 | Format : 1:1:85 - 16/9 | Images : Magnifiques ! un pressage exemplaire | Son : DTS ou 5.1. Enorme ! un équilibre parfait entre un son cristallin et un déluge sonore...

Suppléments : Un 2ème DVD qui contient making of (140’), interviews, trailers, teasers, TV Spots, mini-documentaires, scènes coupées, story-board, etc...

Ce DVD contient des sous-titres anglais et japonais amovibles.

* Cette double édition est aujourd’hui épuisée au Japon ; néanmoins, il existe un DVD simple, dont les spécificités techniques sont identiques au premier DVD.

Le Making of Totsunyuseyo ! [Asama Sanso] Jiken est disponible en DVD, chez h.m.p.

La musique composée par Takatsugu Muramatsu est disponible en CD [réf. MDCL-1424].

Bonus
Site Officiel du film: http://www.toei.co.jp/asamasansou

[1Voir le film Hikari no Ame, réalisé l’année précédente par Banmei Takahashi, qui s’attache notamment à dépeindre cet évènement du côté du Nihon Sekigun.

[2Propos recueillis dans le programme de la XIème édition de L’Etrange Festival.

aka Totsunyuseyo ! [Asama Sanso] Jiken - Face à son Destin - Totsunyuseyo ! Asama Sanso Jiken | Japon | 2002 | Un film de Masato Harada | D’après le récit autobiographique écrit par Atsuyuki Sassa | Avec Koji Yakusho, Ryûdô Uzaki, Yûki Amami, Masatô Ibu, Kazuyoshi Kushida, Suzuki Matsuo, Ryôko Shinohara, Kazuhiro Yamaji, Kenichi Yajima, Eugene (Yujin) Harada, Shion Machida, Mansaku Ikeuchi, Shunsuke Matsuoka, Kenichi Endo, Kosuke Toyohara, Eisuke Sasai, Kenjiro Ishimaru, Makoto Fujita, Kippei Shiina, Yoji " Boba " Tanaka, Yukijiro Hotaru, Seisuke Yamazaki, Hiroshi Omori, Meikyo Yamada, Takao Handa, Hideo Sakaki, Hajime Inoue, Lee Jongho, Hidekazu Mashima, Takashi Nomura, Seiichi Mukai, Tetsuji Tanaka, Yutaro Mitsuoka, Norio Murata, Shuichiro Idemitsu, Yoshiyoshi Arakawa, Naoya Araki, Masato Nagamori, Shunsaku Kudo, Yoshitaka Otsuka, Ei-Jun Toyokawa, Hiromi Kuronuma, Takeshi Ando, Sakae Kimura, Mitsuru Kato, Kyoichi Komoto, Osamu Shigematsu, Sansho Shinsui, Masahiro Komoto, Yuya Takagawa, Akira Otaka, Norito Yashima, Yusuke Kamiji, Tsuyoshi Yamaguchi, Tomoyuki Otsuka, Shinji Takeda, Kazuma Suzuki, Masako Motai, Kazuya Takahashi, Atsuyuki Sassa, Shinichi Udagawa, Shigeyoshi Ushiroda
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