The Devil Came From Akasava

A l’époque où nous avons décidé de lancer Sancho goes Mondo [1], j’ai passé un bon moment à réfléchir à l’image que je voulais que le site véhicule. De la même façon que j’avais longtemps hésité à donner un visage "réel" à Sancho does Asia, à associer à notre cher moustachu, je souhaitais à l’origine personnifier cette orientation "Mondo" - signifiant à la fois, pour notre part, cinéma d’exploitation et cinéma international. Si je ne regrette pas aujourd’hui d’avoir garder un aspect à la fois plus neutre et plus personnel, j’avoue que, le cas échéant, mon choix se porterait toujours sur la même silhouette, le même visage : ceux de Soledad Miranda.

La raison de cette affection ? La beauté de l’actrice tout d’abord, apparaît comme une réponse évidente. Son rattachement à Jess Franco, dont elle fut la première égérie avant sa femme Lina Romay, en est une autre. Le réalisateur espagnol en effet, incarne à mes yeux une certaine conception d’un cinéma d’exploitation libre, fou, sous acide et incroyablement funky, au travers d’œuvres tournées en Allemagne, en Espagne, en Suisse ou même en France. Du film de zombies au film de nonnes, en passant par le polar, le film de vampire ou le développement de l’univers du Marquis de Sade, tout y passe pour notre plus grand plaisir - toujours coupable.

Jess Franco donc, est celui qui aura immortalisé Soledad Miranda (décédée le 18 août 1970 à 27 ans dans un mystérieux accident de voiture) au travers des rôles mémorables qu’il lui a offerts notamment dans Vampyros Lesbos, She Killed in Ecstasy, Eugenie de Sade et son dernier film - objet de cet article - Der Teufel kam aus Akasava : The Devil Came From Akasava.

L’assistant du Professeur Forrester parvient à extraire d’une grotte en Afrique une roche mystérieuse. Sitôt après, il se fait assassiner et son chef disparaît. Il semblerait que la fameuse roche, rêve de tout alchimiste qui se respecte, permette de transformer n’importe quel métal en or. Après un meurtre en Angleterre qui semble lié à cette affaire, Scotland Yard met ses hommes sur le coup ; l’un de leurs agents (Fred Williams) se fait passer pour Rex Forrester, le neveu du disparu. Son arrivée à Asakava en Afrique, six mois après la disparition du scientifique que l’on suppose aujourd’hui décédé, coïncide avec celle de la belle Jane Morgan (Soledad Miranda), membre des Services Secrets britanniques se faisant passer - avec quelle frivolité ! - pour une danseuse exotique. Leurs soupçons se tournent rapidement quoique indépendamment (chacun ignorant dans un premier temps la véritable identité de l’autre) vers la clinique du Docteur Andrew Thorrsen (Horst Tappert himself), dont la femme Ingrid (Ewa Strömberg) en pince pour ce tombeur de Rex. Pourtant Thorssen était le meilleur ami de Forrester. Au centre de cette toile de mensonges et de doubles jeux, la pierre mystérieuse semble de plus avoir le pouvoir de transformer les hommes en zombies...

The Devil Came From Akasava est un film un peu à part dans l’ensemble de la collaboration Franco/Miranda, même si l’on y retrouve un certain nombre d’éléments caractéristiques. Pour les familiers, sachez que les jeux de zooms incessants du réalisateur sont omniprésents, et que comme souvent ils se terminent pour la plupart sur un fond flou. Bon nombre de gros plans feraient pâlir de jalousie Michael Mann, et la bande-son démentielle de Siegfried ’Sigi’ Schwab enterrerait presque celle qu’il a signée pour Vampyros Lesbos, entêtante et constamment décalée. Comme il se doit par ailleurs, Soledad Miranda effectue deux scènes de danse/stiptease, parfaitement hypnotisantes autant que statiques. L’une d’elle se réduit à un jeu de fessier absolument superbe, qui ne laissera au final que ce cher Derrick de marbre. Je parie que tous les autres comme moi, seront subjugués par une scène qui brille pourtant par son affolante vacuité ! Soledad d’ailleurs, dont le personnage étonnant (avant d’être danseuse, l’agent était en couverture dans un bordel londonien) sert avant tout de femme facile, que Franco dénude allégrement que ce soit sous la douche, assise au bar de son hôtel ou en pleine séance de faire-valoir de Fred Williams (superbe jeu de miroir pour dénuder l’actrice, autant de face que de dos)... Bref, une bonne partie de ce que l’on attend de ce merveilleux duo, immortel, du cinéma bis.

Là où Franco surprend, c’est par rapport au rythme et à la densité, du montage et de la narration. Alors que Vampyros Lesbos par exemple, perd le gros de ses spectateurs à cause de son rythme léthargique, The Devil Came From Akasava est presque trop speed. Cette enquête qui n’en est pas une avance sans que le spectateur ait l’honneur de démonter réellement ses rouages ; peut-être est-ce nécessaire au vu de l’énorme imbroglio, nonsensique, qu’est la trame dans son ensemble. Trop de personnages, trop de lieux... Franco est plus à l’aise dans une certaine économie narrative, mais s’en tire quand même avec cette nonchalance qui le caractérise, souvent semblable à de l’affront (et que l’on retrouve aussi dans sa prestation à l’écran, elle aussi plus conséquente qu’à l’habitude).

Et si The Devil Came From Akasava est au final aussi plaisant, c’est avant tout parce que Franco l’a réalisé de la meilleure - et de la seule - façon possible : en étant amoureux de Soledad Miranda. RIP...

Akatomy | 26.08.2003 | Hors-Asie

The Devil Came From Akasava est disponible en DVD zone 1 NTSC chez Image Entertainment. Le film est proposé dans une copie plein cadre, correcte sans plus, en allemand sous-titré anglais. En guise de suppléments... strictement rien ! C’est dommage, d’autant qu’il me semble que l’édition allemande du film (sans sous-titres malheureusement) était plus fournie...

[1Ancien nom de la rubrique "Hors-Asie".

aka Der Teufel kam aus Akasava | Allemagne / Espagne | 1971 | Un film de Jess Frank (Jess Franco) | Avec Fred Williams, Susann Korda (Soledad Miranda), Horst Tappert, Ewa Strömberg, Siegfried Schürenberg, Walter Rilla, Paul Müller, Blandine Ebinger, Howard Vernon
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