The Eternal

Refoulée de la projection de Bodyguards & Assassins, relégué dans une salle de moins de 100 places en dépit de son potentiel grand public évident, une partie de l’équipe de Sancho arpente avec désespoir les rues de Deauville, un dimanche matin – le 14 mars 2010 pour être exact. Quiconque a déjà foulé les planches à l’occasion du Festival du film asiatique de Deauville le sait très bien : au bout de trois jours, on commence à maudire la vacuité des rues de la station balnéaire, passablement surestimée par quelques fortunés. Alors on prend son courage à deux mains, et on se décide à aller voir l’un des derniers films présentés en compétition, tout en redoutant son austérité – il s’agit d’un film bengali -, et en enfreignant la règle que nous nous étions fixés, d’éviter les films d’une durée supérieure à deux heures. Une règle stupide certes ; mais qui ressemble un peu à une manifestation futile contre tous ces longs métrages qui ne peuvent s’empêcher de l’être trop. Lorsque The Eternal s’ouvre sur son prégénérique, discussion réflexive entre un réalisateur convalescent et son fils sur la nature du cinéma, on comprend d’emblée que l’on a bien fait de venir ; le dernier film de Rituparno Ghosh (Chokher Bali) étant assurément l’une des rares œuvres majeures programmées par le festival.

The Eternal conte le trépas d’Aniket, réalisateur bengali vénéré en son pays. Au cours de la veillée funèbre, la collision de proches et de leurs deuils, et notamment de Deepti, femme du défunt, et de l’actrice Shikha, constitue le point de départ d’une histoire confrontant présent et passé, réalité et fiction, autour de l’amour illégitime partagé par Aniket et la jeune Shikha. Une actrice qui, sous l’impulsion de Deepti, convaincue de son talent alors que son mari redoutait son manque d’éducation, s’est retrouvée façonnée au goût du metteur en scène, toute à l’image de sa femme, au point qu’il en tombe amoureux. The Eternal s’intéresse alors à l’évolution de la situation de Deepti, à l’indolence matrimoniale d’Aniket, et au regard d’Apratim, leur fils, qui trouvera dans l’expression de ses émotions l’envie de capter les instants fugaces qui construisent le cinéma.

Cette captation de moments, énoncée par Aniket en conclusion de The Eternal en réponse à sa propre interrogation, Rituparno Ghosh l’applique avec intelligence et raffinement tout au long de cette histoire. Avec une fluidité incroyable, le metteur en scène confronte les époques, immisce la fiction d’un film dans le film pour retranscrire la relation entre Aniket et Shikha (et satisfaire au passage les contraintes du cinéma de Bollywood), parle d’adultère, de trahison et de déception sans montrer de haine ou de rancœur. Mieux encore : il trouve dans le comportement d’Apratim, appliqué à donner son point de vue public sur la relation extra-conjugale de son père, qui n’est pourtant qu’un prolongement de l’amour qu’il porte à sa femme, matière à renouer avec lui alors que sa mère tentait de les opposer.

Désireux d’étendre la latitude émotionnelle de son cinéma, Aniket trouve en effet dans l’honnêteté de son fils, dénuée de critique mais pas de douleur, l’essence même de cette ouverture, qu’il aurait aimé mettre en scène avec lui. Une filiation qui prolonge la vie, dans le cinéma, par delà le mort, en fait une création d’autant plus éternelle qu’un tel film permettrait à leur histoire de se rejouer sans cesse. Un peu comme Deepti se prolonge dans Shikha, maintenant la flamme de l’amour d’Aniket en vie au travers d’incarnations successives, recréant pour lui la muse que ses sacrifices – l’abandon de sa carrière d’actrice - l’ont condamnée à ne plus être. Au point que l’on ne sache plus si, dans ses derniers instants, Aniket fait une différence entre les deux femmes, ou si cette différence a même une importance ; tant qu’il trouve dans l’une et dans l’autre l’étincelle qui suscite l’amour, la vie et donc le cinéma.

The Eternal, avec ses échanges verbeux, son caractère intellectuel, incarne un cinéma, réflexif et réfléchi, qui aurait pu être pénible. Pourtant, au travers de la grâce de ses femmes, de la qualité de ses acteurs, de l’adresse de son montage et de sa mise en abîme très explicite, le film de Rituparno Ghosh parvient à émouvoir et émerveiller, questionner l’honnêteté d’une actrice, la nature d’une inspiration, la pérennité d’une émotion figée sur pellicule. C’est un travail d’une maturité inestimable, qui réussit à transparaître en tant que tel sans jamais maintenir le spectateur, impressionné et parfois même intimidé, à distance. Shikha, dans son portrait d’une muse à vendre – ainsi propose-t-elle son intimité à Apratim, certainement dans l’espoir de l’inspirer à son tour –, honnête jusque dans le mensonge qu’elle incarne par nature, retranscrit à merveille cette dualité, entre proximité et distance, chaleur et rigueur, réalité et fiction. The Eternal à mes yeux, possède un caractère presque définitif, infini en ce qu’il incarne, sans aucune fausse modestie, la réponse à sa propre question : qu’est-ce qu’un film ?

The Eternal était présenté en compétition au cours de la 12ème édition du Festival du film asiatique de Deauville (2010).

aka Abohomaan | Inde | 2009 | Un film de Rituparno Ghosh | Avec Deepankar De, Mamta Shankar, Jisshu Sengupta, Ananya Chatterjee
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