The Eye

Les frères Lumière, les frères Coen, les frères Hugues, les frères Wayans (non, là je déconne)... Le cinéma n’est pas seulement né au sein d’une relation "fraternelle" ; au cours du siècle dernier, cette forme inhabituelle de coopération a su trouver d’illustres adeptes. Petits derniers au milieu du monde restreint des frangins surdoués, les thaïlandais Oxyde et Danny Pang se sont déjà largement fait remarquer au début de ce millénaire avec l’excellentissime Bangkok Dangerous, qui narrait les aventures forcément visuelles d’un tueur à gages sourd et muet. Un film aux qualités cinématographiques évidentes, qui parvient, grâce au handicap de son personnage principal, à franchir les barrières d’une culture et d’un langage étrangers pour s’inscrire dans une expression "technique" et intuitive, universelle.
Aujourd’hui émigrés à Hong Kong pour les besoins d’une coproduction entre la Thaïlande et l’ex-colonie britannique, les frères Pang démontrent une seconde fois leur caractère "polyculturel" : leur moyen d’expression se résume non pas en mots, mais en images, en sons, et surtout grâce à la symbiose des deux. C’est dans ce contexte que naît The Eye, film "surnaturel" construit autour du troisième handicap "sensoriel" majeur : la cécité. Un handicap qui peut rapidement devenir un atout quand il est exploité dans le cadre d’un cinéma horrifique...

Wong Kar Man (Angelica Lee) est devenue aveugle à l’âge de deux ans. Aujourd’hui agée de vingt ans, elle se prépare à l’opération qui va changer sa vie : une greffe de cornées. Lorsque les médecins lui enlêvent pour la première fois les bandages qui protègent ses "nouveaux" yeux de la lumière, Man ne voit que des ombres, et peine à supporter l’éclat du monde extérieur. Peu à peu, la jeune fille récupère sa vision, mais ce qu’elle voit demeure hors de portée de son champ lexical visuel. D’autant plus qu’il semblerait que Man voit des gens que les autres ne voient pas. Une ombre mystérieuse qui s’avère venir chercher les gens sur le point de décéder, mais aussi un petit garçon qui vient de se suicider, une vieille femme qui n’a pas survécu à son opération... Tout ceci serait inquiétant pour Man si elle parvenait seulement à l’interpréter, visuellement, comme tel. Ce qui, accompagné de redoutables cauchemars/hallucincations, ne tardera pas à arriver...

Le pitch de The Eye n’est pas forcément nouveau. On pense aux Yeux de Laura Mars (Irvin Kershner - 1978, d’après un scénario de John Carpenter) croisé avec Le sixième sens ou Hypnose (Stir of Echoes - David Koepp, 1999), au choix ; ou encore au récent Visible Secret de Ann Hui. Mais Bangkok Dangerous n’abordait aucun sujet nouveau non plus ; chez les frères Pang, ce n’est pas le fond mais la forme qui prime. Ainsi, un peu comme Takashi Miike qui, un an seulement après son Agitator, désire retourner une autre version du même scénario, Oxide et Danny Pang prouvent qu’un travail de réalisation de qualité peut tirer d’une histoire maintes fois rabbatue (surtout au cours des trois dernières années) un film souvent surprenant.

L’intérêt principal de The Eye est d’utiliser le handicap de son personnage principal (joué avec justesse par Angelica Lee, qui s’affirme décidemment comme l’une des jeunes stars HK les plus impresionnantes du moment) comme terrain d’expression fantastique : partagé entre l’horreur et la simple inquiétude, du fait du problème d’interprétation "répercuté" par la vision trouble de Man, le spectateur n’est jamais réellement effrayé, mais toujours inquiété. D’autant plus que, au détour de certains plans, apparaissent des ombres sur lesquelles les frères Pang, intelligemment, n’insistent aucunement - laissant ainsi le spectateur décider de ce qui est fantastique ou non.

L’histoire du film, au départ aussi floue que la vision de sa protagoniste, se précise avec l’évolution de l’interprétation visuelle de Man. Si la trame ne réserve pas de véritable surprise, comme je vous le disais plus haut, elle est néanmoins construite avec un ryhtme original - et débouche sur un final effrayant, terriblement réussi, qui permet à Oxide et Danny Pang de faire de The Eye un film supérieur à la majorité de ses semblables. On attend donc avec impatience leur prochain projet qui, novateur ou pas, sera sans doute une fois de plus fascinant, et superbement réalisé.

Akatomy | 2.07.2002 | Hong Kong, Thaïlande

DVD all zone HK édité par Panorama Entertainment.
Image au format, mais la compression laisse quelque peu à désirer ; un transfert anamorphique eut été bienvenue... d’autant plus que, frustration ultime, le DVD n’offre que trois pistes : une en cantonnais DTS (pour les veinards), les deux autres en cantonnais et mandarin respectivement... mais en 2.0 ! Du coup, tout le travail sonore du film (en Dolby Ex à l’origine) est perdu pour tous ceux qui ne possèdent pas une installation de luxe... drôle de choix de la part de l’éditeur !
En guise de suppléments, 3 trailers "internationaux" : Avalon, Nowhere to Hide et Blow.
Bref : peut mieux faire, surtout en 2002...

Hong Kong / Thaïlande | 2002 | Un film de Oxide & Danny Pang | Avec Angelica Lee Sin-Je, Lawrence Chou, Candy Lo Hau-Yum, So Yut-Lai, Edmond Chen, Ben Yuen, Winson Yip, Chutcha Rujihanon, Pierre Png, Wang Sue Yuen
Désir meurtrier
Mon deuxième frère
The Tenants Downstairs
Headshot
Désirs volés
The Bodyguard
Turning Gate
Holiday
Minisuka Tokusôtai - L.E.G.S
Vital
Adrift in Tokyo
Love Undercover 2 : Love Mission
Hancock
Charon
Fight Girls
Piranha 3D
The Violent Kind
Silk
La Gran aventura de Mortadelo y Filemon
The Hotel Venus
Tomorowo Taguchi : cinéaste
Im Sang-Soo
Hinokio
The Gingko Bed
Apart Together
Sister Street Fighter
White Dragon
Entretien autour de We Don’t Care About Music Anyway...
La perle rare
Histoire de fantômes chinois