The Fighter

Just a straight up fist fight.

Six années après l’échec de I heart Huckabees, à défaut de décrocher l’oscar pour lui même [1], David O. Russell, fait un come-back réussi. The Fighter transcende l’histoire archi-rebattue d’un boxer qui parvient au sommet en défiant le destin, grâce à une galerie de personnages haut en couleur comme le réalisateur les aime.

Micky Ward a toujours vécu dans l’ombre de son demi-frère plus âgé, Dicky Englund. Boxeur, ce dernier a connu son quart d’heure de célébrité en mettant au tapis Sugar Ray Leonard, et il s’arrange pour que personne n’oublie. La carrière de boxeur de Micky Ward est une affaire de famille : son frère l’entraîne et sa mère est son manager. Mais une de leur décision compromet son futur. Sous la pression de son frère et sa mère, il a accepté à la dernière minute un adversaire bien plus lourd que lui. Celui-ci lui infligera une défaite honteuse. A la même époque, Micky Ward tombe amoureux d’une barmaid, Charlene, qui croit en lui et le pousse à s’émanciper de sa famille. Elle voit bien que cette famille l’étouffe et ne lui donne pas les moyens d’atteindre son vrai potentiel.

Dans les films, comme dans les sports de combat, une des clés du succès réside dans la maîtrise du rythme : savoir quand l’accélérer, avant de le ralentir, pour si besoin est, redonner à nouveau un coup d’accélérateur. Cet art, le réalisateur l’a parfaitement maîtrisé ici. Les 2 heures du film passent en un éclair.

S’intéressant à une histoire vraie - comme les publicistes aiment le souligner pour appâter le chaland -, David O. Russel a choisi une approche naturaliste pour ce film qui se déroule dans le milieu des cols-bleus de Lowell [2], cité industrielle en décadence. Les premières images sont d’ailleurs celles d’une équipe de télévision qui réalise un documentaire sur Dicky Englund. Une approche qu’il conserve pour filmer les combats de boxe. Le réalisateur américain a l’habitude d’utiliser une caméra très mobile pour filmer au plus près de ses acteurs.

Un film fait naître des attentes dans le déroulement de l’histoire et aussi les comportements des personnages. Parfois, s’ils réagissent comment vous le souhaitez à certains moments clés, votre implication personnelle dans le film est d’autant plus forte. Dans The Figther, Micky Ward pose un lapin à la pourtant ravissante Amy Adams. Il avait claironné partout qu’il gagnerait un combat, mais a été battu à plate couture. Il ne souhaite donc voir personne. Le lendemain matin, il entend quelqu’un frapper à sa porte. Et comme je le souhaitais, Charlene apparaît sur le pas de sa porte. Elle n’est pas décidée à s’en laisser conter, et veut savoir pourquoi il ne l’a pas appelée. Elle montre ainsi son caractère bien affirmé.

Contrairement à ce que le titre pourrait laisser penser, ce film ne comporte pas seulement un combattant, mais plusieurs. Plus exactement, The Fighter raconte l’affrontement de plusieurs volontés. Il y a bien sûr le personnage joué par Mark Walhberg, qui reste sur le ring se faire pilonner quand les commentateurs lui conseillent de jeter l’éponge. Sa manipulatrice de mère est, elle, prête à tout pour maintenir soudée sa grande famille de 7 filles et 2 garçons. Parmi lesquels une formidable Melissa Leo, dont on avait déjà pu admirer le talent dans Welcome to the Rileys. Elle est ici complètement transformée, affublée d’une chevelure peroxydée et fumant des cigarettes à la chaîne.

Comme son personnage, qui joue sur sa résistance pour épuiser physiquement ses adversaires, Mark Walhberg fait exister Micky Ward dans la durée. Personnage marmoréen qui reste à l’arrière-plan au début du film, son ascension sportive va de pair avec son émancipation de ses proches. Mark Walhberg fait face à un Christian Bale éblouissant, transformé physiquement avec un corps hâve du fumeur de crack aux mouvements compulsifs. Malgré son comportement erratique, il arrive toujours à être le centre de l’attention. On ne peut s’empêcher d’avoir de la sympathie pour ce personnage qui a raté sa vie. Cette sympathie ne s’étend pas à sa mère.

L’arc scénaristique très classique du film - l’échec, suivi de la rupture, puis de la réconciliation et enfin du succès - est transcendé par cette galerie de personnages. Même si The Fighter est un projet porté depuis plusieurs années par Mark Walhberg, il contient un thème qui tient à cœur à David O. Russel : les relations familiales compliquées. Dans son premier film Spanking the Monkey, la relation entre la mère et son fils était très malsaine. Dans le second, Flirter avec les embrouilles, Ben Stiller cherchait sa mère naturelle afin de pouvoir choisir un nom pour son enfant.

Kizushii | 3.06.2011 | Hors-Asie

The Fighter est sorti sur les écrans français le 9 mars 2011 et est déjà disponible en DVD et Blu-Ray aux Etats-Unis.

[1Christian Bale a reçu l’oscar du meilleur second rôle masculin, et Melissa Leo celui du meilleur second rôle féminin.

[2Ville d’origine de Jack Kerouac.

USA | 2010 | Un film de David O. Russel | Avec Mark Walhberg, Christian Bale, Amy Adams, Melissa Leo
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