The Flower Girl

Bring it on.

"Le pays est occupé par les impérialistes venus du Japon. La jeune Koppun vend des fleurs sur le marché afin d’acheter des médicaments pour sa mère malade. Koppun décide de rejoindre son frère qui s’est engagé dans la résistance dirigée par le Grand Leader, le Camarade Kim Il Sung..."

S’il n’est pas dans mes habitudes de faire de l’abus de paraphrase, je dois pourtant vous avouer que, oui, ce résumé est issu - mot pour mot - du catalogue de la dixième édition du Festival du film asiatique de Deauville, où The Flower Girl a été présenté dans la section panorama. Un évènement précieux puisque qu’il s’agit là d’un film nord-coréen - et ils sont rares à parvenir jusqu’à nous -, des années soixante-dix et donc forcément de propagande ainsi que l’explicitent les quelques lignes dérobées plus haut. Entre la deuxième et la troisième phrase qui le composent, il manque cependant quelques précieuses indications pour le spectateur non averti. Indications que l’on pourrait qualifier de superflues - étant donné que, si la seconde phrase résume le point de départ du film, la troisième dévoile son dénouement - mais c’est mal connaître l’intarissable veine lacrymale de ce mélodrame nationaliste.

"La jeune Koppun vend des fleurs sur le marché afin d’acheter des médicaments pour sa mère malade." Reprenons à partir de là si vous le voulez bien. Koppun en effet, cueille en haute montagne de belles azalées pour tenter de les vendre aux habitants de la ville, dans l’espoir de pouvoir cumuler quelques malheureux Won pour payer le remède à même de soigner sa mère. Celle-ci travaille à en perdre la santé - et peut-être même plus - chez les Bae, propriétaires terriens qui exploitent tous les misérables des environs. Si elle s’épuise de la sorte, c’est parce qu’elle refuse de satisfaire leur requête, d’envoyer sa grande fille à sa place. Et Koppun de toute façon, ne souhaite pas vraiment travailler pour les Bae. Pour cause, un flash-back vient nous éclairer sur la situation familiale, résumée avec fracas par un diseur de bon aventure en ouverture du film. Le père de Koppun est décédé, son frère est en prison et sa petite sœur est aveugle. A priori, les Bae ne sont pour rien dans le départ du père, par contre ce sont eux qui ont privé sa sœur de ses yeux - en lui jetant, de colère, une bassine de pâte de soja bouillante au visage - et par conséquent de son frère, puisqu’il a mis le feu à leur maison en guise de représailles et a été arrêté par les Japonais. Et là j’ai envie de vous dire : cela pourrait être pire, il pourrait pleuvoir.

Et bien non, cela ne pourrait pas être pire. Durant près de deux heures, The Flower Girl fait subir mille violences et humiliations à ces femmes, tue la mère au travail, force la petite aveugle à mendier, envoie Koppun traverser le pays à pied dans le froid pour découvrir que son frère est mort en prison, condamne la petite - décidément - à être abandonnée dans la forêt et j’en passe. Tout ça pour célébrer, in extrémis, le retour du frère prodigue, en réalité évadé de prison et membre des force révolutionnaires, qui répond enfin à la question que Koppun se pose - en chansons - durant tout le film : "pourquoi devons-nous souffrir autant, être si malheureux et misérables ?". A cause des japonais (à l’époque, ce n’est pas vraiment faux), et de tous les capitalistes d’ailleurs. Faisons la révolution, camarades ! Let the credits roll.

N’empêche que, de cet édifice ultra-politisé - le générique offre des récompenses à l’équipe du film, depuis la mention d’ "artiste honorable" à la "médaille du prix Kim Il Sung" en passant par les "lauréats du Prix du Peuple" - il y a tout de même un véritable film à découvrir. L’image est travaillée, en scope de surcroît, et certaines scènes sont étonnantes (la petite aveugle pleurant sur la montagne qui passe pour un fantôme notamment). L’ensemble est aride et caricatural - les éléments se déchainent pour souligner les épreuves de Koppun ; autant dire qu’une épouvantable chape nuageuse coiffe la grande majorité des scènes clé du film - mais en dehors de quelques plans nocturnes que l’on devine éclairés à la bougie ou au feu de camp (la lueur de flammes danse discrètement sur les comédiens), la technique tient la route, rappelant combien Kim Il Sung était connaisseur en matière de cinéma. Travellings, grues, effets de montage et même effets spéciaux (la neige)... The Flower Girl est un film, un vrai. Mais c’est tout de même le plus hallucinant mélodrame que la Terre ait porté, déclinaison éprouvante du "ça va aller beaucoup plus mal avant d’aller mieux", qui réussit l’exploit d’être à la fois discrètement et honteusement politique. Discrètement parce que la couche de propagande n’intervient que dans les tous derniers instants du film, avec le retour du frère. Honteusement, parce que, au bout du compte, on comprend que le supplice de ces deux enfants, pourtant si jolies, n’est construit que pour justifier et conforter cet élan nationaliste. Aïe.

The Flower Girl donc, a été diffusé au cours de la dixième édition du Festival du film aisatique de Deauville (2008), dans la section Panorama. Etant donné que c’est Pretty Pictures qui a les droits de distribution, attendez-vous à pouvoir découvrir cet objet étonnant dans quelques salles d’ici peu.

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