The Foul King

Jusqu’ici, je crois que l’on peut affirmer que le cinéma de "catcheurs" était un terrain de chasse exclusivement réservé aux mexicains, grâce à René Cardona et à l’inimitable Santo (n’insistez pas, Rocky III ne mérite pas de rentrer dans cette catégorie, en dépit de la présence de Hulk Hogan). Mais c’était sans compter sur les ressources décidément illimitées du "nouveau" cinéma coréen, et sur... Foul King.

Comme bon nombre de films coréens que nous avons eu la chance de voir jusqu’à maintenant, Foul King se situe habilement au croisement de plusieurs genres dont il ne retient que l’essentiel pour fournir, à l’instar de Nowhere to Hide, une comédie dramatique qui sait rester humaine avant tout.

Im Dae-Ho est un homme à la timidité maladive. Sa vie professionnelle résume parfaitement l’ensemble de son existence : ses résultats sont, à peu de chose près, les plus mauvais du pays, et il subi sans broncher les clés ("headlocks") de son patron, adepte du châtiment corporel en réponse aux retards répétés de Dae-Ho. En gros, l’humiliation est, plus qu’un lot quotidien, un véritable mode de vie pour le malheureux, qui ne fait finalement pas grand chose pour se sortir de sa situation. Mais même les plus faibles connaissent un point de rupture, et Dae-Ho décide de se mettre au catch, avec pour seul but de savoir briser l’emprise trop fréquente de son patron sur sa nuque endolorie. Il se découvrira pour ce sport peu commun des ressources insoupçonnées, qui iront malheureusement à l’encontre de son rôle de faire valoir (en tant que catcheur "tricheur", d’où son nom de "Foul King") au sein de son équipe...

Finalement, il n’y a que très peu de scènes de catch dans le film ovni de Kim Ji-Wun, mais celles-ci sont tellement incroyable (surtout l’affrontement final) que rien que pour elles, Foul King vaut très largement le détour. Mais tout le talent du réalisateur réside justement dans le fait d’avoir su habilement doser l’apparition des scènes de lutte, afin que celles-ci poursuivent le narration de l’histoire et la description de l’évolution du pathétique (au sens respectable du terme) personnage principal, sans jamais briser le flot du métrage et tirer la couverture vers le spectacle gratuit. Ainsi, le film traite parallèlement, et de façon tout à fait cohérente, d’affirmation personnelle, d’éthique sportive, des liens amoureux et familiaux, et des problèmes d’une société qui se cherche de plus en plus une identité à affirmer. Rythmé sur fond de hardcore coréen bon enfant, Foul King est donc un film complet, divertissant, attachant et surtout intelligent, qui s’inscrit dans la même lignée que Nowhere to Hide et Attack on the Gas Station. Un terrain de chasse pour l’instant exclusivement réservé aux coréens, on dirait bien... à moins que les mexicains ne prennent leur revanche un de ces jours ?

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