The God of Cookery

La sortie de Shaolin Soccer sur les écrans français est l’occasion de (re)découvrir l’œuvre abondante de Stephen Chow, qui est certainement l’un des acteurs/réalisateurs les plus en vue du cinéma hong-kongais. Lorsqu’en plus on découvre que God Of Cookery est manifestement annonciateur de la maîtrise affichée par Chow dans son dernier opus, la vision en devient presque incontournable. La cuisine y est au film ce que le football est à Shaolin Soccer : un arrière-plan populaire pour une histoire simple et universelle, un environnement ultra-codifié permettant l’humour du décalage, et un terrain d’investigation pour de nouvelles séquences de kung-fu.

Stephen Chow est le "Dieu de la Cuisine", c’est-à-dire qu’il est considéré par ses pairs et le public, comme le meilleur cuisinier de Hong Kong, alliant la grâce dans la préparation et l’inventivité dans les saveurs et la présentation. Sollicité de toutes parts, il perd vite son naturel et sa bonhomie pour devenir un tycoon implacable et méchant. Lorsqu’il est trahi par son élève et se retrouve, du jour au lendemain dans le caniveau, la lente remontée des enfers peut commencer...

On peut le constater rien qu’en lisant la trame ci-dessus, Shaolin Soccer doit beaucoup à God Of Cookery. Des personnages quasi-identiques aux destins parallèles, seul change le prétexte. Sous couvert de l’humour, Stephen Chow, comme dans chacun de ses films, exalte des valeurs simples et traditionnelles : le travail, l’amitié, l’amour. Le trait de génie se situe justement dans l’utilisation de l’humour, du burlesque voire de l’absurde pour qu’un tel message "fleur bleue" passe sans encombre auprès du spectateur, généralement blasé et volontiers railleur. Constamment sur le fil du rasoir entre sérieux et ironie, la réalisation et le jeu des acteurs épicent habilement un discours un peu lisse.

La majorité des gags du film trouvent leur origine dans la parodie - déjà à l’honneur dans From Beijing With Love - de divers genres ou films hong-kongais et étrangers. On ne peut s’empêcher de penser à la série des God Of Gamblers, mais aussi aux premiers Jackie Chan, aux émissions de cuisine (chinoises ou occidentales, elles sont toutes largement auto-parodiques) et, c’est plus rare... à West Side Story. Ce mélange des genres, plus fourni encore que dans Shaolin Soccer, est rafraîchissant et fournit la matière à un nombre impressionnant de situations loufoques (à la Monthy Python), débiles (à la Benny Hill) ou déjantées (à la Blues Brothers). Et ça marche ! Quoique avec de telles références...

Cependant, le niveau de qualité du film est curieusement élevé pour son genre et son origine. Les effets spéciaux, même si moins nombreux que dans Shaolin Soccer sont particulièrement soignés, de même que la réalisation, intelligente. Les couleurs et les décors utilisés marquent bien les contrastes qui surgissent dans la vie du héros en opposant le jaune (richesse) au bleu sombre (pauvreté), la brillance (succès) au mat, le gratte-ciel (puissance) au caniveau. De la même manière, l’utilisation d’angles audacieux (plongée, contre-plongée) et d’un montage rapide et non linéaire semble multiplier les points de vue, en particulier au début du film. A tel point que l’on se demande si l’on se trouve bien dans un film, ou dans le film d’un film (le héros s’appelle Stephen Chow, déjà au sommet de la gloire, ce qui n’est pas innocent), voire même dans une sorte de biographie déguisée (narcissique mais pas improbable, le but de chaque nouveau film étant effectivement pour son auteur de tenter de reconquérir son public à partir de rien)...

A cela s’ajoute une qualité d’interprétation excellente pour l’acteur-réalisateur comme pour sa partenaire féminine, douée d’une remarquable veine comique. Il est indéniable qu’ils prennent du plaisir, au point qu’ils en font parfois trop, et parfois carrément n’importe quoi. C’est la le principal défaut du film. Parler de la cuisine n’est pas aussi aisé que de parler du football et le tour en est vite fait, d’où cette volonté de combler les vides laissés béant par un thème un peu limité. Le film s’enlise donc par moments, mais finit toujours par ce rattraper sur une mimique, un dialogue, une idée. Peut-être pas de la haute gastronomie, donc, mais certainement de la (très) bonne franquette...

David Decloux | 21.08.2002 | Hong Kong

DVD HK disponible chez Universe pour une somme modique...

Hong Kong | 1996 | Un film de Stephen Chow Sing-Chi et Lee Lik-Chi | Avec Stephen Chow sing-Chi, Karen Mok, Ng Man Tat, Vincent Kok, Au Kam-Tong, Lee Siu-Kei, Tats Lau, Nancy Sit, Law Kar-Ying, Lung Kong, Bobby Yip (King Saang)
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