The Haunted Cop Shop 2

Madness ? This. Is. Hong Kong !

Un an après The Haunted Cop Shop, Jeff Lau retrouve Wong Kar-wai, alors scénariste sous-acide, pour prolonger les (més)aventures de Kam Mark-k et Man Chill (Jacky Cheung et l’impayable Richy Hui). Ce second opus considère que le spectateur a le premier opus fraîchement en mémoire, aussi démarre-t-il sur les chapeaux de roues, dans un commissariat où différents pontes sont réunis pour trouver une façon de combattre la menace vampirique. Pour illustrer leurs craintes, c’est alors qu’ils cherchent un service auquel donner la responsabilité de ce combat hors-norme qu’ils se font attaquer par l’une des entités maléfiques. Forcément, Kam Mark-k et Man Chill sont considérés comme les mieux placés pour diriger la chasse à l’homme dans un commissariat placé temporairement sous scellés. Absurdité et comique de bas étage débarquent en force tandis que Man Chill découvre que faire l’amour avec sa charmante supérieure aux dents longues est le seul moyen d’assurer sa survie en attendant le lever du soleil... Au terme de ce siège forcément très physique, les forces de l’ordre décident de créer une équipe de Ghostbusters autour de nos héros farfelus ; aussi Kam Mark-k et Man Chill sont-ils rejoints par divers reclus du precinct, de la belle mais supposée demeurée Dai Bo Bo à l’incroyable Bad Luck, authentique porte-poisse et catastrophe ambulante, en passant par le coulant Roméo et autres inclassables. Tout ce petit monde ne se doute pas que Man Chill a été victime d’une demi-morsure, qui le condamne à devenir un vampire de type loup-garou, ne se transformant que lorsque la pleine lune rayonne sur Hong Kong. C’est au terme de la moitié du métrage et d’une floppée de sketches aberrants que Haunted Cop Shop 2 démarre réellement : des militaires facétieux offrent aux Ghostbusters d’opérette une base où s’entraîner, celle-là même qu’ils leur avaient initialement refusée, avant que trente de leurs soldats soient portés disparus dans d’effrayantes circonstances. Un détail qu’il omettront bien sûr de préciser aux recrues...

Près de vingt ans après sa sortie, The Haunted Cop Shop 2 possède encore suffisament d’atouts pour débrider même le plus fervent amateur d’humour cantonnais. L’énergie mise en oeuvre par Jeff Lau et Wong Kar-wai, celle-là même qui fera des Chinese Odyssey et autres Eagle Shooting Heroes de telles merveilles, est tout simplement hallucinante, même si elle puise sa force dans la dissolution de la structure narrative du film, divisé en saynettes juxtaposées. Qui toutefois préfèrerait un scénario bien huilé à des leçons absurdes sur la façon de faire pondre huit oeufs d’affilée à une poule ? Qui placerait la rigueur cinématographique au dessus du bonheur que procure la vision de Jacky Cheung en train de patiner dans le commissariat, chaussé de seaux métalliques ? Qui enfin, affectionne les apothéoses pyrotechniques au point de délaisser un final transformant l’urine d’un homme en stratégie de combat, au cours d’un affrontement sur échasses ?

C’est donc l’inventivité qui reigne en maître dans The Haunted Cop Shop 2, conçu comme une expérience ultra-rapide qui pourrait servir d’illustration paroxystique à la notion, particulièrement essentielle dans le cinéma fantastique HK, de "suspension of desbelief". Si l’écriture est aléatoire au mieux, la mise en scène est toutefois remarquable, là encore par son inventivité, mais surtout par sa dynamique et la multiplication de ses méthodes et points de vue. Chaque confrontation avec les belles vampires est ainsi transcendée par l’approche de leurs déplacements (latéraux, que l’on pourrait qualifier de translations en lévitation), tout comme les attaque en huis-clos qui sont autant de moments de bravoures, passant de l’omniscience à la première personne, et damant même le pion à sieur Aronofsky dans son utilisation de caméras reliées aux protagonistes. Le talent technique au service du divertissement ultra-populaire, il n’y a pas grand chose de plus noble et réjouissant.

Les acteurs enfin, sont exceptionnels. Ricky Hui est comme à son habitude grandiose, surtout dans son jeu de demi-vampire (il n’a qu’une seule canine aiguisée), à même d’alterner entre l’humain et le monstre toutes les trois secondes en fonction de la configuration nuageuses du ciel nocturne - et donc éminemment bleuté - qui surplombe le camp militaire. Jacky Cheung est plus en retrait mais son visage suffit à susciter l’émotion visée - le rire - et leurs collègues sont tout aussi excellents, avec une mention spéciale pour la bombe humaine qu’est Bad Luck, trouvaille grandiose permettant des soubresauts visuels particulièrement dynamiques, tout en restant dans un humour de situation particulièrement classique, presque troupier. Quand on ajoute à tout celà une bande-son aussi variée que les images qu’elle accompagne, avec une mention particulière pour les dérives très Philip Glass (version Face to Razor, pour les amateurs de Candyman) des confrontations fantastiques, The Haunted Cop Shop 2 se positionne aisément au sommet de la pyramide pourtant bien fournie des perles, non-sensiques et pourtant maîtrisées, du cinéma HK de la fin des années 80.

Akatomy | 7.09.2007 | Hong Kong

The Haunted Cop Shop 2 est disponible en VCD et DVD HK, sous-titré anglais (et par conséquent régulièrement incompréhensible), chez Media Asia.

Hong Kong | 1988 | Un film de Jeff Lau Chun-Wai | Avec Jacky Cheung Hok-Yau, Ricky Hui Goon Ying, Billy Lau Nam-Kwong, Sandy Lam Yik-Lin, Helena Law Lan, Charlie Cho, Lau Mei Gwan, Kitty Chan, Wu Fung, James Yi Lui, Chan Fai-Hung, Wan Yim Yin, So Ga Bo, Barry Wong Ping Yiu
Désir meurtrier
Mon deuxième frère
The Tenants Downstairs
Headshot
Désirs volés
The Bodyguard
Wolf and Sheep
Ninja 3, la domination
Beautiful 2012
Haewon et les hommes
All around us
Running Wild
Evil Dead
Godspeed You ! Black Emperor
Le cahier
Trapped
Orgies Sadiques de l’Ère Edo
Man of the House
Jiburo
The Frame
Erotic Agent
Olivier Assayas
Gangster VIP
Festival du Cinéma Coréen à Paris
Resident Evil : Apocalypse
Crazy Lee
No Manners
Evil Aliens
Kindaichi Kôsuke no Bôken
Dai-Nipponjin