The Hours

Un film de femmes avec des femmes... pour tous ceux qui aiment les femmes !!

Les lumières se tamisent, la séance commence. Une femme égarée et diaphane se dirige subrepticement vers un cours d’eau... En chemin, elle ramasse des pierres, qu’elle loge dans les poches de ce qui semble une sorte de blouse ou de robe fanée. Elle paraît jeune encore. Impossible de mettre un nom sur le visage de l’actrice entraperçue...

Sussex, années 20. Une silhouette de femme, tout en longueur et finesse, paresse dans son lit. L’éclairage est diffus, mais c’est déjà la faible lumière du jour naissant qui éclaire la chambre. Elle ne dort plus, mais ne semble pas décidée à rejoindre le monde des vivants, un étage en dessous. Elle s’étire pourtant lorsque la vieille pendule du hall sonne...

Et l’on retrouve l’image suivante une magnifique crinière rousse en train de s’étirer également dans son lit. Elle éteint son réveil. Cette jeune femme ne va pourtant pas se lever aussitôt, elle non plus. Elle se retourne et attrape un livre sur son chevet. La déco est beaucoup plus colorée, vive même. Elle commence à peine un livre. La couverture est à l’envers. On devine qu’il s’agit d’un Virginia Woolf, mais lequel ? Fin de chapitre. Elle referme son livre et l’on sait qu’elle ne va plus tarder à se lever, pour rejoindre son mari et son petit garçon qui déjeunent en cuisine. Ce sont les années 40, sur la côte ouest des Etats-Unis. Elle est calme, souriante et se caresse très tendrement le ventre. Elle se retourne, sur une autre époque et sur un troisième visage féminin...

Nous sommes dans un intérieur bigarré mêlant objets anciens et compositions plus épurées. Une jeune femme, qui vient de rentrer à l’instant en prenant garde de ne pas faire de bruit, vient de se coucher aux premières lueurs de l’aube, auprès de sa compagne, plus âgée, qui feint l’endormissement. Le réveil sonne. Cette dernière a du mal à l’attraper, mais se lève aussitôt cette première épreuve réussie ! Lorsqu’elle sort cette fois, plus de doute. Nous sommes à New York au début des années 2000 !

L’histoire de la journée choisie de ces 3 femmes peut commencer désormais. Leurs cheveux sont maintenant, à toutes, coiffés...

Nous savons par ce simple geste que ce sont des femmes modernes, actives chacune dans son genre... Qu’elles ont l’air très semblables par toutes leurs différences... Et que nous allons apprendre à les connaître et à connaître la vie à travers elles !

Dés les premières secondes de ce film, nous savons que c’est le dénouement du destin de ces 3 femmes qui va se jouer devant nous en une journée. Et c’est vrai que tout de suite après cette certitude, s’impose à nous cette question : la dernière ? Pour toutes, ce serait donc la dernière journée de leur vie ?

Il va sans dire que ce sont tout d’abord les pulsions morbides de Virginia Woolf (Nicole Kidman) qui nous amènent vers ce genre de raisonnement. Puis celles de Laura (Julianne Moore) et une sorte d’impression de doute, de malaise constant qui maintient Clarissa (Meryl Streep) en perpétuel état de nervosité exacerbée... Mais la réponse à cette question s’avère rapidement parfaitement futile ! Plus que le but, c’est le chemin parcouru par le film qui est passionnant, la construction de la narration.

En effet, pas facile de nouer une histoire autour de 3 personnages vivant à trois époques différentes, dans deux pays distincts. Et pourtant, c’est très habilement, et toujours aussi légèrement que Stephen Daldry (réalisateur de l’inoubliable Billy Elliott !) y parvient. On peut même afirmer sans avoir lu le livre qui hante ce film, que son personnage éponyme, Mrs Dalloway, constitue le vrai personnage à suivre pour comprendre toute cette histoire. En effet, Virginia se fait l’écho de son héroïne romanesque par les questions posées à voix haute, autour du destin qu’elle va lui choisir au fur et à mesure de l’écriture. De plus, Mrs Dalloway est également le personnage référent de Laura, qui lit le livre et, enfin, son nom est devenu le surnom dont Richard affuble sa plus vieille amie, Clarissa.

Une histoire à tiroirs finalement relativement simple, mais dont toute l’ambivalence reposera toujours sur ce paradoxe : le vrai personnage, ciment du film, est un personnage de roman. Les personnes physiques, vivantes de cette histoire ont quant à elles été créées par Cunningham, et Daldry a confié leur incarnation à 3 actrices talentueuses. Le réel et l’irréel se mélangent à l’infini tels l’image que se projettent sans fin 2 miroirs placés l’un en face de l’autre. Et pourtant la réalité de la femme créatrice par essence (auteur, future maman et modèle d’indépendance intellectuelle - mère lesbienne-) s’impose toujours plus. L’astuce du film tenant plus au simple fait que le moment que l’on choisit de nous montrer, n’est pas forcément linéairement dans l’axe du temps tel que nous ne pouvons que le vivre, toujours de la naissance vers la mort. Or en cinéma, comme en écriture, tout est possible ! Les personnages de roman, responsables de l’évolution de l’histoire à un temps "t" n’existent que pour nous démontrer que pour un auteur romanesque ou un réalisateur de film, les coïncidences n’existent pas et que pour ces derniers, à l’instar d’un Dieu omniscient ou d’un Proust méticuleux, il est facile de nous amener à raisonner plus objectivement en se permettant quelques petits "miracles".

Rarement un film m’a laissé la sensation qu’un excellent livre est capable d’imprimer en chaque partie de mon vrai Moi. Et c’est vraiment le cas pour celui-ci !! J’aime ces ambiances de cabinet d’écriture où règnent le silence, le bruit du papier agressé par une main armée d’une plume acérée ! J’aime que les personnages, en s’entrecroisant ainsi, révèlent finalement un petit bout de compréhension générale du mystère du monde. J’ai aimé voir ces trois femmes aux destins si différents dans l’absolu, nous prouver qu’elles étaient si proches. J’ai adoré la prestation de ces actrices, qui m’ont offert 3 niveaux de mise en abîme convaincants de l’évolution de la femme du début du 20ème siècle à... Moi. Savoir que je ne suis pas seule avec toutes ces questions qui m’assaillent, et la vie qui continue de couler ainsi, au rythme des petits systèmes de déclenchement des secondes qui s’égrènent, et qui accompagnent en léger fond sonore le quotidien de ces trois femmes qui se ressemblent, qui me ressemblent.

Je me suis sentie la confidente de chacune d’elle, de leurs sœurs, amies et amours, car ce qu’elles avaient à me dire était sensé et bouleversant. Elles sont de parfaits modèles d’ambivalence... Et c’est beaucoup plus proche de ce que je pense également de la vie, que de ce qu’on m’en montre en général !

Terrible ce réal !! J’ai pleuré et ris aux larmes pour Billy Elliot, comme un enfant. J’ai tant vécu avec ces femmes que j’en suis sortie "enceinte" de la Vie ! On verra bien ce qu’il en sort pour vous !

PS : Ed Harris et John C. Reilly (qui était terrible déjà dans Chicago !) jouent merveilleusement bien des rôles pourtant vraiment pas faciles !! J’ai lu quelque part que le réal avait imposé à chaque acteur de nombreuses répétitions, même pour les plus petits rôles... Et ben c’est tout de suite payant !

Kyoko | 7.04.2003 | Hors-Asie

En salles !

USA | 2001 | Un film de Stephen Daldry | D’après The Hours de Michael Cunningham, publié en 1998 et récompensé notamment par le Prix Pulitzer et le Pen/Faulkner Award | Avec Julianne Moore, Nicole Kidman, Meryl Streep, Ed Harris, John C. Reilly, Stephen Dillane, Toni Collette, Claire Danes
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