The Housemaid
aka 하녀 | 2010 | Un film de Im Sang-soo | Avec Jeon Do-youn, Lee Jung-jae, Youn Yuh-jung, Seo Woo, Ahn Sae-hyun
The Housemaid

Im Sang-soo, l’enfant terrible du cinéma coréen avec Kim Ki-duk, est de retour sur les écrans français après être rentré bredouille du Festival de Cannes. Il continue de braquer sa caméra au vitriol, certains la jugent cynique, sur la société coréenne. Pour cette dernière réalisation, le réalisateur s’est attaqué à monument du cinéma coréen puisqu’il s’agit du remake de The Housemaid, réalisé par Kim Ki-young en 1960.

Euny fait la plonge dans un restaurant mais a l’opportunité de devenir servante dans une famille de grands bourgeois, dont la femme attend des jumeaux. Elle est là pour servir le couple, mais aussi pour s’occuper de la petite fille de la famille. Elle officie sous la direction d’une vieille gouvernante qui travaille pour la famille depuis très longtemps. Mais la situation va se compliquer quand Euny va avoir des relations sexuelles avec le mari.

"Il y a une guerre des classes, c’est un fait", disait Warren Buffett, l’un des hommes les plus riches de la planète, "mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner".

Par l’intermédiaire d’Euny, c’est la lutte des classes à l’œuvre au sein de la société qui fait irruption dans le cercle familial. La famille vit dans une bulle de luxe et n’est jamais montrée mélangée à la foule qui s’agite au début du film. The Housemaid se déroule essentiellement à l’intérieur de la maison. Un thème de la lutte des classes qui a regagné en acuité ces dernières années. Dans les années qui ont menée à la Grande récession [1], la richesse créée a disproportionnellement bénéficié aux personnes les plus riches dans les pays développés. Et plus l’on s’approche du sommet de la pyramide et plus cela est vrai. [2] Le réalisateur coréen met le doigt sur un sujet important, l’affaiblissement de la classe moyenne, colonne vertébrale de la démocratie depuis la fin de le Seconde Guerre mondiale.

Im Sang-soo ne change pas, il est toujours plus intéressé par la gente féminine. Le mari est falot et ne sert que d’élément déclencheur. Il trousse la servante comme il boit une bonne bouteille de vin : pour son plaisir. Un droit de cuissage semble-t-il éternel.

Ce sont les relations entres les quatre femmes du film qui en constituent sa richesse. Le personnage de la vieille gouvernante est le plus intéressant car le plus ambigu. Elle fait le lien entre les deux mondes. Elle est à la fois une domestique, mais éprouve également de la supériorité par rapport à Euny, comme la famille. Elle pourrait tout aussi bien être la matriarche de la famille lorsqu’elle apparaît pour la première fois à l’écran. Elle et la ravissante et vénéneuse belle-mère, jouée par Park Ji-yeong, connaissent les règles du jeu de famille.

Sous cette lutte des classes se dissimule une lutte des sexes. La belle-mère exerce sur la servante, la violence et la domination dont elle est victime de la part des "mâles" de sa classe. "Il a eu tout ce qui lui plaisait depuis sa naissance", se plaint-elle en parlant du mari qui plus tard va la morigéner vivement.

Im Sang-soo dénonce les dérives possibles d’une élite sûre de sa supériorité. "Il n’y a plus de morale personnelle. Nous sommes une société élitaire où tout est permis", déclarait Aschenbach, ambassadeur du régime nazi auprès de la famille von Essenbeck dans Les Damnés de Luchino Visconti. Coupée de la société, elle peut aller jusqu’à estimer que la morale traditionnelle ne s’applique pas à elle. Une appartenance à une élite qui se transmet de génération en génération. Mon père m’a dit que traiter les gens avec respect montre que l’on est supérieur, explique le plus tranquillement du monde la petite fille de la famille à Euny.

L’esthétique glaciale de la MacMansion [3] du couple contamine la mise en scène. Elle s’érige en obstacle entre les spectateurs et la servante qui ne ressentent pas l’émotion qu’ils devraient éprouver pour elle. Cette situation est paradoxale car Im Sang-soo reproche justement à cette classe dominante de ne pas faire preuve d’humanité. Le personnage de la servante est également trop crédule pour que le spectateur s’attache à elle. Cela étant dit, les rebondissements sont suffisamment bien agencés pour que le film tienne la distance.

The Housemaid a été projeté en avant première lors de l’Etrange Festival 2010. Il est désormais sorti en France. Remerciements à l’équipe de l’Etrange et au Public Système.

[1] Expression utilisée pour qualifier la crise économique qui a débuté en 2007, en faisant référence à la Grande Dépression en raison de son intensité.

[2] Entre 2002 et 2007 aux États-Unis, les revenus de 99% de la population ont progressé de 1,3% en moyenne par an, tandis que le 1% restant a vu les siens bondir de 10%. Sur cette période, ce 1% s’est ainsi accaparé les deux tiers de la croissance des revenus. Les tendances constatées aux Etats-Unis sont sans doute extrêmes, mais un tel phénomène est à l’œuvre dans les autres pays développés. Thomas Piketty et Emmanuel Saez.

[3] Maison sur dimensionnée et de mauvais goût.

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