The Insider

Un an après avoir échoué à protéger l’un de ses indics, devenu depuis un SDF paranoïaque, l’inspecteur Don Lee (Nick Cheung) jette son dévolu sur une nouvelle recrue, à même de l’aider à capturer un braqueur de bijouteries surnommé le Spécialiste. Le report des dettes de son défunt père, sur sa sœur forcée de se prostituer pour la mafia créancière, place Ghost Jr (Nicholas Tse), à quelques heures de sa sortie de prison, dans une position de faiblesse ; aussi, serré alors qu’il vole une voiture son premier jour de liberté, le jeune homme n’a-t-il d’autre solution que de rentrer dans le jeu de Lee. Ghost, pilote émérite et étoile des courses illicites, entre donc au service du Spécialiste en tant que chauffeur, où il retrouve Dee (Guey Lun-Mei), belle plante venimeuse et épouse délaissée du criminelle, dont il a déjà croisé la trajectoire nocturne.

Après l’échec de Fire of Conscience, Dante Lam renoue avec le duo d’acteurs et le scénariste de son excellent Beast Stalker. Polar nihiliste dans la filiation de ses deux derniers opus, cette nouvelle proposition du réalisateur en reprend un certain nombre de cartes - rôles, blessures, signatures visuelles et thématiques – pour mieux les redistribuer. S’il s’intéresse à la notion d’infiltration, aussi bien du point de vue du commanditaire - et de sa responsabilité - que du commandité, n’allez pas pour autant chercher dans The Insider l’héritage d’un Infernal Affairs. Dante Lam troque le romanesque grandiloquent d’Andrew Lau pour un certain réalisme, qui fait la part belle à une approche administrative de cette extension grise des forces de police. Allant jusqu’à mentionner l’existence d’une grille de rémunérations en fonction du méfait que l’indic aide à enrayer, le rôle de cet intermédiaire forcé, formalisé de façon contractuelle, a quelque chose d’un poste à pourvoir, quoiqu’échu au plus mal loti, au point qu’on ne serait pas surpris si Don Lee en venait à évoquer une couverture sociale.

Qui dit administratif forcément, dit aussi impersonnel. Tout l’intérêt de The Insider réside dans la supposée non-implication de l’inspecteur incarné par Nick Cheung – c’est du moins ce qu’il prêche à la bleusaille -, que Lam se plait à bousculer. A la froideur de la directive non négociable, chantage évident, le film confronte la réalité de la responsabilité, qu’il décline non seulement dans la figure du SDF traumatisé, mais aussi dans la situation personnelle de Lee. Vecteur d’émotion et de cette implication, pour Lee comme pour Dee, le fantôme incarné par Nicholas Tse, décidément exceptionnel, porte bien son sobriquet : l’action de The Insider, si elle passe souvent par lui, semble peu s’embarrasser de ses décisions, comme s’il n’avait aucune prise sur le cours des choses. Une course-poursuite dans les rues de Hong Kong, dont l’intensité est désamorcée non seulement par une musique enjouée, mais aussi par l’attitude décontractée de l’envoutante Guey Lun-Mei en passagère, toutes deux en contradiction totale avec la concentration du conducteur, résume parfaitement cette évanescence.

Ce qui n’empêche pas, pour autant, le film d’être consistant, ses obstacles bien réels. Ses scènes d’actions se déclinent dans autant d’exiguïtés – allées d’un marché, ruelles, parkings et autres –, incarnations superbement contraintes des ordres qui ne cessent de piéger l’indic, entraver sa volonté, et l’entraîner dans sa chute annoncée ; après tout, son surnom nous indique qu’il est déjà mort. Tout, dans The Insider, est impasse, cul de sac, et l’ensemble de ses figures – flic, indic, femme – s’y trouve acculé. Peut-être la situation de Don Lee, gratuitement atroce, fait-elle figure de clou d’autant plus enfoncé que l’héritage de Beast Stalker permet au spectateur d’anticiper son pessimisme ; n’empêche qu’elle donne au métrage une raison excellente de s’abandonner, face au mur, à la violence et la machette, dans une catharsis brutale qui rappelle l’un des premiers – et meilleurs – film de Dante Lam : Beast Cops.

Affaire d’émotion autant que d’action, les deux y étant intimement liés via le pivot Nicholas Tse, The Insider est un film étonnant, qui aimerait, comme Lee, rester distant mais ne peut éviter ses attentions, bien qu’il semble se restreindre autour d’un personnage inconsistant, sans prise ni incidence. C’est aussi l’une de ces œuvres, dont la qualité augmente à chaque fois que l’on se la rejoue, intérieurement. The Insider a, par essence, quelque chose de dilué ; s’il n’est donc pas l’évidence Beast Stalker, il n’en est toutefois pas moins bon.

Akatomy | 18.04.2011 | Hong Kong

The Insider sort en DVD et Blu-ray en France le 20 avril chez Wild Side. L’édition, superbe, est accompagnée notamment d’un making of, dans lequel acteurs, réalisateur et scénariste explicitent leurs démarche et intentions.
Remerciements à Benjamin Gaessler et Wild Side.
PS : Nic Tse a remporté hier soir le HK Film Award du meilleur acteur pour sa prestation.

aka The Stool Pigeon - 綫人 | Hong Kong | 2010 | Un film de Dante Lam Chiu-Yin | Avec Nick Cheung Ka-Fai, Nicholas Tse Ting-Fung, Guey Lun-Mei, Liu Kai-Chi, Lu Yi, Miao Pu, Philip Keung Ho-Man, Sherman Chung Shu-Man, Wan Yeung-Ming, Lawrence Cheng Tan-Shui, Lau Kong, Deep Ng Ho-Hong
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