The Journals of Musan

Pusan, Marrakech, Deauville. Par où The Journals of Musan passe, les récompenses il ramasse. Les jurys sont émus par le triste sort de ce nord-coréen, "bâtard dans valeur", chez ses cousins du sud. Je suis un peu moins enthousiasmé qu’eux, mais avec ce premier film, Park Jun-bum n’hésite pas à aborder un sujet pour le moins délicat : l’ostracisme dont font objet les nord-coréens réfugiés au sud.

C’est le cas de Seung-chul, qui est hébergé par un ami, lui aussi de Corée du Nord. Il gagne très modestement sa vie grâce à des petits boulots, principalement en collant des affiches. Mais il se fait régulièrement rosser par des voyous car il opère sur leur turf. Son seul vrai plaisir est d’assister à la messe le dimanche. Il y remarque une jeune femme, Sook-young, qui chante dans la chorale. Après l’avoir suivie, il découvre qu’elle travaille dans un karaoké, où il se fait embaucher. Mais il perd ce travail ainsi que celui d’afficheur au même moment où son amitié avec Kyung-Chul se délite, car ce dernier escroque ses compatriotes. Sa vie semble vraiment atteindre le fond.

Le réalisateur décrit Seung-chul comme un spectateur de cette société coréenne capitaliste. Il regarde son ami s’ébrouer sous la couette avec sa petite amie, ou des patineurs sur glace s’amuser sur une patinoire à l’air libre. Il n’appartient clairement pas à ce monde. Sa (nouvelle) patrie est bien loin du paradis qu’il pouvait s’imaginer lorsqu’il vivait encore dans le nord de la péninsule. Il est à la marge de la marge. Il semble même être un étranger parmi les autres réfugiés en provenance de Corée du Nord. Dans ses vêtements sombres et anonymes, il se fond dans les murs de la mégalopole.

S’il ne se distingue physiquement pas des autres coréens, le numéro de sa carte d’identité dévoile son origine. Ses opportunités de trouver un travail, et donc son intégration dans ce pays qui est pourtant le sien, sont ainsi limitées. Il est étranger dans son propre pays. L’originalité du film se trouve là : mettre les sud-coréens face à leurs comportements discriminatoires vis-à-vis de leurs frères du nord.

Leur hypocrisie est personnifiée par Sook-young, membre de la chorale de la paroisse où vient communier Seung-chul. Elle a beau chanter des hymnes remplis de l’amour de dieu pour les hommes et des hommes pour leur prochain, elle n’applique pas ce qu’elle prêche.

L’apathie du personnage ne m’a pas permis de me prendre d’empathie pour lui. Son comportement passif ne trouvera son explication que bien trop tard dans le film, sans que l’on puisse se douter de quelque chose auparavant. J’aurais souhaité qu’il se rebiffe. Même qu’il suive les conseils de son ami pourtant peu recommandable. Ce dernier est prêt à l’aider à en découdre avec les voyous qui lui font régulièrement la tête au carré. Mais Seung-chul préfère donner l’autre joue.

La rédemption et le paradis promis dans l’hymne Saving Grace, qu’il écoute lors de l’office religieux, n’est pas au rendez-vous de son voyage dans le sud de la péninsule. Au contraire...

The Journals of Musan a été diffusé au cours de la 13ème édition du Festival du film asiatique de Deauville (2011), en compétition officielle, où il a remporté le Lotus du jury, ex-aequo avec Sketches of Kaitan City.

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