The Kid Stays in the Picture

Splendeurs et misères d’un producteur hollywoodien.

Je sais bien que nous ne sommes pas supposés écrire sur un film avant de le voir, j’ai cependant des circonstances atténuantes : j’ai au moins lu le livre qui en est à l’origine. Par ailleurs, comme ce film est un documentaire projeté à Cannes en 2002, la question de l’adaptation est toute relative...

Si le nom de ce responsable de la production de la Paramount, Robert Evans, vous est inconnu, comme il l’était pour moi il y a encore quelques mois, celui des films qu’il a produit ne le seront certainement pas. Il a contribué ou est à l’origine de certains des meilleurs films qui sont sortis des studios hollywoodiens lors de leur dernière époque dorée, de la fin des années 60 à la fin des années 70 : Rosemary’s Baby, Le Parrain, Chinatown...

"The Kid" fait partie des livres que vous avez du mal à poser, et pour lequel vous devez vous faire violence pour ralentir votre rythme de lecture. Vous auriez sinon une facheuse tendance à sauter des lignes. Tout n’est pas cependant du même calibre, la dernière partie, retraçant la "chute du caïd" et ses tentatives de retour, est nettement moins intéressante et flamboyante, que sa route vers le succès.

Le "personnage" Evans, fonceur et séducteur, qui semble tout droit sorti d’une fiction, transparaît dans l’écriture nerveuse et le style parlé du livre. Homme à femmes, il est également millionaire après avoir travaillé dans la société de prêt à porter de son frère, qui a vulgarisé le pantalon pour femmes aux USA ! Au delà du personnage, si l’on n’apprend rien sur la production, le récit nous offre une plongée haute en couleur au coeur de la machine hollywoodienne.

Le titre "The Kid Stays in the Picture", résume parfaitement le parcours de R. Evans, tout au long de sa vie. Entre l’apprenti acteur qu’il était dans les années 50 et le producteur qu’il est toujours (Dix façons de me larguer est sa dernière production), Evans a souvent quitté le monde du cinéma contre son gré, pour toujours y revenir. Cette phrase a été prononcée par le célèbre producteur de la Fox, Daryl Zanuck, avant le tournage de The Sun also Rises, adapté du roman d’Hemingway, alors qu’une majorité de l’équipe dont Ava Gardner et Hemingway lui-même ne voulait pas d’Evans pour jouer le rôle du matador. Une démonstration de pouvoir qui n’est pas pour rien dans la volonté d’Evans de devenir un grand producteur à son tour.

Ayant à peine produit son premier film, il est projeté à la tête de la production chez Paramount (une première pour un acteur) suite à un portrait paru dans le New York Times. Paramount venait alors d’être rachetée par un des conglomérats géants (la bulle spéculative de l’époque) surtout présent dans le pétrole, la Gulf + Western.

Son idée est de remettre le scénario au centre du film (une idée qu’il faudrait d’urgence remettre au goût du jour). Ainsi l’écriture du Parrain est financée par le studio. A ce propos, un des hauts faits de sa carrière a consisté (Coppola ne partage pas le même avis) à pousser Coppola à reprendre le premier montage du Parrain afin de donner plus d’épaisseur au film, pour aboutir à la version que nous connaissons tous. Ironiquement, son déclin en tant que producteur, suite à des problèmes judiciaires, intervient au début des années 80, alors que le "High Concept" (un film que n’importe quel producteur peut expliquer en 30 secondes et que le public puisse comprendre sans avoir à penser) devient la marque de fabrique d’Hollywood. Une manière de "penser" les films à l’opposée de ce qui a été fait pendant la période précédente.

Les lecteurs qui seront intéressés par un compte rendu plus en détail de cette période peuvent consulter le livre passionnant de Peter Biskin "Easy Riders Raging Bulls", qui mêle anecdotes people - qui ont cependant parfois des répercutions dans le travail de l’artiste - et ce qui relève de la création cinématographique. Une version de ce livre (dont l’édition française a été caviardée afin de respecter la vie privée de certains des artistes) a été présentée sous forme de documentaire au dernier festival de Cannes.

Kizushii | 25.08.2003 | Hors-Asie

The Kid Stays in the Picture est disponible en DVD zone 1, et le livre d’origine est seulement disponible en anglais.

USA | 2002 | Un film de Nanette Burstein & Brett Morgen | Avec Robert Evans, Francis Ford Coppola, Mia Farrow, Ernest Hemingway, Dustin Hoffman, Henry Kissinger, Ali MacGraw, Laurence Olivier, Roman Polanski
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