The Last Movie

Mettons les choses au point tout de suite, The Last Movie se prête difficilement à la compréhension, alors quant à l’interprétation... D’ailleurs, dans sa forme le film ressemble à une copie de travail. Non seulement il comporte une histoire double, construite à coups de flash-forward et flash-back, mêlant différents niveaux de réalité, mais à plusieurs occasions le film est interrompu par des "cartons" signalant une scène manquante ! Et ce n’est qu’au bout d’une dizaine de minutes que le titre du film apparaîtra sur l’écran.

Si The Last Movie est le second film de Dennis Hopper, et le dernier avant 19 ans, le projet date pourtant d’avant le succès d’Easy Rider. Ce succès a résonné dans Hollywood comme le bruit du moteur d’une Harley Davidson dans une bourgade du Midwest. Alors que les producteurs hollywoodiens avaient perdu le contact avec le public, Easy Rider qui a coûté une bouchée de pain a rapporté 60 millions de dollars... Après un tel succès, le studio lui a financé son projet et laissé carte blanche, pour le plus grand malheur de ses producteurs.

Kansas (Dennis Hopper) travaille comme cascadeur dans un western que dirige Samuel Fuller dans un village péruvien. Une fois le film terminé, il reste sur place espérant notamment que d’autres films vont être tournés dans les décors qui ont été construits. Les villageois vont s’approprier les décors pour "tourner" un film avec des accessoires fabriqués de bambous. Dans le même temps, enfin peut-être avant ou après, alors qu’il est à la colle avec la prostituée locale, il fréquente également les expatriés américains et part même à la recherche d’une mine d’or.

Ce n’est donc pas un film dans le film comme l’ont illustré de nombreux longs métrages sur le cinéma, mais un film sur un simulacre de film après le film... D’un premier abord les indiens semblent tourner un film comme ils ont vu le faire, mais sans simuler les actions : voir la scène où Kansas intervient pour leur montrer comment jouer une séquence de bagarre, et se fait éjecter manu militari. Ces séquences sont entrecoupées de scènes montrant le vrai film en tournage. Toutefois tout n’est pas si simple, si les spectateurs peuvent un moment croire que Kansas devient malgré lui un personnage du film réalisé par les indiens, certaines indications laissent penser qu’il joue de son plein grè dans ce film.

Peut-être est-ce plus simplement un film sur la nature de la réalité. N’oublions pas que le film date du début des années 70, et le projet de la fin des années 60, une époque où la recherche des portes de la perception occupait beaucoup de monde.

L’ombre de James Dean plane sur le film, ce n’est pas un hasard si le cascadeur qui s’est tué dans le vrai western porte son nom. Dean a eu un énorme impact sur le jeune acteur Hopper lorsqu’ils se sont rencontrés sur le plateau de La Fureur de Vivre, et lui a expliqué la méthode de l’Actor’s Studio. On retrouve encore l’opposition entre le réel et le simulé : "Ne joue pas. Si tu es train de fumer une cigarette, fume-la. Ne fais pas semblant de la fumer" lui avait ainsi déclaré Dean.

Plus que la fiction, se sont les scènes quasi-documentaires les plus convaincantes. Le film ouvre ainsi sur une cérémonie religieuse dans une église qui se poursuit par une procession. Au cours de celle-ci, les paroissiens, qui portent leurs icônes de même que les faux équipements de cinéma, vont en pèlerinage jusqu’aux décors du western. Ces scènes ont fait parler de The Last Movie comme un film sur le cinéma en tant qu’acte religieux (une comparaison qui me semble finalement assez pertinente). D’autant plus que que la deuxième histoire intégrée dans le film, celle racontant les relations de Kansas avec les autres expatriés américains, tourne seulement autour de la chair et des gains matériels.

Un dernier mot du casting que Dennis Hopper a réuni pour ce film, certains ne faisant qu’une courte apparition : Samuel Fuller, Peter Fonda, Dean Stockwell, Kris Kristofferson, l’invité de l’Etrange Festival cette année John Phillip Law, et ma petite préférée Julie Adams.

The Last Movie a été diffusé au cours de la onzième édition de l’Etrange Festival, dans le cadre croisé d’une rétrospective John Phillip Law et d’une carte blanche à Gaspar Noé.

(La première et la dernière illustration sont une "fausse" affiche et jaquette, respectivement, issues du site Midnight Marauder - http://midmarauder.tumblr.com.)

USA | 1971 | Un film de Dennis Hopper | Avec Dennis Hopper, Stella Garcia, Peter Fonda, Thomas Milian, John Philip Law, Samuel Fuller, Don Gordon, Julie Adams, Donna Baccala, Sylvia Miles, Kris Kristofferson, Dean Stockwell, Russ Tamblyn
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