The Mission

The Mission est un recyclage atypique du film d’action hongkongais. Si les prémisses et la trame suivent en cela les codes du genre, le traitement visuel et narratif qui lui est donné représente une avancée significative vers une certaine forme d’originalité qui, à mon avis, manque à ce type de films. Les aficionados ne seront pas dépaysés et les amateurs du petit "plus" qui donne une dimension supérieure à l’œuvre y trouveront leur compte. Il est bien question de triades et de "gunfights", de gardes du corps et de code d’honneur. A la suite d’une tentative d’assassinat sur la personne du chef d’une triade, évitée de justesse, une nouvelle équipe de gardes du corps est réunie et mise à disposition du leader pour assurer sa protection et enquêter sur l’embuscade avortée.

La bande réunie, plutôt éclectique, est composée de 5 durs à cuire, chacun ayant une spécialité, une sorte de A-Team haute en couleur. Contrairement à la personne qu’ils protègent, anodine dans ses actions et son physique (l’acteur est coutumier de ce genre de rôle et plutôt passe-partout), ils sont les vrais héros du film. Car celui-ci, malgré son titre, prend le partie de s’intéresser plus aux hommes qu’à la Mission. C’est pourquoi la distribution des gardes du corps est de premier choix. Archi-connus là-bas, les acteurs ont chacun une "gueule" et campent un personnage qui, bien que très typé, reste crédible et surtout extrêmement sympathique. La séquence d’ouverture, d’ailleurs, nous présente chacun des protagonistes dans son activité normale. L’un est coiffeur, l’autre maquereau ou tout au moins entremetteur, deux sont des truands,... Ainsi encrés dans un contexte extérieur (à la Mission), il semble plus naturel au spectateur de s’intéresser aux destins de ces hommes plutôt qu’à leur Mission (hypothétique à ce moment du film). Une Mission qui est d’autant moins importante qu’elle nage dans le vague puisque tout ce qui est lié au protégé et à la Triade est passé sous silence, y compris les motivations des deux camps qui semblent s’affronter.

Sans explications, la Mission n’en devient que plus humaine. L’homme à protéger redevient une vie, équivalente, pour le spectateur du moins, à celle de chacun des gardes du corps que l’on est rapidement amené à apprécier. La manière dont est cadré l’ensemble du film abonde d’ailleurs dans ce sens. Le cadrage, large sur les côtés mais très resserré en hauteur ne dépasse que très rarement la tête des protagonistes. A hauteur d’homme, le point de vue est terre-à-terre, au cœur de l’action. Au format panoramique 2.35 s’ajoute l’utilisation de lentilles grand angle qui augmente cette sensation d’écrasement (en arrondissant les lignes de fuite vers le ciel). Les héros semblent en permanence cloués au sol, prisonniers de leur Mission. A chaque embuscade à laquelle ils doivent faire face, ils sont attaqués par le haut (immeuble, escalators, étage supérieur d’un hangar désaffecté). Les lignes de fuite jouent d’ailleurs un rôle visuel important dans la scène, superbement orchestrée du centre commercial, où les courbes de l’architecture - déformées là encore par l’objectif - s’opposent aux lignes droites définies par les bras tendus des cinq gardes, revolvers aux poings, immobiles. Une toile d’araignée virtuelle qui, encore une fois, symbolise bien l’enfermement des gardes du corps, condamnés au danger par leur choix de vie et par leur loyauté, autre thème récurrent du film.

Une absence de liberté qui est renforcée - l’exception confirme la règle - par quelques rares scènes touchantes de tentative d’évasion de leur condition. Condamnés à attendre la fin d’une réunion d’affaires de leur patron, l’équipe de garde du corps improvise un match de foot pathétique dans les couloirs de la société avec une malheureuse boule de papier. De la même manière, le réalisateur se permet l’un des seuls plans d’ensemble du film - où pour une fois transparaît un ciel chaotique annonciateur de typhon - au moment où l’un des gardes se détourne de la Mission et rompt ainsi le code d’honneur qu’ils s’étaient tous tacitement fixé. Une tentative d’évasion qui lui coûtera cher, à moins que là encore, l’aspect humain prenne le pas sur la Mission...

Filmé et monté de manière extrêmement fluide, la réalisation se fait plutôt discrète, ce qui rompt avec certains excès propres aux réalisateurs hongkongais (n’est-ce pas monsieur Woo ?). Plus que la réalisation, c’est le cadrage qui ici est important et il est fait preuve d’une rare recherche dans la construction de l’image, et non du plan. Le tout rehaussé d’une musique qui, bien qu’appropriée, tombe parfois dans le kitsch le plus complet. Autant d’éléments qui rappellent un certain Reservoir Dogs, déjà précurseur en son genre...

David Decloux | 15.06.2001 | Hong Kong

Sortie du film le 22 Août prochain en France. Précipitez-vous, il n’y restera pas longtemps. A noter, si vous êtes à Paris, que le cinéma le Balzac diffusera ce film. Coup de chapeau à ces cinémas qui prennent le risque d’une programmation différente...

Zone 2 : Un DVD allemand est sorti au format respecté mais non anamorphique, avec des pistes allemandes en 5.1 (DTS et Dolby Digital) mais seulement du 2.0 pour la piste en mandarin (qui n’est pas la piste originale !?). Quant aux sous-titres, seul l’allemand est présent. Des interviews agrémentent le tout, édité par Sunfilm

Zone all : Un DVD hongkongais existe aussi, au format avec pistes cantonaises et mandarin(e) en DD 5.1 ainsi que des sous-titres anglais et chinois.

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