The Mothman Prophecies

Mark Pellington n’est pas un réalisateur extrèmement connu ; et pour cause, les honneurs de son avant-dernier film en date, Arlingon Road, sont principalement revenus à son scénariste Ehren Kruger. Immédiatement promu au rang de jeune prodige, ce dernier a par la suite écrit le dernier épisode de la trilogie Scream de Wes Craven, avant d’enchaîner sur le très eighties Reindeer Games. C’est aussi sur lui qu’à échoué, dernièrement, la lourde tache d’américaniser le Ring de Hideo Nakata.

Arlington Road, donc. Film paranoïaque à l’extrème, au scénario incroyable. Il est vrai que le texte de Kruger est diabolique à souhait (avec un nom de famille comme ça, aussi, que voulez-vous ?), et que le fin mot de l’histoire renvoie la stratégie rétro-active du Sixième Sens aux oubliettes en un temps record. En effet, ici le propos n’est pas de remettre en question ce qui a été vu auparavant, mais bien de conclure une histoire en nouant tous les bouts de ficelles qui ont été ramassés en cours de route. Un procédé d’écriture difficile, qui sera poussé dans ses derniers retranchements avec le fantastique (mais douloureux pour la tête) Memento de Christopher Nolan.

Soit, mais bon, comme dirait nos amis de la Nouvelle Vague, un film n’est pas que le fruit de son scénariste ! Et au niveau réalisation, Mark Pellington assure sévère, subitement. Si je dis subitement, c’est parce que ses oeuvres précédentes, qui vont de U2 : Achtung Baby (1992) à Single Video Theory (1998, un documentaire sur le groupe Pearl Jam) en passant par le long métrage Going All The Way (1997) ne laissaient pas entrevoir un tel talent de metteur en scène. Pour Arlington Road, Pellington met en oeuvre tous les mécanismes cinématographiques existants, avec une attention toute particulière portée au cadrage et au son (la musique d’Angelo Badalamenti et de Tomandandy aidant beaucoup à la cohérence de l’ensemble).

The Mothman Prophecies, sur papier, rélève d’un projet complètement différent. En adaptant le roman de John A. Keel, qui relate un fait divers réel pour le moins surprenant (le scénario étant signé Richard Hatem, auteur du pathétique Piège à grande vitesse), Pellington se lance - comme tant de monde aujourd’hui - dans le paranormal à la X-Files. Une "légende urbaine" de plus qui ne laissait pas présager du meilleur - surtout avec Richard Gere en tête d’affiche. Et pourtant...

John Klein (Richard Gere), journaliste au Washington Post, vient de faire avec sa femme Mary (Debra Messing) l’achat de la maison de leurs rêves. Le couple incrédule reprend la route pour fêter cette acquisition. Seulement, sur le chemin, Mary voit une étrange figure ailée foncer sur le pare-brise de leur voiture. Elle braque pour l’éviter, la voiture part en vrille avant de heurter brutalement le trottoir ; Mary est projetée contre la vitre côté conducteur. A l’hôpital, les médecins lui découvrent une tumeur au cerveau très rare, installée depuis un certain temps déjà. Mary continue d’être victime d’hallucinations un certain temps, puis décède. A son chevet, John retrouve un cahier rempli de dessins morbides, une série de représentations d’une figure mi-homme, mi-mite...

Deux ans plus tard. John ne s’est pas réellement remis du décés de sa femme. Alors qu’il se rend en Virginie pour interviewer une figure politique, sa voiture tombe en rade au milieu de la nuit. Il sonne chez des gens pour utiliser leur téléphone et se retrouve acceuilli par un fusil à pompe : le couple Smallwood l’accuse de harcèlement, le mari déclarant que c’est le troisième soir d’affilée qu’il vient taper à leur porte au milieu de la nuit. Le sergeant Connie Mills (Laura Linney) est appelée sur les lieux, et amène John, perplexe, à un motel en attendant de faire réparer sa voiture le lendemain. En analysant une carte à la réception du motel, il se rend compte qu’il a parcouru sans le savoir près de 600 kilomètres en moins de deux heures, et qu’il est a l’opposé de sa destination d’origine, dans une petite ville du nom de Point Pleasant.

C’est déjà très étrange ; ça le devient encore plus. Connie lui avoue que son histoire n’est pas le seul évènement inexplicable survenu au cours des dernières semaines dans sa ville. Ainsi de nombreuses personnes déclarent-elle avoir vu une figure gigantesque ressemblant à une mite. Comme la femme de John au cours de ses derniers jours... Et ces apparitions s’accompagnent d’une voix inhumaine, faisant rapport de victimes d’incidents n’ayant pas encoure eu lieu...

La vache ! Qui l’eut cru ? The Mothman Prophecies est un film d’épouvante incroyable, et vient prouver que Mark Pellington était effectivement aussi méritant que Ehren Kruger sur Arlington Road. Car si on se doutait que l’homme était diplômé en manipulation d’image et de spectateur, cela devient encore plus évident quand il s’applique à nous effrayer. Pas que Arlington Road ne soit pas, à sa façon, flippant. Mais la précédente réalisation de Pellington était, quelque part, plus "Lynchienne" dans son ancrage de la peur dans un quotidien perverti. Ici, nous sommes dans le domaine du fantastique pur.

La grande force de The Mothman Prophecies est justement de nous entraîner dans un univers parfaitement inconnu, qui ressemble au nôtre mais au sein duquel nous ne possédons aucun point de repère. Loin de se jouer du spectateur avec une série d’évênements inexplicables, Pellington nous place dans la position du personnage remarquablement inteprété par Richard Gere (comme quoi tout est possible), à savoir dans la peau d’un homme qui aborde une enquête sur des bases faussées. Comme lui, nous sommes persuadés que la résolution de ce mystère apportera des réponses sur le décés de Mary. Mais si ce n’était pas le cas ? Si l’enjeu des "prophéties" imposées par cette entité surnaturelle était tout à fait autre ? Moins réfléchi, ou tout simplement moins humain ? Car finalement, nous sommes dans le domaine du surnaturel, et rien ne dit que les évènements doivent obéir à des règles humaines. Pellington nous entraîne donc sur la voie de l’inexplicable tout en conservant une cohérence étonnante qui, comme dans Arlington Road, ne peut être perçue qu’une fois la boucle bouclée.

A l’image d’un Tell Me Something (La Sixième victime, prochaînement sur vos écrans), The Mothman Prophecies est un véritable travail d’orfèvre, une mécanique parfaitement huilée en dépit de son côté absolument insaisissable. un film dans lequel les plans de coupe n’en sont pas véritablement ; ici, pas d’images gratuites, pas de fausses pistes ; tout au plus des erreurs d’interprétation ou un manque d’attention de la part du spectateur/John Klein. La réalisation est magnifique, la caméra de Pellington incarnant parfois un personnage, parfois omnisciente, ou encore simplement fonctionnelle mais toujours en mouvement. L’image passe de l’éclatant au flou - comme voilée par une réalité qui n’est pas la nôtre. Une véritable intrusion du surnaturel au sein de l’image, un élément fantastique qui ne s’installe pas en hors champs mais s’impose comme une sur/sous-couche du champ lui-même. Ainsi, comme Klein, Pellington offre au spectateur un degré de perception augmenté ; aussi bien visuelle que sonore d’ailleurs. Que ce soit sur le travail de bruitage, ou sur la bande son de Tomandandy, les sonorités inhabituelles de The Mothman Prophecies sont tour à tour aggressives et envoûtantes, et contribuent à ancrer en nous un malaise indéfinissable, un sentiment de certitude que tout cela est très anormal, et qu’un évènement très grave va avoir lieu d’un moment à l’autre. C’est cette certitude qui s’ancre dans le spectateur, plus que la peur de l’inconnu, qui finit par véritablement nous foutre la Trouille, avec un grand T.

Foncièrement effrayant, triste, corrompu, presque cruel dans son approche du destin humain, The Mothman Prophecies fait appel à une peur primale, inexplicable, ancrée dans le creux de l’estomac - et ceci par notre propre faute. Et c’est justement là que réside le secret du film : faut-il forcément chercher à tout comprendre, en nous faisant peur nous-mêmes, ou alors ferions-nous mieux de nous contenter de vivre, dans l’acceptance de certains phénomènes qui nous dépassent ? Une question à laquelle vous trouverez certainement la même réponse que moi, à la fin de la projection de ce film fantastique absolument remarquable. J’en ai le mot "chef-d’oeuvre" au bout de la langue...

Akatomy | 29.05.2002 | Hors-Asie

The Mothman Propheties est sorti il y a quelques semaines sur les écrans français sous le titre La Prophétie des ombres, et sera disponible en DVD zone 1 dans le courant du mois de juin.

aka La Prophétie des ombres | USA | 2002 | Un film de Mark Pellington | Avec Richard Gere, Laura Linney, Will Patton, Lucinda Jenney, Debra Messing, Ed Fleischman, Bob Tracey, Zachary Mott
Désir meurtrier
Mon deuxième frère
The Tenants Downstairs
Headshot
Désirs volés
The Bodyguard
Orokamono - Kizudarake no Tenshi
Grotesque
Campaign
La « prof » connaît la musique
The Hours
Hold Up Down
Journal d’une jeune nord-coréenne
Jiburo
Buddha Mountain
Gakidama
Une vie simple
Evil Dead Trap 2
Sleeping With the Dead
Wonderful Days
Zodiac Killers
Firaaq
Bloodrayne 2 : Deliverance
A Woman’s Work
The Center of the World
Bare Essence of Life
Le petit jouet
Rampage
Beautiful 2012
L’Argent du charbon