The Mummy, Aged 19

Si je ne l’avais pas déjà fait à l’occasion d’un article sur Dry Wood, Fierce Fire, je pourrais certainement vous refaire une introduction sur cet être étonnant qu’est Wilson Yip, axée sur sa propension immuable à nous surprendre, en s’essayant à tous les registres cinématographiques imaginables.
Mais la question n’est-elle pas finalement autre : et si Wilson Yip ignorait tout des concepts de registre, de genre ? Et si, à la manière d’un Miike light sauce cantonnaise, ce réalisateur n’avait pour objectif que de raconter des histoires simples, à sa manière, sans réfléchir outre-mesure au formatage de sa narration ?
Plus la carrière de Monsieur Yip avance en effet, et plus je me tourne vers cette hypothèse - qui est donc celle d’un authentique talent d’auteur/réalisateur (car Wilson Yip écrit presque tous ses films) -, sans pour autant écarter définitivement celle de la consommation abusive de substances illicites et autres produits périmés...

Bobo est un sympathique loser comme Wilson Yip les affectionne tant. Employé par une association pour les enfants en tant que bibliothécaire, il parvient à se faire virer de ce poste pourtant simple, après avoir donné une fessée à un sale gamin. Il faut dire aussi que Bobo ne force pas particulièrement le respect, et que ça, ça ne pardonne pas avec les mômes...
Bobo se retrouve donc - comme souvent, visiblement - sans emploi ; aussi rend-il visite à son ami Ken, hardcore gamer prêt à finir à l’hôpital pour taper un high-score sur un jeu-vidéo. Celui-ci lui dégote un job en tant que veilleur de nuit dans la maison d’un excentrique décédé, dont la femme refuse de revendre l’étrange collection d’objets en tout genre. Parmi ceux-ci, deux momies bien préservées...
Le veilleur en place met bien en garde Bobo de ne pas mouiller les reliques (un relent de Gremlins ?), mais bien sûr rien n’y fait, et Bobo réveille sans s’en rendre compte les cadavres sous bandelettes. Le lendemain matin, sa peau montre des signes de sécheresse inquiétants, et son comportement se modifie brutalement : pourquoi Bobo s’enrobe-t-il subitement de papier-toilette lorsqu’il est aux WC ?...

Après la vague des "creature features" relancée il y a quelques années par Hollywood, serait-ce le tour des hongkongais de revisiter le panthéon des monstres classiques ? L’avenir nous le dira ; toujours est-il que The Mummy, Aged 19 est à mille lieux des Dracula et autres Frankenstein et La Momie revisités par le cinéma américain...

Car en effet Wilson Yip veille au grain pour livrer une comédie fantastique pour le moins originale et décalée, propre à satisfaire les spectateurs de tout âge. On retrouve en effet dans les moindres aspects de The Mummy, Aged 19 ces traits caractéristiques qui ont toujours fait des films de Wilson Yip des OVNIs plus ou moins mainstream, que ce soit au niveau des personnages, des situations, ou encore de la mise en scène.

De la famille de Bobo (qui se rebaptise Tommy sans le dire à ses parents) au moindre participant secondaire, tous les personnages du film sortent en effet d’une espèce de quatrième dimension caricaturale, et pourtant parfaitement crédible. Le premier personnage surprenant est celui de Ken cité plus haut, qui termine un jeu l’écume à la bouche, parfaitement déshydraté après une partie que l’on suppose énorme. Mais rapidement, les parents et surtout le petit frère du héros font leur apparition : Baby qui, du haut de ses douze ou treize ans, est accroc au balet et chante des chansons chef-d’oeuvre pendant que sa mère l’accompagne au piano... Mais il y a aussi Tiffany Lee qui se déplace avec une horde d’amis la nuit pour ne pas avoir peur, ou qui emmène Bobo dans une église lorsque celui-ci manifeste l’envie de chanter. Ou encore le prêtre de cette même paroisse, qui pense pouvoir exorciser tous les démons de la terre à la force de l’amour... Tous ces personnages, aussi délirants ou ridicules soient-ils, sont traités avec la même attention, et justifient à eux seuls l’attachement au film.

Ce n’est pas tout cependant d’avoir de bons personnages, encore faut-il que le scénario les exploite intelligemment.
La trame de The Mummy, Aged 19, parfaitement équilibrée dans son évolution fantastique, est à ce titre un modèle de décalage contrôlé, riche en moments d’anthologie discrets - comme en témoigne le superbe final du film, mielleux tout en étant parfaitement appréciable et délirant, ou encore le line-up de momies au commissariat...
La réalisation enfin est à la hauteur d’un Bullets Over Summer ou de Bio-Zombie : Wilson Yip filme ses dialogues comme autant d’échanges ultra-dynamiques, renforçant sans cesse la vivacité d’un film qui puise sa force dans une fraîcheur exemplaire, empreinte de sincérité et de bonne humeur.

The Mummy, Aged 19 est donc un film drôle et touchant, parfaitement nonchalant, qui apporte un renouveau bienvenu au cinéma fantastique hongkongais. Le film réussit là où 2002 échouait quelque peu, s’affranchissant intelligemment de ses nombreuses références (on appréciera tout particulièrement les plan Exorciste) pour utiliser pleinement le potentiel d’un concept qui lui est propre. Un exemple parfait de ce que Hong Kong peut produire de plus simple et dépaysant, sans user de la moindre violence ou vulgarité. Wilson Yip nous est donc revenu en très grande forme après sa collaboration avec Miriam Yeung, pour livrer l’un des films fantastiques les plus agréables de l’année 2002 - juste à temps pour commencer 2003 avec le plus grand des sourires. Par conséquent : merci, M. Yip !

Akatomy | 1er.01.2003 | Hong Kong

The Mummy, Aged 19 est disponible en VCD et DVD HK, édité par Mei Ah.
Quelle surprise de constater que le film n’est pas présenté sur un flipper, mais que les documentaires ont même, au contraire été placés sur un second DVD !
La copie a beau être anamorphique, l’image manque souvent de contraste. La bande-son en 5.1 est par contre irréprochable.
En guise de suppléments : deux making-of (l’un sur le tournage en général, l’autre sur les effets spéciaux du film), et de nombreux trailers (New Blood, The Lion Roars, etc.).
En plus le DVD ne coûte rien, alors est-ce qu’on félicite Mei Ah, pour une fois ?
Et bien NON ! Je ne sais pas si c’est le cas sur tous les pressages, mais le DVD que j’ai visionné présente une particularité fort désagréable : pendant un bon tiers du film, les sous-titres anglais sont décalés... une réplique en avance ! Un effort de mémoire assez fatiguant est du coup nécessaire pour suivre les dialogues du film... grrrrrrrrr !!!

Hong Kong | 2002 | Un film de Wilson Yip Wai-Shun | Avec Tsui Tin-Yau (Chui Tien-You), Wong Yau-Nam, Tiffany Lee Lung-Yi, Hui Shui-Hung, Siu Yeah-Jim, Yuen King-Dan, Li Chun-Wai
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