The Neighbor No. Thirteen

Schizophrénie(s) ?

Le jeune Juzo est le souffre-douleur d’Akai et sa petite bande ; constamment rabaissé et violenté, il subit les pires humiliations, jusqu’au jour où Akai lui verse de l’acide sur le visage... Les années passent. Juzo emménage dans l’appartement numéro 13 d’un immeuble. Quelques jours après qu’il se soit installé, un couple et leur enfant emménagent dans l’appartement du dessus. Juzo découvre qu’il s’agit d’Akai, sa femme et son jeune fils...

Adapté du manga culte Rinjin 13-Gô de Santa Inoue, le film éponyme de Yasuo Inoue est une véritable bombe à retardement se jouant des conventions, brisant les règles cinématographiques incombant à un Genre, couplé à une œuvre visuelle totalement dénuée d’une quelconque rationalité. Sombre escapade dans l’esprit tortueux d’un héros scindé en deux personnalités (?) névrotiques, The Neighbor No.Thirteen, cauchemar schizophrénique incohérent et éprouvant, nous plonge dans un univers unique, poisseux et envoûtant...

...lorsqu’il passe derrière la caméra pour s’attaquer à son premier long-métrage, Yasuo Inoue, né en 1972, clippeur habitué de MTV Japan et réalisateur de nombreuses publicités hype et déjantées (Nintendo, Toyota, Glico...), se retrouve avec un sujet en or entre les mains ; The Neighbor No.Thirteen, manga violent consubstantiel de son format papier lui offre la matière première idéale pour étudier le sentiment de "rage instantanée", d’explosion de violence irréfléchie, sentiment primaire propre à l’être humain lorsqu’il est confronté à l’indicible. Le postulat de départ est donc là ; Inoue, enthousiasmé et motivé par son sujet, peut dès lors s’amuser à malmener le spectateur sous couvert de la schizophrénie de son -ses ?- personnage. Juzo et Akai représentent chacun un aspect de la société nippone : l’un est dominé, l’autre dominant. Fort de ce constat, Inoue égratigne bien entendu le système éducatif japonais qui fabrique des Juzo et des Akai à la pelle, sans demie mesure...

Quel est le (non-)processus mental qui débouche inéluctablement sur la violence, et transforme un être humain en monstre tortionnaire ? Cette semi étude (The Neighbor No.Thirteen reste un film de Genre) de la dualité, Inoue la renforce par un aspect purement graphique en confiant les deux personnalités de son héros à deux comédiens. Procédé visuel à la fois simple et imparable, les crises de schizophrénie apparaissent ainsi clairement au spectateur, Inoue choisissant de mettre en scène Juzo ou "13" selon l’état mental de son héros. Mais la simplicité apparente des choix artistiques d’Inoue va vite devenir une espèce de jeu de cache-cache pervers, se jouant de toute logique psychiatrique, entraînant lentement et inexorablement le spectateur dans un tourbillon déjanté aux allures de jeu de piste sans la moindre cohérence, transformant The Neighbor No.Thirteen en une sorte d’ovni cinématographique fantastico-social.

...puis, Inoue va inverser les rôles ; en confrontant directement Akai à la peur puis à l’horreur, il va peu à peu le faire glisser vers ce sentiment de "rage instantanée" provoqué par la colère. Juzo /"13" devient alors le machiavélique marionnettiste, tirant les ficelles mentales de son ex-tortionnaire, jouant avec lui de manière purement sadique. Cercle vicieux, engrenage dans une violence perverse et gratuite qui n’est régie par aucune règle, menant fatalement ses personnages dans une spirale de violence paroxysmique.

Pour sa première incursion dans le long-métrage, Yasuo Inoue s’attache à dépeindre la violence de manière réaliste et brutale. Si la violence est douloureuse, la torture psychologique l’est encore plus ; plan séquence fixe cadré au millimètre d’une froideur extrême, ou caméra embarquée au milieu des sévices, Inoue dérange le spectateur en le forçant à regarder ou à subir, selon les moments. En parallèle, Inoue décrit magnifiquement les limbes de l’esprit tourmenté de Juzo /"13", nous plongeant dans un univers graphique ultime se situant aux confins de L’Anxiété et du Cri d’Edvard Munch, entraînant deux âmes dans des danses macabres claustrophobes et douloureuses...

Si le physique désarmant de Shun Oguri (Robocon) semble être en totale adéquation avec Juzo, The Neighbor No.Thirteen est véritablement porté par le charisme de l’exceptionnel acteur de kabuki Shidou Nakamura (Iden & Tity) qui interprète un "13" effrayant, entre trublion puéril et figure démoniaque incontrôlable. A leurs côtés, un Hirofumi Arai (Aoi Haru) parfait, ou encore Yumi Yoshimura de l’électrique duo Puffy, sans parler d’une cameo aussi brève que surprenante de Takashi Miike himself.

...n’hésitant pas à user d’effets de mise en scène stylisés (sans pour autant sombrer de manière outrancière dans le "branchouille" exacerbé), Inoue insère dans son film des éléments graphiques puissants (séquence d’animation signée Taku Inoue) et tortueux (l’esprit de Juzo /"13") qui font de The Neighbor No.Thirteen un film hybride entre avant-gardisme et produit nettement plus conventionnel, jouant sur deux tableaux à la fois. Fatalement, le film d’Inoue ne laissera personne indifférent, particulièrement grâce à son mépris affiché des règles, se jouant ouvertement de l’aspect schizophrène de son personnage principal pour en créer un second qui pourrait être tout autant une sorte de destin parallèle, ou d’éventuel avenir pseudo-fantasmé, oubliant ainsi toute logique... Peut-être par peur d’être trop radical voire nihiliste, Yasuo Inoue clôt son film sur une étrange note a priori positive, qui pourrait annihiler la noirceur de son propos pendant près de deux heures... mais en y regardant de plus près, l’ultime V de la victoire lancé par "13" peut tout aussi bien être un triomphe sur le passé... que sur l’avenir.

The Neighbor No.Thirteen sera visible en salles au Japon dès le 2 Avril 2005.

Site Officiel : http://www.rinjin13.com/

aka Rinjin 13-Gô | Japon | 2004/2005 | Un film de Yasuo Inoue | D’après le manga de Santa Inoue | Avec Shidou Nakamura, Shun Oguri, Hirofumi Arai, Yumi Yoshimura, Tomoya Ishii, Minoru Matsumoto, Hitori Gekidan, Mitsuru Murata, Takashi Miike
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