The Overture

« - Vous n'êtes pas le seul compositeur à Vienne !!
- Non mais je suis le meilleur.
»
Mozart, arrogant génial répondant à Salieri, assassin coupable.

C’est au cœur de la région d’Ampawa, dans le royaume de Siam (futur Thaïlande), que Sorn voit le jour. Second fils de la maisonnée, le jeune Sorn partage sa vie entre les promenades avec son ami d’enfance et l’admiration sans limites qu’il porte à son grand frère, le meilleur joueur de « Ranad-ek » de la contrée. Mais alors que ce dernier vient de remporter le concours local, il est battu à mort par les habitants du village rival. Voyant cela le père de Sorn interdit à son deuxième fils de toucher à l’instrument de son frère et surtout de pratiquer cet art qui a coûté la vie à son prodige, à sa propre chair, son propre sang. Ainsi le xylophone en bois est mis sous clé, et personne ne peut s’en approcher.

Pourtant Sorn brave l’interdit paternel, et chaque nuit s’enfonce au plus profond de la forêt siamoise pour jouer à son gré, et cela sans jamais avoir appris à pratiquer du ranate. D’abord réticent de voir son dernier fils suivre cette voix, le père de Sorn finit par l’éduquer et tente de lui inculquer la rigueur du musicien. Le jeune homme est doué, très doué, il est d’ailleurs tellement doué qu’il ne tarde pas à s’écarter de l’autorité parentale (allant même jusqu’à parier sur le numéro des lames de bois rien qu’en entendant leurs sons) et des sentiers que son père s’était efforcé de tracer pour lui au cours de son enfance.

Par ailleurs comme tout adolescent maîtrisant son art (ou son sport) sans grands efforts, Sorn fait preuve d’arrogance. Mais il s’agit d’une arrogance toute particulière puisqu’au lieu d’un rictus meurtrier accroché aux lèvres, Sorn arbore un sourire radieux. Chez Sorn, il n’y a pas de regard furieux, de condescendance ; le jeune musicien n’est pas puant, il est le meilleur et il le sait. La victoire écrasante sur le groupe appartenant au village voisin le confortera d’ailleurs dans la position qu’il tenait déjà.

Après cette victoire éclatante, Sorn et son père se rendent à Bangkok pour acquérir la renommée qui lui est dû et qui fera de lui le plus grand musicien de son histoire. Mais alors qu’il remplace au pied levé un confrère, il se voit confronter à Khun In, virtuose et légende vivante du ranad. La confrontation tourne très vite à l’avantage de Khun In qui n’a pas son pareil et parvient à conduire Sorn jusqu’à la rupture et à une cuisante défaite. L’âme en peine, Sorn retourne dans son village, et se jure de ne plus jamais toucher les lames mélodiques faites de bois.

Pourtant un jour, le mouvement des arbres, la force du vent qui les fait ployer, et le son étouffé des feuilles s’entrechoquant, tout ceci lui fait entrevoir une nouvelle conception du ranad, un nouveau style, tout en puissance, rapidité et habité de salves mélodiques. Tout de suite Sorn met en pratique ce qu’il a ressenti en fixant cette nature rayonnante d’énergie musicale.

Maintenant redevenu le meilleur joueur de ranad de la région, Sorn n’attend plus que la consécration d’une audition auprès de son altesse royale pour devenir Premier Ranad du Roi, mais pour cela il doit affronter à nouveau Khun In et surtout le défaire en combat singulier.

Pourtant, affronter pour la deuxième fois le champion des champions, n’est pas ce qui constitue l’épreuve de sa vie. Ainsi des années plus tard, de profonds changements accapareront ses pensées. En effet, en pleine Seconde Guerre Mondiale, les tentatives énergiques du nouveau gouvernement (militaire) visant à réformer les us et coutumes du peuple, à civiliser ou plutôt occidentaliser le royaume, firent rage. Ces réformes englobent bien entendu les arts et donc bien évidemment la musique. Et c’est pour cette raison que les autorités demandent l’aide et surtout l’appui de Sorn, devenu le plus grand musicien et le maître de bon nombre d’élèves dont le jeune Terd (Wan)...

« Un pays est fort seulement s’il possède des racines profondes auxquelles son peuple peut s’attacher... »

Ce qui est intéressant c’est que Sorn vieux, accepte l’occidentalisation dans sa propre demeure puisque son jeune fils pratique le piano ; d’ailleurs cette scène fait directement écho à celle où le Colonel lui rappelle que le ranad doit être posé sur une table pour en jouer, selon la nouvelle réforme. Sorn a toujours vécu en avance sur son temps, puisqu’il a même créé un style de jeu révolutionnaire, réformant ainsi de son propre chef un art de jouer ancestral. D’ailleurs, Sorn n’aura de cesse d’expérimenter de nouvelles associations, de nouveaux concepts de compositions.

Alors que le monde s’évertue à croire qu’en tout artiste sommeille un fou, car c’est de la folie que provient le génie, Itthisoontorn Vichailak nous prouve, au travers de la maturité du jeune Sorn, que le don mêlé à l’innovation constitue le vrai génie ; celui dont on ne peut être que le témoin. Ceux qui osent parler de folie dans ce cas précis, sont le cœur d’une critique démente et jalouse.

The Overture se serait bien passé de certains penchants de Itthisoontorn Vichailak pour la mise en scène « pompier » dans quelques scènes. De larges plans grue alourdissant un propos pourtant clair, et qui parviennent à nous détacher carrément de l’histoire. Ce qui est d’autant plus triste, c’est que ce type de mise en scène survient la plupart du temps dans la foulée d’une séquence maîtrisée et sans artifice aucun. Cette alternance est bien dommage et enlise le film de manière considérable. Ce qui nous conduit à une opinion plutôt en demi-teinte, il nous reste un goût bien amer dans la bouche, ainsi qu’une impression de « déjà vu » aussi. Et pourtant ce qui est tragique c’est que Monsieur Vichailak ne manque pas de talent, ne serait-ce que du point de vue du réglage des plans dits d’affrontement musical entre Sorn et Kuhn In.

En ce qui concerne le casting, Itthisoontorn Vicahailak s’est attaché les services d’Anuchit Saphanphong, jeune acteur/danseur qui connaîtra la consécration avec Mekhong Full Moon Party. Pour incarner le même personnage vieux, le réalisateur a choisi le vétéran Adul Dulyarat, qui s’adonnera quant à lui à la production de séries télés, parmi les nombreux autres projets qui ont jalonné sa carrière. Narongrid Tosa-Nga prête ses traits à Khun In, rival en talent, obsession de Sorn et véritable musicien de son état.

Produit par le Prince Chatrichalern Yukol [1] (dit Tan Mui), par Nonzee Nimibutr, le réalisateur de Nang Nak et Jan Dara, Duangkamol Limcharoen (décédée il y a peu !!), The Overture est tout de même une belle réussite d’images mêlées à des sons jusqu’alors jamais vraiment entendus par nos pauvres oreilles occidentales. Le ranad-ek (ranate) étant pour ainsi dire méconnu, dans nos contrées vierges de cette sorte de sonorités sèches, non sans flatter notre ouïe et ainsi éveiller en nous l’envie pressante de posséder et de pratiquer cet... art de vie.

The Overture a été présenté au cours du 7ème Festival du film asiatique de Deauville.

[1Fils du Prince Anusorn Mongkolkarn et de la Princesse Ubon Yukol Na Ayutthaya, qui sont pour ainsi dire les fondateurs du cinéma Thaïlandais, puisqu’ils produisirent le premier film de l’ancien royaume de Siam en 1938. Réalisateur de plus de 30 films, Tan Mui vient de réaliser Suriyothai, le long métrage le plus cher de l’histoire de la Thaïlande.

Thaïlande | 2004 | Un film de Itthisoontorn Vichailak | D’après la vie de Luang Pradit Phairao (1881-1954) | Avec Anuchit Saphanphong, Adul Dulyarat, Arratee Tanmahapran, Narongit Tosa-nga, Phongphat Wachirabanjong, Phuwarid Phumphuang, Sumeth Ong-Ard, Somhop Benjatikul
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