The Park

Bienvenue dans le musée des horreurs d’Andrew Lau...

Quelque part entre le second et le troisième opus de la saga Infernal Affairs, Andrew Lau s’en est retourné à son amour du "cinéma-spectacle", le temps d’emballer The Park en terrain thaïlandais. L’ambition du réalisateur, fraîchement auréolé de ses premières réussites authentiques en matière de mise en scène ? Ni plus ni moins si l’on en croit le site officiel du film, que de donner une nouvelle direction au genre horrifique, en le faisant entrer de plain pied dans l’univers des effets spéciaux numériques. Pourtant Andrew n’est jamais aussi bon que lorsqu’il délaisse ses stations de compositing pour s’intéresser à ses personnages et à la mise en forme de leurs relations et antagonismes. Qu’importe, The Park sera un film technique - comme la plupart des œuvres récentes du géniteur de la série des Young & Dangerous - et ce d’autant plus qu’il contient un certain nombre de scènes tournées en 3D polarisée.

Fantasy Park. Un parc d’attraction au croisement du Funhouse de Tobe Hooper et de l’univers de Kiss Psycho Circus, plus inquiétant qu’explicitement divertissant. Le pré-générique de The Park ne lésine d’ailleurs pas pour nous rendre l’endroit parfaitement antipathique : une petite fille meurt brutalement en tombant du haut de la grande roue. La panique s’empare instantanément de la foule, et le propriétaire (faisant aussi office de clown) se pend à la malheureuse attraction.

Un petit logo apparaît alors, signalant au spectateur qu’il est temps de mettre ses lunettes en carton. Nous profitons alors d’un générique certes splendide, mais qui ne bénéficie en rien de sa "mise en volumes" ; c’est d’ailleurs la faiblesse de toutes les scènes en 3D du film mais nous y reviendrons. Autre point faible du procédé : la signalétique liée à ces quelques excursions volumétriques a quelque peu tendance à distancier le spectateur du monde cinématographique.

Quelques années plus tard, Alan qui avec sa sœur Yen (Bo Bo Chan) avait été témoin du dramatique accident du Fantasy Park, tombe sur une coupure de journal parlant du défunt parc d’attractions. Intrigué, il se rend sur les lieux délabrés, où il est victimes d’hallucinations morbides, les vestiges laissant subitement la place à un cimetière dans lequel il est englouti. Et hop ! Nous voici désormais en compagnie de Yen, qui rêve le décès de son frère. Elle se réveille en hurlant, pour être victime d’une vision tout droit sortie de The Grudge de Takashi Shimizu. Second réveil.

The Park n’en finissant pas de commencer, meet Master Yu - la mère de Yen et Alan - qui emprunte à l’héroïne du fabuleux jeu Project Zero son étrange appareil photo le temps d’un exorcisme. On apprend alors qu’Alan a disparu et que sa mort n’était peut-être pas un rêve.

Après avoir taquiné un panel représentatif de l’horreur oriental contemporain, The Park se dirige cette fois vers le slasher en réunissant un groupe d’adolescents (Yen, la belle Pinky et son détestable petit ami Ken, Dan the movie-man, Shan l’amoureux transit de Pinky, la troublante YY et Ka-Ho), et en les envoyant explorer le parc à la recherche d’Alan. Repoussé en plein jour par le gardien des lieux, un vieil homme difforme et effrayant qui brandit la bannière menaçante des fantômes et autres morts précoces, le groupe revient à la charge une fois la nuit tombée...

Ce résumé peut vous paraître long et confus, mais je crois qu’il restitue à peu près le désordre narratif accéléré des premières minutes de The Park. Ce que l’on peut dire d’emblée, c’est qu’Andrew Lau se la joue très largement Anthony Hickox et offre un peu sa vision d’un Waxwork (1988, avec Zach Gremlins Galligan et la sublime Michelle Johnson) oriental. Se succèdent ainsi de façon plus ou moins éhontée, hommages et autres références à Ring, Ju-on, Blair Witch, Project Zero, Silent Hill et j’en passe. Tenez, vers 55’30’’ environ, vous entendrez même un sample de la partition de Kenji Kawai pour le premier Ring. L’attitude est difficilement condamnable lorsqu’elle est aussi explicite, Lau nous offrant même un musée de cire mis à jour à coups de Freddy et divers vampires bondissants, mais quand même... A moins qu’Andrew avec The Park, ne cherche aucunement à nous livrer un film - et donc encore moins une œuvre "originale".

Cette dernière remarque pourrait tenir de l’insulte si The Park n’était pas à ce point en accord avec son titre et son sujet : Andrew Lau et son équipe technique s’amusent à décliner - en 3D ou non - toutes les figures imposées du genre horrifique (désormais nourri autant au film qu’au jeu vidéo) des dix dernières années. La 3D n’apporte rien à l’ensemble (on est bien loin du jokari d’un certain House of Wax - André De Toth / 1953 - par exemple) mais reste cohérente avec la démarche du réalisateur : il s’agit ici d’offrir une attraction au spectateur, non une histoire. De ce point de vue, The Park est une certaine réussite, puisqu’il n’est jamais ennuyeux (ni effrayant d’ailleurs) et incite même le spectateur à visiter la "salle" suivante de cette maison hantée mi-argentique mi-numérique.
On regrettera une fin aussi ridicule que longuette (ainsi qu’un emprunt de dernière minute à Idle Hands, aussi injustifié que celui fait à The Grudge), qui tente le rattrapage narratif au goût de miel et d’amour universel, mais il reste tout de même ceci : The Park fera très certainement dans un futur proche, les choux gras des séances bis de la cinémathèque, de l’Etrange Festival et/ou de ses descendants. Surtout au sein d’une rétrospective Andrew Lau, en totale opposition avec la pertinence et la subtilité d’un Infernal Affairs !

Akatomy | 22.01.2004 | Hong Kong

The Park est disponible en DVD et VCD HK chez Universe Laser, avec sous-titres anglais. Les lunettes 3D sont incluses avec le DVD.

Site officiel du film :
- http://www.baseprod.cc/thepark/big5/index.html

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