The Red Awn

Après cinq ans passés à la ville, un homme revient chez lui, à la campagne. Sa femme décédée, il retrouve son fils, seul, qui s’oppose violemment à son retour. Il faut dire aussi que, au cours de ces cinq années, il n’a eu aucunes nouvelles de son père, celui-ci n’étant même pas revenu au moment de la mort de la mère. Désireux de gagner de quoi subsister, l’homme accepte la proposition d’un ami d’antan, de l’accompagner faire la moisson. L’homme encourage son fils à les accompagner dans ce voyage en moissonneuse...

Road-movie à dos de machine agricole, The Red Awn est le premier film en tant que réalisateur de Cai Shangjun, auteur à qui l’on doit, entre autres, le scénario de Shower. Parabole évidente sur les laissés pour compte de la croissance chinoise, c’est un film à la fois classique et original ; classique dans son sujet et son traitement, irréprochable mais simple, travail de rythme et de composition plus que débauche de mise en scène ; original dans l’inversion du conflit générationnel qui explicite les conséquences de l’industrialisation du pays.

Alors que, d’ordinaire, ce son les jeunes qui incarnent le changement, le renouveau et l’évolution dans The Red Awn passent par le retour au bercail de ce père oublié – à tel point d’ailleurs que quand il revient dans son village, il découvre qu’il n’existe plus, déclaré mort par son fils dans un accident de travail, empalé par une barre d’acier sur un chantier. Un désir que le garçon tentera à plusieurs reprises de rendre réalité ; dans le sommeil de son père d’abord, armé d’un couteau, puis aux commandes, pour la première fois, de la moissonneuse rouge qui donne son titre au film.

Cette machine qui marque la fin de l’exploitation agricole traditionnelle, est donc un véhicule au sens propre autant que de modernité forcée. Ce ne sont pas dans The Red Awn, les nouvelles générations qui introduisent la mécanique dans les champs, mais bien les adultes vieillissants. Le garçon lui, est plus à l’aise avec une faux dans la main. Alors que son père a travaillé pendant des années à la ville, que son « oncle » pour le voyage utilise le potentiel du téléphone portable pour trouver du travail, lui n’a jamais quitté son village, s’est encore moins encombré d’appareils électroniques. Cette inversion inhabituelle, joue un rôle essentiel dans ce tableau d’une Chine agricole profondément altérée par la modernisation. Alors que les exploitations sont délaissées par les jeunes qui s’en vont tous découvrir la ville, il revient aux générations passées d’aller se confronter au nouveau visage de leur mère patrie, si elles veulent pouvoir, à leur retour, guider leurs enfants dans ce monde impitoyable.

Car si la modernité a du bon – la moissonneuse permet une exploitation beaucoup plus rapide et efficace des récoltes – elle est aussi dangereuse : pour le père, la ville est synonyme de mal de dos, de fatigue, et surtout de génération de dettes. Les mégalopoles urbaines incarnent le paradoxe du géant communiste, créant au final une pauvreté plus durable encore que celle des provinces agricoles. Ces gens qui n’avaient rien à la campagne, n’ont pas plus à la ville ; pire encore, ils sont obligés de travailler pour rembourser des dettes et non pour vivre. L’héritage de modernité que le père amène à son fils est donc à double tranchant. Indispensable pour le jeune homme s’il veut grandir avec son pays, il est aussi destructeur puisqu’il crée le besoin de l’argent.

Ce n’est pas un hasard bien entendu, si la moissonneuse qui emmène les protagonistes dans ce voyage humain est rouge. Incarnation mécanique de la Chine, elle résume tous les constats du film : potentiellement bénéfique, elle peut aussi blesser, fatiguer, tuer, mettre les exploitants au chômage... Un outil difficile à appréhender, et qu’il est essentiel de maitriser entre père et fils, si l’unité familiale veut survivre aux violentes et inégales transformations du pays. Car la machine est en marche, c’est indéniable, mais il revient à chacun de tenter de se former à son fonctionnement, au risque de la regarder passer depuis le bas côté.

The Red Awn a été diffusé au cours de la dixième édition du Festival du film asiatique de Deauville (2008), en compétition officielle.

aka Hong se kang bai yin | Chine | 2007 | Un film de Cai Shangjun | Avec Yao Anlian, Lu Yulai, Huang Lu
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