The Red Shoes

Alors qu’elle est à la recherche de sa fille, Sun Jae trouve un jour son mari, affairé dans le lit conjugal avec une autre femme. Aux pieds de celle-ci, une paire de chaussures provenant de la collection de la femme trahie, dont le mari déclare qu’elle vont beaucoup mieux à son amante... Sun Jae quitte son homme et emménage avec sa fille Tae Soo, dans un appartement relativement miteux. Dans le métro, elle trouve une paire de chaussures, d’un rouge tellement vif et saturé qu’il en serait presque rose, qui l’attire étrangement. Lorsqu’elle les chausse, la femme froide et blessée laisse place à une autre, plus sûre d’elle, plus aguicheuse. Mais la petite Tae Soo convoite elle aussi ces chaussures, qui lui permettent de danser mieux que quiconque ; au point de se battre violemment avec sa mère pour les faire sienne... et tout autour de cette famille brisée, les gens qui tentent de subtiliser les « red shoes » à Sun Jae décèdent dans d’étranges circonstances...

Librement adapté d’un conte d’Andersen, The Red Shoes faisait partie cet été, du lot de films d’horreurs à se disputer les faveurs du public coréen. Il semblerait d’ailleurs que face à ses concurrents, cet étrange film, de femme et d’ambiance plus que de contenu, soit le seul à avoir connu un succès certain. Il faut dire aussi que l’objet de Kim Yong-kyun bien qu’imparfait, possède une personnalité originale et malsaine, et s’avère truffé d’images et de concepts suffisamments forts pour s’imposer comme l’un des meilleurs films d’horreur coréens de mémoire récente ; sans doute même le seul réellement digne d’intérêt que j’ai eu l’opportunité de voir depuis 2 Sœurs...

Le premier point positif de The Red Shoes est certainement le fait qu’il ne tente pas de s’inscrire dans la vague Ring. Bien que marqué par l’œuvre de Nakata dans son approche de la famille, et notamment de l’amour mère/fille, ainsi que dans la mise en scène de certains intérieurs, il s’apparente plus à un giallo coréen teinté de surnaturel, à un succédané d’Argento remis au goût du jour, qu’à une simple histoire de malediction virale. Certains me diront que sa nature, très secondaire, de film « à twist », le range au côté des œuvres post-Sixième sens ; mais une fois encore le fin mot de The Red Shoes s’il était mieux exploité, lorgnerait plus du côté des erreurs d’interprétations au cœur des plus grands films d’Argento que des mécanismes, souvent gratuits et maladroits, qui constituent le cœur de films comme Saw.

The Red Shoes donc, commence comme un film d’horreur asiatique classique, se teinte même très largement de Dark Water lorsque Sun Jae et sa fille déménagent, avant d’affirmer sa différence (une affirmation très claire puisque Tae Soo, face à un miroir avec les cheveux rabattus sur le visage façon Sadako, fait une grimace pour renier cette filiation). Une différence qui passe par le personnage, fascinant pillier du film, de Sun Jae. Réellement incarnée par l’actrice Kim Hye-soo, tour à tour froide et détestable, magnifique et attirante, violente et désespérée, cette femme représente à la fois la possession et le désir de celle-ci, aussi bien au niveau matériel que physique, au travers des chaussures comme de sa propre personnalité. Elle est le vecteur de toutes les émotions du film, de l’inquiétude au malsain véhiculé par ses confrontations effrayantes avec sa fille, à la puissance érotique que dégage son évidente sollicitation des hommes.

Sun Jae dans son importance, est cependant autant l’atout que le défaut de The Red Shoes. Atout dans la fascination qu’elle exerce sur le spectateur, défaut en ce qu’elle oblitère tout le reste, et nous maintient à distance du film, en surface, effrayés par la superposition d’un désir très fort bien qu’implicite, et d’une imagerie presque trop dérangeante (la scène où Tae Soo se vide de son sang est à ce titre redoutable). A l’image de la femme dont il chante la chute inéxorable dans la jalousie meurtrière au travers d’une belle histoire de fantômes, The Red Shoes est un film que l’on aborde avec autant d’envies que de craintes. Il est parcouru de meurtres très graphiques et de violences rares dans le cinéma horrifique coréen. Bien qu’incapable de rendre pleinement justice à son sujet (dans sa conclusion flottante notamment), il demeure passionnant, et jouit de plus d’interprétations globalement excellentes, d’une photographie sublime qui n’est pas sans rappeler celle, très froide et saturée, du New Blood de Cheang Pou-Soi, et d’une bande-son, minimaliste et expérimentale, réellement magnifique. Pas parfait loin s’en faut, mais tout de même fascinant.

Akatomy | 3.10.2005 | Corée du Sud

The Red Shoes est disponible en DVD coréen chez Woo Sung Entertainment. En plus de la version sorties en salles - chroniquée ici - l’édition propose de plus une version non censurée, malheureusement sans sous-titres.

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