The Restless

The Restless, premier film du coréen Cho Dong-ho, situe son action dans l’une des nombreuses périodes, troubles autant que fantasmées, de l’Histoire du Pays du matin calme. Nous sommes en l’an 924, au crépuscule de la Dynastie Shilla, et les Chuhyongdae, force royale luttant contre les démons et autres entités maléfiques qui fragilisent la paix dans le royaume, connaissent eux-aussi leurs derniers instants. Leur chef et ultime représentant, Yi-kwak, dont la tête est mise à prix, se fait piéger par un village auquel il est pourtant venu en aide. Drogué pour faciliter sa capture, le guerrier parvient toutefois à échapper aux griffes de ses fourbes persécuteurs. Il s’écroule au milieu d’une forêt proche, et se réveille dans un environnement pour le moins étrange... Des centaines de temples et pagodes se dressent autour de lui à perte de vue, tandis que d’innombrables hommes et femmes, tous vêtus de la même façon sommaire, marchent en rang sans ouvrir la bouche. Un homme l’interpelle en raison de sa mauvaise odeur ; c’est alors que Yi-kwak découvre, éberlué, qu’il se trouve dans l’entre-monde, le Joongcheon, où les humains fraîchement décédés se préparent à rejoindre le paradis. Pourtant quelque chose cloche : Yi-kwak, lui, semblerait être encore bien vivant.
Pas le temps toutefois de résoudre cette énigme : Joongcheon est attaqué par une armée de démons, bien décidés à réduire à néant les forces bénéfiques de cet entre-monde, les faucheurs blancs. Toujours sous le choc, Yi-kwak est témoin de l’attaque qui tourne au massacre, jusqu’à ce que ses yeux se posent sur la femme à la tête des faucheurs, qui n’est autre que Yon-hwa, sa fiancée, accusée de sorcellerie à sa place et décédée sous ses yeux plusieurs années auparavant. Mais Yon-hwa a perdu la mémoire, et peine à reconnaître en lui un allié, car Yi-kwak connaît les démons qui visent à l’anéantir : ceux-ci ne sont autres que les anciens compagnons du guerrier, les demon slayers décédés de la garde royale ...

The Restless est l’un de ces innombrables films coréens qui voguent sur la vague du renouveau sans cesse repoussé en Corée du Sud, du wu xia pian dopé au mélodrame et aux nouvelles technologies. Alors que les quelques réussites du pays en la matière - Bichunmoo, ou encore Musa - s’éloignent chaque année un peu plus de nos mémoires, CJ Entertainement et autres mastodontes de l’industrie locale s’acharnent à dépenser des fortunes pour tenter de réaliser des œuvres à vocation grand public et internationale. The Restless toutefois, comme The Legend of the Evil Lake et tant d’autres avant lui - si l’on excepte le somptueux et complexe prétexte stylistique qu’est Duelist - échoue lamentablement en dépit de posséder, au départ, une identité originale et pleine de promesses...

Car oui pour une fois, The Restless possède un pitch particulier, singulièrement fantastique et second degré, façon Buffy à l’époque Shilla, avec un je ne sais quoi de Love in the Time of Twilight. La première scène d’action du film, qui oppose Yi-kwak à des démons prognathes, est ainsi de bonne augure, pas foncièrement lisible mais suffisamment bisseuse pour être enthousiasmante. L’arrivée du guerrier dans l’entre-monde prolonge cette découverte agréable, le héros s’annonce l’être bien malgré lui, constamment hébété, l’humour omniprésent, la narration rapide. Puis, lorsque les enjeux - clairement sentimentaux pour ne pas dire mielleux - sont explicités, The Restless s’englue dans une trame simpliste à l’étirement poussif, déclinant son histoire d’amour au-delà de la mort avec un manque navrant de personnalité et d’enthousiasme. Eclipsée la volonté de faire un film de genre assumé des premiers instants : The Restless ne sera qu’un fantasy-mélo de plus, enchaînant combats et déclarations d’amours sans saveur jusqu’à la dernière minute, avant de s’éteindre, schéma oblige, sur une chanson de K-pop tout aussi caricaturale.

Reste que, dans cette débâcle esthétique et narrative - le combat au milieu des lampions est particulièrement long et pénible, le personnage de l’entertainer travesti est une aberration scénaristique héritée de Stephen Chow, le bad guy incarné par Hur Jun-ho est plat comme une limande - The Restless revient, au cours des ellipses finale propres aux variations coréennes du film de sabre, à ses promesses purement fantastiques et délirantes. Seul contre des milliers, Yi-kwak brandit son épée magique façon Dynasty Warriors versus God of War, dans une séquence typée jeu vidéo on ne peut plus jouissive. Mais cette émotion réservée à l’amateur de films décalés n’est qu’entraperçue et s’éclipse dans un ensemble trop terne ; peut-être faudrait-il que les coréens laissent à leurs réalisateurs le temps de s’approprier technologies et traditions pour livrer des films plus denses, plus personnels, plutôt que de les laisser faire du vieux avec du neuf pour leurs premiers pas devant la caméra, envoyant constamment des nouveaux venus au casse-pipe...

The Restless a été diffusé au cours de la 9ème édition du Festival du film asiatique de Deauville, dans le cadre de la compétition Action Asia.

aka Choong-cheon | Corée du Sud | 2006 | Un film de Cho Dong-ho | Avec Jung Woo-sung, Kim Tae-hee, Hur Joon-ho, So Yi-hyun, Park Sang-wook
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