The Revenge : A Visit From Fate

Une femme rentre chez elle, harcelée par un étrange colosse. Dans son salon, son mari s’affaire, inquiété par un emprunt d’argent qu’il ne peut rembourser, sous le regard paniqué de leur fille. La mère se précipite à l’étage et l’on découvre le quatrième membre de la famille, un petit garçon qu’elle dissimule dans un placard et supplie de rester là, immobile et silencieux. Les gangsters s’introduisent dans la maison et, alors que le paternel tente d’obtenir un délai supplémentaire pour régler sa dette, le colosse sort un pistolet et abat père, mère et fille. Le second collecteur, qui semble décontenancé par la violence aisée de son frère, parcourt la maison pour être certain que personne ne leur a échappé. Il trouve le garçon et se lance dans une hésitation heuristique, traduite physiquement par des claquements de langue et des frappes répétées sur le front. Sachant que son acte pourrait être lourd de conséquence, il demande au garçon de garder le silence, et lui laisse la vie sauve... Adulte, l’empreinte du drame sur Anjo se traduit par sa singularité de détective, qui refuse de porter et encore plus d’utiliser une arme à feu. Alors qu’il suit la piste d’un indic, le conduisant avec son partenaire à un drogué censé être l’un des maillons d’une chaîne de blanchiment d’argent, celui-ci se suicide sous ses yeux. Enquêtant sur le défunt, Anjo convie son tuteur, un homme d’affaires enclin à la reconversion des repris de justice, pour identifier le corps, et reconnaît en lui l’homme qui a abattu sa famille avant de lui sauver la vie...

Tout amateur de v-cinéma japonais sait combien on peut-être reconnaissant envers les programmateurs du Festival des 3 Continents lorsque, au début de The Revenge : A Visit From Fate, le logo de l’éditeur KSS emplit l’écran du Cinématographe [1]. Pilier du direct to video de genre, dont Sho Aikawa, du haut de sa filmographie à trois chiffres, est certainement l’une des figures les plus essentielles, l’éditeur ne connaît que rarement les faveurs d’une projection en France. Pourtant son catalogue est rempli sinon de chefs-d’œuvres, de titres d’intérêt ; et ce premier épisodes des aventures d’Anjo, l’une des nombreuses contributions de Kiyoshi Kurosawa à l’édifice du v-cinéma, en fait indéniablement partie.

Dès sa séquence d’ouverture dans le domicile de la famille Anjo, The Revenge : A Visit From Fate porte les stigmates, en devenir, de la mise en scène de Kurosawa. L’éclairage clair-obscur, le cadrage claustrophobe, une menace qui fragilise non pas directement le quotidien mais sa perception, de façon très picturale et dans un certain immobilisme... le drame constitutif du personnage interprété par Aikawa préfigure l’approche singulière du fantastique par le metteur en scène, que l’on retrouve notamment, quelques minutes plus tard, dans la rencontre entre Anjo et son bourreau contradictoire, fantastique jeu d’ombres et de lumière. Une approche très personnelle d’une trame classique pour ne pas dire éculée, qui permet à Kurosawa de s’affirmer sans cesser d’être au service de sa figure emblématique. Ce filtrage du v-cinéma par le metteur en scène se décline tout au long du film dans l’omniprésence des travellings latéraux, rapprochés et distants, qui accompagnent Anjo dans sa quête de justice, autant que dans sa galerie de personnages atypiques, bad guys demeurés à l’instabilité terrifiante, vecteurs d’une violence pathologique elle aussi caractéristique du cinéma de Kurosawa.

Sans s’écarter, ou si peu, du cahier des charges de tout véhicule consacré à Aikawa, Kiyoshi Kurosawa parvient ainsi à élever The Revenge : A Visit From Fate au dessus de ses innombrables semblables. Le paradoxe étant que sa singularité est aussi le lieu d’une incompréhension de la part de spectateurs à la fois néophytes et formatés. Lorsqu’Anjo fait face au colosse qui a exécuté les siens, aucun de leurs coups de feu ne fait mouche alors que les deux hommes se tiennent, immobiles, face à face ; une approche cohérente du dédain d’Anjo pour les armes à feu qui, lors de la projection du film, a suscité l’hilarité du public. Le même public qui s’offusque lorsque monsieur tout le monde s’avère être un pistolero infaillible... Un écart, précieux à mes yeux, qui annonce tous ceux que Sho Aikawa consentira à infliger à son avatar argentique, vidéo et numérique dans sa filmographie ultérieure, notamment aux mains de Takashi Miike ; décalage identitaire du cinéma de Kiyoshi Kurosawa, qui parvient à s’approprier un genre pourtant balisé au service de ses acteurs, comme il le fera pendant des années en contaminant les rouages du J-horror de son habileté, inestimable, à regarder autrement tout ce qui nous est familier.

Film diffusé dans le cadre d’une rétrospective consacrée à Kiyoshi Kurosawa, au cours de la 31ème édition du Festival des 3 Continents.

aka Fukushu : Kienai Shokon - 復讐 THE REVENGE 運命の訪問者 | Japon | 1997 | Un film de Kiyoshi Kurosawa | Avec Sho Aikawa, Itsumi Osawa, Fumiyo Kohina
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