The Runaway Pistol

Le héros de The Runaway Pistol commence son parcours entre les murs d’un quelconque appartement de Macao, tandis que, sous les yeux d’un jeune garçon qui vient de se faire mordre par les poissons avec lesquels il jouait dans son bain, un jeune népalais jouit sans complexe et sans affection de l’intimité de sa petite amie nourrice. Sur la table qui soutient leurs ébats, encore posé sur le papier journal qui lui assurait, depuis qu’il avait rencontré la jeune femme et qu’elle l’y avait emballé, une certaine quiétude, un pistolet s’apprête à recommencer son errance de violence, passant de main en main pour changer le destin des gens qui le convoitent, le croisent ou l’opposent. Un jeune gangster avide de drogues et de sexe, une prostituée battue par son mari fauché, un homme trompé qui cède à l’attrait de l’arme à feu suite à une infraction mineure, un amoureux transit qui ne peut trouver l’amour que dans la mort et autres kidnappeurs migrant de Hong Kong à Shenzen, font partie des humanités limitrophes qui construisent l’histoire du Runaway Pistol.

Homme orchestre d’un certain cinéma hongkongais, et notamment collaborateur de Fruit Chan pour lequel il officiait un temps aussi bien derrière la caméra qu’en tant que compositeur, Lam Wah-Cheun écrit, réalise, monte et met en musique en 2002, avec The Runaway Pistol, une fascinante et nihiliste fresque urbaine. Cynique et horriblement pessimiste, ce film d’auteur estampillé Category III aborde l’humanité par le biais d’un protagoniste objet, vecteur de mort que la détresse de citadins plus ou moins démunis transforme en entité vivante. Opportuniste dans sa pseudo-passivité hypocrite, cet atypique protagoniste s’engouffre dans chaque brèche, fascine hommes, femmes et enfants, et concrétise les amorces de rupture de ceux qui, volontairement ou non, s’en emparent.

Lorsque The Runaway Pistol démarre, Lam Wah-Cheun s’amuse un temps à entretenir le doute quant à l’identité de son narrateur, dont le décalage de la voix off, étrangement nonchalante et monocorde, détonne avec le sordide des images, de ce jeune garçon témoin de choses de la vie qui devraient rester hors de portée des enfants. Lorsque ce conteur se présente, le film démarre sous l’auspice d’un certain humour, certes noir, mais qui ne laisse aucunement augurer de la dureté du périple à venir. Ce n’est que lorsque l’arme se retrouve, pour le besoin d’un tournage pornographique amateur, dans la bouche d’une femme objet, que The Runaway Pistol dévoile son vrai visage : le coup part et, sous la caméra malveillante d’un jeune homme conscient, sans que le meurtre soit jamais plus qu’anodin pour autant, du potentiel commercial de l’incident, la vie est méprisée et reniée en quelques images.

A partir de cet instant, la dualité de The Runaway Pistol, rythmé par un journal télévisé apathique qui se complait à répandre les faits divers qui construisent le film et autres histoires racoleuses, devient de plus en plus dérangeante. Habile manipulateur, Lam Wah-Cheun multiplie les univers sonores, les approches visuelles (entre split screen, image basse résolution et caméra portée) et les tons, souligne l’horreur par la légèreté, mais se refuse à insuffler la moindre énergie positive dans sa narration. Ses saynètes, de durée variable, construisent une vie détestable, extinction lente de toute issue heureuse, à l’image d’un poisson filmé dans ses derniers instants, avec complaisance, avant d’être disséqué pour retrouver notre arme fugitive. Comme si la violence était au cœur de tout, innée.

Dans sa dernière séquence, The Runaway Pistol assène un coup redoutable (et brillamment mis en scène) au spectateur par le biais de l’autre narratrice du film, la présentatrice TV, qui annonce sans s’en rendre compte, en direct, le kidnapping de son propre fils. Lam Wah-Cheun traverse l’écran de la télévision, pour mettre à mal la distance confortable du média par rapport à la violence qu’il véhicule, et nous prive du coup de notre propre recul. Sitôt remplacée, dans un cynisme détestable, par un journaliste de réserve, la femme disparaît de l’écran pendant de longs moments, le réalisateur se penchant sur le calvaire de son fils emmené à Shenzen.

The Runaway Pistol, sans verser une goutte de sang supplémentaire, va alors très loin dans l’abject et le malaise ; et si le pistolet, doté d’une tare de naissance qui l’incite à cracher sa violence régulièrement de façon accidentelle, confère en dernière instance un sens ambigu de la justice à cette somme d’histoires, le mal est fait. The Runaway Pistol, virtuose par bien des aspects mais maladroit dans un discours un tantinet didactique, menace les fondations même de la vie : cette enfance qu’il taquine à plusieurs reprises, contamine enfin et refuse dans ses derniers instants de libérer. Ce faisant, il annihile tout espoir sans jamais cesser, railleur, son canon en guise d’œil unique braqué sur votre regard, de vous sourire de façon faussement naïve, remarquable innocent aux mains pleines. Gloups.

Akatomy | 10.11.2009 | Hong Kong, Category III

The Runaway Pistol est disponible en DVD HK, sous-titré anglais, chez Deltamac. Image au format, pas terrible et non anamorphique.

aka 走火槍 | Hong Kong | 2002 | Un film de Lam Wah-Cheun | Avec Wilson Yip Wai-Shun, Barbara Wong Chun-Chun, Wong Yuk-Lam, Kenneth Bi, Crystal Lui, Soi Cheang Pou-Soi
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