The Sky Crawlers

Un dogfight uchronique, dans lequel les hurlements de la tôle d’avions imaginaires se confondent avec ceux d’êtres mécaniques virevoltants, précède, dans sa fureur virtuose, un générique apaisé sur fond de ciel bleu. Il ne reste qu’au basset du réalisateur à nous accueillir, sur le tarmac qui prend le relais du thème mélancolique de Kenji Kawai, pour que l’on en soit certain : The Sky Crawlers est bien le fruit du travail de Mamoru Oshii.

Quoiqu’en dise le réalisateur de Ghost in the Shell, The Sky Crawlers, avec ses avions qu’il convient de se présenter entre pilotes, s’inscrit dans la continuité de son affection pour le rapport homme/machine ; bien qu’il ne s’attache pas à l’étude de l’âme qui naît de leur relation, en ce point de contact que l’on nomme interface. Des âmes pourtant, il y en a dans cette adaptation d’une série de livres de l’auteur Hiroshi Mori : celles, tronquées, des Kildren, enfants guerriers qui, bloqués dans leur évolution, ne peuvent prendre l’apparence d’adultes mais en possèdent les désirs et tourments.

Yûichi Kannami, récemment transféré sur la base d’Urisu, est l’un de ces pilotes ; il succède à un dénommé Jinroh, au service du commandant Suito Kusanagi et d’une drôle de guerre. Une guerre gérée par des corporations, commentée à la télé en temps réel et dans un détachement déconcertant, background contemporain d’un hier, d’un aujourd’hui ou d’un demain qui nous élude. Une guerre sans victoire ni défaite en dépit des pertes humaines, qui ne diminuent ni n’augmentent l’effectif des combattants juvéniles, quel que soit leur camp. Sauf que chez l’adversaire, un adulte, un vrai, surnommé le « professeur », garantit le déséquilibre de l’affrontement – et, donc, sa pérennité.

N’allez pas croire pour autant que The Sky Crawlers fasse des combats aériens son sujet, pas plus que les Patlabor ne faisaient des robots éponymes le leur. Il s’agit d’un film sur le temps qui passe ; autant, d’ailleurs, que celui qui ne passe pas. La narration alterne ainsi fulgurances et contemplations, en s’attardant sur les moments qui composent une journée (avec un soin tout particulier porté à leur éclairage), pour mieux exprimer leur succession monotone. L’intrigue avance, si peu, dans les creux de cet immobilisme : les actions sont fugaces ou elliptiques, dénuées d’objectif et encore plus d’accomplissement. Quand elles ne se jouent pas simplement hors champ, résolues dans la résignation de ceux qui sont restés sur le tarmac, ou, pire, y sont revenus sans leur coéquipier.

L’équilibre de The Sky Crawlers, fragile mais ô combien fascinant, hypnotique même, naît de ces alternances et, plus largement, de la somme de ses déséquilibres. Ses enfants sont aussi des adultes, les séquences en dessin traditionnel contrastent brutalement avec celles en 3D, l’action est constamment éclipsée par l’attentisme, l’obédience par la rébellion et l’exclusion, plus ou moins silencieuses. A l’image d’une guerre biaisée dont un protagoniste esquisse la probable virtualité, simplement entretenue dans le but de valoriser le quotidien pacifique, à défaut de mieux, de ceux qui ne la subissent pas, le déséquilibre est un rouage essentiel de la machine d’Oshii. Paradoxal évidemment ; d’autant que c’est un humain qui refuse de mourir - le « professeur » - qui, du coup, assume des propres mots de Kannami la paternité des Kildren, qui, eux, ne le peuvent pas. S’ils le battaient, la guerre n’aurait plus de raison d’être, et ses enfants recyclés (les « Killed Children », peut-être ?), non plus.

Entre deux morts et autant de renaissances, sous le regard notamment d’une mécanicienne vieillie par le secret de leur réalité, les Kildren jouent à l’Homme. Dans l’espoir d’en devenir, dans la certitude que cela n’arrivera jamais. Pas étonnant dès lors que le casque de Kannami soit orné du surnom Cairn ; le nom des amas artificiels de pierre, que l’on retrouve de par le monde et ses cultures, et qui, souvent, singent la silhouette de l’homme ; quand ils ne servent pas, posés sur une sépulture, à empêcher les morts de renaître... Ce qui est étonnant par contre, troublant parfois, c’est de voir ces enfants s’abandonner à la chair et même, dans le cas de Kusanagi, en côtoyer le fruit.

Dans son portrait équivoque d’êtres bloqués entre deux âges et leurs émotions conflictuelles, The Sky Crawlers paraîtrait presque blasphématoire. Il n’en reste pas moins une pure merveille, poétique et pessimiste à souhait. Mamoru Oshii y renoue, au travers d’une ombre homonyme, avec l’inexorable beauté – ou plutôt la beauté de l’inexorable – du chef-d’œuvre de Hiroyuki Okiura dont il avait écrit le scénario : Jinroh conditionne, dans sa fausse absence, le véritable enjeu de The Sky Crawlers.

Akatomy | 4.02.2010 | Japon, Animation

The Sky Crawlers est disponible en DVD et Blu-ray dans notre beau pays depuis le 27 janvier 2010, grâce à la bienveillance de Wild Side. Copie superbe, itou pour le son. En guise de suppléments, deux galeries un peu chiches - les personnages et les avions de combat -, mais le documentaire intitulé "Animation et effets sonores", qui dissimule un making of bien plus large, est très agréable et intéressant.
Remerciements à Benjamin Gaessler et Wild Side.

aka スカイ・クロラ - Sukai Kurora | Japon | 2008 | Un film de Mamoru Oshii | Avec les voix de Ryo Kase, Rinko Kikuchi, Shosuke Tanihara, Chiaki Kuriyama, Bryce Hitchcock
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