The Sorcerer and the White Snake

Alors que le moine Fahai (Jet Li) et son disciple Neng Ren (Wen Zhang) arpentent les joyeusetés d’un festival des lanternes à la recherche de quelque démon vampirique, l’herboriste Xu Xian (Raymond Lam) est amené à croiser le chemin de la belle Bai Suzhen (Eva Huang), Serpent Blanc à l’apparence trompeuse, dont il refuse les avances, son cœur épris d’un souvenir sans visage. En effet, tandis qu’il ramassait des herbes de montagne avec ses collègues quelques temps plus tôt, Xu Xian, effrayé par les facéties d’une femme-serpent, Qingqing, était tombé dans l’eau. Promis à la noyade, il fut sauvé par le baiser aquatique de Suzhen, comparse de la blagueuse. S’il n’avait pas vu la belle, l’échange de flux vitaux, entre l’homme et le démon, a scellé son sentiment amoureux. Aussi lorsqu’elle l’embrasse à nouveau le soir du festival, Xu Xian et celle dont il ignore la nature démoniaque se promettent amour éternel. Pendant ce temps, Neng Ren croise la route de l’entremetteuse Qingqing (Charlene Choi), aka Serpent Vert, chargée de retrouvée Xu Xian pour son amie, qui s’amuse de son incapacité à déceler sa véritable nature, et le met sur la piste du vampire qu’il recherche. Malheureusement, Neng Ren est mordu par le démon avant que Fahai parvienne à l’emprisonner. Lequel Fahai, rigide à souhait, ne tarde pas à reconnaître la véritable nature de Suzhen, et se montre bien décidé à rompre son amour interdit avec Xu Xian…

Plutôt que de marcher dans les pas du Green Snake de Tsui Hark, qui avait choisi, à l’encontre de la légende, de faire du Serpent Vert son principal protagoniste, Ching Siu-Tung s’en remet avec The Sorcerer and the White Snake à la tradition, pour conter une histoire d’amour bardée d’effets numériques. Exit, un peu, la poésie low-tech du conte porté par Maggie Cheung et Joey Wong, pour un film de fantasy grand public, mêlant combats surréalistes et mièvrerie romantique, dans lequel les femmes-serpents ont pour amies des souris de synthèse dotées de paroles. Charlene Choi, bien que charmante, n’y possède pas plus la fragilité de Maggie Cheung qu’Eva Huang la beauté ambigüe de Joey Wong, Jet Li s’y fait un peu vieux et ne brille pas par ses compétences martiales (mais l’univers ne s’y prête pas forcément), Lam Suet y est réduit à doubler un poulet (coupé dans la version internationale du film), et l’on peut s’étonner de croiser des créatures plus à l’aise dans un Pixar que dans un tel gloubi-boulga d’émotions, de religion et de folklore. Pourtant, quoiqu’en pensent la plupart des critiques, The Sorcerer and the White Snake, à la manière de Kingdom of War du même Ching Siu-Tung, incarne à mes yeux une réussite des plus agréables, à défaut de s’asseoir au panthéon du genre.

Qu’importe en effet, que dans ses débordements, le film du réalisateur-chorégraphe pêche par des effets approximatifs, que la narration soit un peu trop expéditive pour laisser s’épancher l’émerveillement, que Ching Siu-Tung dérobe aux Deux Tours sa séquence mémorable de confrontation en chute libre entre Gandalf et le Balrog. Dans son empilement de comédie, de fantaisie et de bluette, The Sorcerer and the White Snake renoue à mon sens avec les excès, d’action et de représentation, qui ont façonné notre amour du cinéma HK des années quatre-vingt et du début des années quatre-vingt-dix. Ses rebondissements sont agréables, ses incartades sympathiques (la confrontation de Jet Li et des femmes renardes, l’initiation de Neng Ren au vampirisme par Qingqing), ses acteurs bien choisis (Raymond Lam et Wen Zhang sont de satisfaisants maladroits), et le rythme suffisamment prenant pour qu’on se laisse berner par l’entreprise. Certes, les femmes-serpents sont mal modélisées et leurs déplacements possèdent une dynamique plutôt vilaine, mais la générosité de l’ensemble l’emporte sur ces défauts techniques, qui accaparent à mon goût trop souvent l’appréciation critique. D’autant que l’on chérit bon nombres d’œuvres de la Film Workshop, fondatrices ou du moins parties essentielles de notre passion, qui souffraient des mêmes écueils en leurs temps. Ne soyons pas blasés je vous en supplie, et reconnaissons à The Sorcerer and the White Snake ses qualités de divertissement loufoque, grandiloquent, séduisant et exotique, dont tant se plaisent à évoquer un souvenir supposé défunt et regretté, alors qu’elles existent encore, manifestement, aujourd’hui.

The Sorcerer and the White Snake a été présenté dans la sélection Action Asia de la quatorzième édition du Festival du film asiatique de Deauville (2012). Il est par ailleurs déjà disponible en VCD, DVD et Blu-ray HK, tous sous-titrés anglais.

aka It’s Love - 白蛇傳說 | Hong Kong / Chine | 2011 | Un film de Tony Ching Siu-Tung | Avec Jet Li, Eva Huang Shengyi, Raymond Lam Fung, Charlene Choi Cheuk-Yin, Wen Zhang, Vivian Hsu, Miriam Yeung Chin-Wah, Jiang Wu, Chapman To Man-Chat, Lam Suet
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