The Sun Beaten Path

Du Tibet, sensibilité politique du sujet oblige, le cinéma chinois n’en parle guère. Nous avions pourtant eu le droit au magnifique Kekexili, de Lu Chuan, et dans les festivals aux films de Wanma Caidan, Le silence des pierres sacrées et The Search, sur l’effacement de la culture tibétaine. Son directeur de la photographie, Sonthar Gyal, a décidé de changer de place derrière la caméra et s’est lancé dans la réalisation avec The Sun Beaten Path.

Dans un car en provenance de Lhassa, un vieillard a fait la connaissance d’un jeune homme, Nyma, qui revient dans sa région natale après avoir accompli un pèlerinage. Comme certains de ses compatriotes, il a parcouru des centaines de kilomètres en se prosternant à chaque pas, les jambes protégées par des coussinets et les mains par une plaque de bois qui claque sur le sol à chacune de ses prosternations. Mais ce pèlerinage, que les tibétains font pour remercier Bouddha d’une faveur qu’il leur a accordé ou qu’ils souhaitent recevoir, n’a pas réussi à apaiser le jeune homme. Son histoire tient de la tragédie grecque : il a tué sa mère accidentellement. Ce malheur l’a plongé dans un état de choc ; sa première réaction a été de fuir dans le désert voisin. Depuis, la fuite est son seul horizon…

Pourquoi le vieil homme s’intéresse-t-il à son jeune compagnon ? Le réalisateur donne peu d’indices. Nyma et son aîné sont tous les deux arrivés à un moment critique de leur vie. Veuf, le vieillard vient de marier le dernier de ses enfants, sa fille. Cette union constitue l’aboutissement de sa vie. Que lui reste-t-il à accomplir, si ce n’est de continuer à vivre ? Nyma semble lui chercher un sens à sa vie après cet accident.

Le voyage de Nyma est bien sûr spirituel. Muré dans le silence, il erre comme une âme en peine, ne sachant ni comment racheter sa faute, ni faire son deuil. Le pays des neiges se prête admirablement au voyage auquel nous convie le réalisateur. Le vide existentiel dans lequel jeune homme se trouve est à l’image de l’immensité désertique du haut plateau tibétain, qui est le troisième acteur du film. Un désert de sable ou de roche qu’il parcourt le plus souvent à pied, refusant les propositions des camionneurs de passage. Ancien directeur de la photographie, Sonthar Gyal fait un usage plein de sagesse de ces paysages, qu’il montre sous une lumière voilée, bien loin de la magnifique lumière associée habituellement avec le Tibet.

Comme le plateau tibétain parcouru par Nyma, ce film pourra sembler bien austère à certains spectateurs. Sonthar Gyal leur propose peu d’éléments concrets, notamment en termes de narration, auxquels se raccrocher pour participer à ce voyage.

The Sun Beaten Path a été présenté en compétition au 14ème Festival du Film Asiatique de Deauville (2012)

aka 太阳总在左边 | Chine | 2011 | Un film de Sonthar Gyal | Avec Yeshe Lhadruk, Lo Kyi, Kalzang Rinchen, Lhakyed Ma, Rekdsen Drolma, Yangshou Tso
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