The Vanishing Spring Light

Comme tant d’autres anciens quartiers en Chine, West Street est voué à la destruction en raison de la volonté de modernisation du gouvernement. Le réalisateur Xun Yu a souhaité porter témoignage d’un mode de vie traditionnel sur le point de disparaître, et s’est immergé dans ce quartier dont l’ambiance lui rappelait celle qu’il avait connue du temps de sa jeunesse.

Le spectateur est plongé au sein de cette communauté, qui par certains aspects est sans doute proche de celle des villages français de l’ancien temps. Les voisins de palier se connaissent, sont des amis et s’invitent les uns chez les autres. Communauté n’est pas ici un vain mot.

Grand-mère Jiang est l’une des habitantes de ce quartier. Nous la découvrons assise sur une chaise sur le seuil de sa maison. Elle discute avec des amis du quartier après être tombée lors d’une promenade. La gravité de sa condition - elle a été victime d’une attaque cérébrale - n’est pas encore connue. Grand-mère Jiang a connu tous les grands bouleversements de la République populaire de Chine, et est sur le point d’en connaître un nouveau avec la rénovation de son quartier. Le rôle de sa maison a évolué avec sa situation et celle de la Chine. Transformée en épicerie après la libéralisation de l’économie, sa salle à manger fait désormais office de salle de mah-jong avec ses drôles de machines automatiques. Sa bru la gère depuis qu’elle a pris sa retraite.

Le réalisateur nous fait partager ce qu’il peut y avoir de plus intime : la lente glissade d’un être vers la mort. La grandeur de ce documentaire est qu’il y parvient avec la plus grande des pudeurs, sans pour autant escamoter les scènes dérangeantes. La vue de cette femme finissant ses jours impotente dans une pièce, sorte d’arrière cuisine peu reluisante, pince le cœur.

Xun Yu a sans doute atteint ce résultat grâce à la complicité qui le lie avec cette femme. Dans la plus belle scène du film, la main du réalisateur rentre dans le champ de la caméra pour l’aider à prendre des bouffées de la cigarette que sa paralysie ne lui permet pas de fumer toute seule. Dans le même temps, la vie continue en parallèle, comme l’attestent les cliquetis des dominos dans la pièce à côté.

Il montre aussi les difficultés de ses proches à accompagner le déclin de la vieille femme. Après un repas bien arrosé, son fils s’épanche auprès de ses voisins et amis sur ses difficultés à être un bon fils, comme le veut la tradition confucéenne. Lui et ses sœurs n’auraient-ils pas pu offrir des conditions de fin de vie plus douces à leur mère ? Ce questionnement est naturel quand les personnes que l’on aime sont sur le point de disparaitre de notre horizon.

Tout le monde est appelé à vivre cette expérience : The Vanishing Spring Light touche à l’universel et prend une autre dimension.

Kizushii | 21.05.2012 | Chine

The Vanishing Spring Light a été projeté lors du Cinéma du réel 2012. Il y a reçu le prix Joris Ivens destiné à récompenser un premier film documentaire.

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