The Washing Machine

Deodato fait dans le "Eurosleaze" télévisuel...

Yuri Petkov vient d’offrir un bijou à Vida Kolba, seulement voilà : le joaillier s’est trompé, et son travail porte le nom de Sissy en lieu de celui de Vida. Du coup, les deux amants - lui très vieux beau, lubrique et détestable ; elle très en formes et toute de vulgarité vétue - se disputent. Vida n’avale pas le mensonge de Yuri, mais celui-ci insiste. Il a d’ailleurs bien raison, puisque Vida ne peut se soustraire plus de quelques secondes au désir charnel. Le couple copule dans la cuisine de la demeure Kolba, un pied dans le frigo sous les yeux de Ludmilla, l’une des soeurs de Vida - puis se dispute encore. Yuri quitte les lieux...

Cette même nuit, Ludmilla se relève et découvre le cadavre de Yuri, découpé en morceaux et entassé dans la machine à laver. Lorsque la police - sous les traits du redoutable inspecteur Alexander Stacev - vient enquêter le lendemain, il n’y a plus de corps. Entre en jeu la deuxième soeur de Vida, la délicieuse Maria, qui déclare Ludmilla alcoolique. Mais Vida elle, dit que sa soeur est simplement normale. Tout ça n’est pas très net, et Stacev se laisse emporter malgré lui dans cette enquête fraternelle, au gran dam de sa petie amie Irina...

"- Le chat l'a mangé...
- Le chat a mangé quoi?
- Yuri!
"

"Eurosleaze" - littéralement "corruption européenne" -, voilà un descriptif qui convient parfaitement à The Washing Machine, téléfilm du début des années 90, fortement teinté eighties et signé par le grand Ruggero Cannibal Holocaust Deodato... Espèce de giallo vulgaire et second degré, The Washing Machine met en scène une drôle d’enquête policière, de façon à la fois très banale dans ses motivations racoleuses, et hors-norme dans sa pseudo-réflexivité. Deodato découpe son film en flash-backs, qui viennent, suivant qu’il s’agit du point de vue de l’une ou l’autre des trois soeurs, réécrire la découverte macabre post-coït qui sert de point de départ à la narration. Là où le réalisateur s’amuse d’autant plus, c’est que ces séquences sont tour à tour des affirmations, des suppositions - voire des élucubrations - dont le seul but est de faire craquer l’inspecteur Stacev, en proie à trois nymphomanes jouant l’intégrale du registre de la femme fatale, du mystère sensuel au racolage sur le trottoir. Et ça marche ! Notre homme, piètre acteur au demeurant, en perd son latin et en oublie même de vérifier que le dit Yuri est ne serait-ce que porté disparu, trop préoccupé qu’il est à tomber sous les charmes variés des soeurs Kolba. L’enquête ne tient pas un seul instant la route mais qu’importe : c’est une ambiance de corruption que Deodato cherche à instaurer, et non une didactique criminelle. Il est bien plus intéressant - pour lui autant que pour le spectateur - de jouir de l’excellente bande son de Claudio Simonetti pour mettre en scène les interactions du détective avec les trois soeurs ; la palme revenant sans conteste à celle unissant Stacev et Maria (fabuleuse Ilaria Borelli), perverse jeu sexuel au milieu d’un musée rempli d’aveugles...

"Je n’ai pas une maîtresse... j’en ai trois ! Elles me pompent tout, je suis épuisé !"

Mais Deodato va encore plus loin ! Il apparaît rapidement qu’aucun des points de vue exposé, qu’il appartienne ou non à l’un des protagonistes, n’est valide ! Seul compte l’utilisation narrative qu’il est fait des diverses propositions, et la validité que les protagonistes choisissent, de façon arbitraire, de leur attribuer. Ainsi Deodato fait-il son Bret Easton Ellis de l’image avant l’heure, déclarant au travers de personnages conscients d’être exposés sur écran et par montage interposé, que telle ou telle chose est sans doute vraie, puisqu’elle nous a été montrée au cours du film !

Cet exercice de style très second degré est au final une arnaque, certes, mais une arnaque délicieuse. Les puristes lui préfèreront n’importe quel Argento des premières heures ; les fans d’exploitation quant à eux, se rueront sur cette perle décadente, anachronique, légèrement gore, largement vulgaire et je m’en-foutiste à souhait ! Deodato forever !

Akatomy | 8.09.2004 | Hors-Asie

The Washing Machine est disponible en DVD français (VF uniquement), vendu en kiosque il y a quelques mois de cela...

France / Italie / Hongrie | 1992 | Un film de Ruggero Deodato | Avec Philippe Caroit, Ilaria Borelli, Katarzyna Figura, Barbara Ricci, Laurence Regnier, László Borbély, Claudia Pozzi, Yorgo Voyagis
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