The Wesley’s Mysterious File

Ca fait un certain temps déjà que les spectateurs n’attendent plus rien de Andrew Lau. Depuis A Man Called Hero (1999) - qui avait quelque peu brisé les espoirs nés avec l’arrivée du spectaculaire The Storm Riders un an plus tôt - Andrew Lau dérape à chacun de ses pas, que ce soit en nous offrant un énième opus à sa saga interminable des Young and Dangerous, en nous assommant d’effets spéciaux dans The Duel (2000) ou The Avenging Fist (2001), ou en tombant aussi bas que le ridicule Legend of Speed (1999) - un sous-The Fast and the Furious avant l’heure, toujours et encore avec Ekin Cheng dans le rôle principal.

Passionné de technique, Andrew Lau est un "showman", une espèce de Michael Bay HK, la frénésie en moins. Du coup, oui, il arrive au réalisateur de nous livrer de belles images, voire de belles séquences. Ce serait dommage aussi pour un homme qui a commencé sa carrière en tant que chef opérateur sur des films comme City on Fire (Ringo Lam - 1987), As Tears Go By et Chungking Express (Wong Kar-Wai - 1988 et 1995)... Technique encore, avec les effets à profusion qui plombent la moindre scène intimiste de ses épopées en tout genre. C’est vrai, mais au moins Andrew Lau aura su, avec l’aide de Centro Digital Pictures, relevé d’un seul coup le niveau de la synthèse et de son intégration dans l’ex-colonie, laissant même la Film Workshop sur le carreau (au moins jusqu’à Master Q 2001).
Dans l’ensemble donc, pas forcément un mauvais bougre, capable de bien des bonnes choses mais irresistiblement attiré par son propre côté tâcheron. Et pourtant...
Et pourtant je suis un optimiste incorrigible. Quand on me parle de l’adaptation cinématographique d’une série de science-fiction HK à mi-chemin entre les X-Files et Men in Black, quand on me colle au casting non seulement Andy Lau et Shu Qi, mais aussi Rosamund Kwan, quasiment disparue des écrans depuis le lamentable Once Upon a Time in China and America (Sammo Hung - 1997), et que Ekin Cheng ne semble même pas faire un caméo, je me dis que, ça y est, cette fois, c’est la bonne ! Mais non... Cette fois, c’est The Wesley’s Mysterious File. L’erreur est dans le titre...

Bienvenue aux USA, à San Francisco plus précisemment. Wesley (Andy Lau) est un agent de l’AAA (Aliens Analysing Agency), un groupuscule des Nations Unies spécialisé dans la recherche extraterrestre. Le jour où débute notre histoire, Wesley reçoit le coup de fil d’un antiquaire qui lui déclare posséder quelque chose qu’il pourrait "regretter toute sa vie de ne pas être venu voir". L’objet en question est une espèce de main cristallisée, soit-disant les restes d’une entité alien, que le vieil homme veut lui vendre pour la modique somme de $100.000. Wesley n’y croit pas un instant et s’apprête à quitter la boutique sans même avoir jeté un oeil sur la prétendue relique, quand une jeune femme (Rosamund Kwan) entre à son tour. Elle négocie un moment pour racheter l’objet mais, n’y parvenant pas, s’en va - non sans avoir auparavant prévenu Wesley qu’il ferait mieux de quitter rapidement les lieux.
Effectivement, sitôt sur le trotoir, Wesley se voit entouré de voitures du FBI. Il se retrouve nez à nez avec l’agent Wai (Roy Cheung), "concurrent" de l’unité Double X (une entité gouvernementale spécialisée elle aussi dans la vie dans l’espace) avec qui il a quelques comptes à régler, puisque les méthodes expéditives de son unité ont conduit, lors de leur dernière rencontre, à la mort d’un alien pacifique sur le point d’accoucher ( !!!). Wesley de mettre en joue son homologue "légal", avant de se retrouver au bout de l’arme de Sue (Shu Qi), l’équipière rebelle de Wai. Une fois la gueguerre terminée, Wesley apprend qu’il y a un extraterrestre plutôt aggressif dans l’immeuble au-dessus de la boutique d’antiquités. L’équipe de Double X essaye de descendre l’horrible créature polymorphe mais n’y parvient pas. Wesley intervient, et finit par se faire courser par le monstre dans les ruelles attenantes au bâtiment. Heureusement, Fong - la femme de la boutique - arrive à temps pour sauver notre héros. Avant de s’évanouir, Wesley a le temps de jeter un dernier coup d’oeil à la jeune femme : se pourrait-il que celle-ci soit l’alien au sang bleu de son enfance ?

Et bien voilà : ça commence pourtant bien, avec une intro ryhtmée, un monstre super-rigolo et plutôt bien intégré, un Andy Lau poseur à souhait, les apparitions successives de Rosamund Kwan, Roy Cheung et Shu Qi... et puis, très rapidement, The Wesley’s Mysterious File dérive vers une pseudo love story intergalactique absolument ridicule, enneuyeuse et surtout orientée repompe à l’extrème.

Arrivent deux chasseurs de primes du Gang Warlock Toxin (un envahisseur alien à l’origine de l’anéantissement de la population de la planète Dark Blue, berceau de Fong et de son frère perdu Tan), qui cherchent à reprendre la "Blue Blood Bible" à Fong et qui pour ce faire sont prêts à aider Andrew Lau à reconstituer une quantité surprenante de scènes sorties de films américains. De Critters 2 à Men in Black, tout y passe, avec le plus gros du morceau tout de même pour Terminator 2. Les deux méchants essayent notamment de nous refaire le coup des attitudes tranquilles et effrayantes de Robert Patrick, sans le moindre succès.
Entre ces scènes d’action ressucées, on s’emmerde ferme. De rigolo au début, Andy Lau devient d’abord cabotin puis ridicule (la scène "de cul" entre Wesley et Fong consituant un certain sommet). Shu Qi décore grave, mais possède des moments de faiblesse abérrants, surtout lorsqu’elle joue en anglais. A plusieurs reprises, on a même l’impression qu’elle lit ses dialogues sur un prompteur mal réglé. Même Roy Cheung est sans saveur, c’est dire ! Et j’allais presque oublier : on a aussi droit à un petit rôle ridicule interprété (infiniment mal) par Wong Jing lui-même, scénariste de ce vilain petit canard, à la fois boiteux et niais.
Pour couronner le tout, on conclut sur une fin sans saveur, sans escalade, qui réduit le film à l’expression éhontée d’un amour commandité et non-partagé, en guise de pseudo-message d’espoir.

Voila donc mon optimisme forcené une fois de plus rembarré. Ai-je besoin de préciser que le moindre échange de regards s’accompagne de quinze couches de compositing, que la caméra de Lau effectue plus de 200 tours sur elle-même en 89 minutes, que la musique "à la" Tokyo Raiders est parfaitement inadéquate, et que seule Rosamund Kwan croit en son personnage (j’ai essayé, moi aussi, alors je ne peux pas en vouloir aux autres) ? Je ne crois pas. Mais finalement, que pouvait-on attendre d’un film avec une erreur de grammaire dans le titre ?

Akatomy | 26.05.2002 | Hong Kong

Si le film n’est pas génial (ah les euphémismes...), le DVD HK édité par Mei-Ah est, pour le coup, plutôt surprenant : copie 2.35:1 anamorphique de toute beauté, accompagnée d’une bande-son redoutable, au choix en 5.1 ou en DTS. Les suppléments se limitent à quelques trailers et filmos/bios, et les sous-titres sont souvent très à côté de la plaque ("empathy" devenant par exemple "amplify"). Mais dans l’ensemble, Mei-Ah tient le bon bout !

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