Thomas Struck

Thomas Struck, Directeur de nouveaux talents au Berlinale Talent Campus, est une personnalité souriante du cinéma allemand. Son nom signifie diverses choses pour des gens différents. Pour ceux de l’industrie cinématographique allemande, c’est un cinéaste doué, un administrateur compétent qui a contribué à la création de l’organisation européenne de la distribution de films. Pour ceux qui le connaissent au Berlinale - et surtout au Berlinale Talent Campus -,il est un dénicheur de talents dont les yeux vigilants ont fait connaître de nombreux jeunes cinéastes venant de tous les coins du monde. Sous sa direction ingénieuse, Berlinale Talent Campus a aidé plusieurs jeunes cinéastes pour qu’ils puissent librement dialoguer avec des cinéastes établis, afin de perfectionner leurs propres carrières cinématographiques. Qu’est ce que « Berlinale Talent Campus » ? C’est un forum où les jeunes metteurs en scène assistent à des ateliers, des sessions interactives. Ils entrent en conversation avec des maîtres du cinéma pour bien connaître les ficelles du métier. Berlinale Talent Campus a bien aiguisé leur pouvoirs d’invention. Quelle est la preuve de son succès ? C’est au Berlinale Talent Campus en 2003 que le jeune cinéaste sri-lankais Vimukti Jayasundara a été repéré. Cette année, il a remporté la Caméra d’or au festival de Cannes pour son film La terre abandonnée. On peut également se demander pourquoi les efforts de Thomas Struck et de Berlinale Talent Campus sont tellement uniques. La réponse est assez claire : ils le sont car ceux-ci ont fermement prouvé que les grands festivals de cinéma peuvent également jouer un rôle définitif afin de dénicher de nouveaux cinéastes plein de promesses. Un homme qui vous accueille toujours en souriant, Thomas Struck s’est entretenu avec Lalit Rao de Sancho does Asia, le 17 juillet2005 à New Delhi lors de Osian Cinefan 7eme festival du cinéma asiatique 2005.

Sancho Does Asia : Berlinale Talent Campus a été établi en 2003. Cela fait 3 ans que votre organisme révèle des jeunes cinéastes plein d’avenir. En quoi consiste la réussite du Berlinale Talent Campus ?

Thomas Struck : L’idée principale est d’offrir un forum de communication aux jeunes cinéastes, car vous ne pouvez jamais passer la commande de réaliser de bons films. On peut juste fournir un arrière-plan, une tribune où des jeunes cinéastes commencent à s’associer avec des professionnels du cinéma, afin de travailler sur leurs propres thèmes. C’est notre tâche principale au Berlinale Talent Campus. Depuis 3 ans nous sommes bien conscients du fait que Berlinale Talent Campus est un concept réussi, car Berlinale 2004 a accueilli plus de 20 cinéastes qui avaient déjà participé au Berlinale Talent Campus. En 2004, ils sont venus présenter leurs propres films au Berlinale. Il y a également des jeunes cinéastes révélés au Berlinale Talent Campus qui ont été primés au festival de Cannes. Il y a beaucoup de personnes du monde entier pour qui Berlinale Talent correspondait à une ligne de départ. C’est précisément à partir de celle-ci que ces jeunes cinéastes ont reçu de l’inspiration, des contacts.

Vous recevez certainement maintes candidatures de la part de jeunes cinéastes du monde entier. Pourriez-vous nous décrire le processus de sélection ? Combien de demandes admettez-vous ? Comment se fait la sélection finale ?

Comment pourrait-on révéler un jeune cinéaste ? Voilà la question qui se pose ! C’est la question primordiale que nous nous sommes posée lorsque l’on a établi Berlinale Talent Campus. On pourrait bien rédiger des CVs détaillés, écrire beaucoup de filmographies, faire le compte rendu des prix gagnés... mais nous ne sommes pas en mesure de contrôler tout cela.

Il existe certainement des sites web qui peuvent le vérifier ?

Il y aurait sûrement un moyen de tout vérifier mais cela entraînerait trop de travail. L’idée essentielle est d’être dotée d’un échantillon. Les candidats posent leurs candidatures en nous envoyant des échantillons de leurs travaux. Il s’agit d’une vidéo d’environ 1 minute. Ils peuvent choisir n’importe quel thème. Ils peuvent tourner ce qu’ils ont dans leur esprit. Ils peuvent également préparer un échantillon de leurs travaux formels. Cela pourrait être n’importe quoi !

Cela pourrait être n’importe quoi ? Même de l’animation ?

Oui. Cela pourrait être n’importe quoi. Bien sûr. N’importe quel genre. On peut également tourner quelque chose tout en juste disant « Bonjour, je m’appelle XYZ », pourvu que cela soit fait de façon renversante. On dit que la durée d’une minute est impossible au cinéma. Il est pourtant possible de tourner en l’espace d’une minute.Un film qui dure une minute pourrait bien être une éternité. L’art du cinéma fondamental concerne l’économie de l’utilisation du temps par des cinéastes. La durée d’une minute est sans aucun doute suffisante identifier un cinéaste. Elle nous dit beaucoup de choses sur le style d’un cinéaste, nous révèle tout ce qu’il y a dans sa tête. Quelles sont les idées d’un cinéaste ? Au Berlinale Talent Campus on reçoit annuellement environ 2000-3000 échantillons de travaux. Les scénaristes peuvent envoyer des scénarios de 5 pages. Les musiciens peuvent envoyer des partitions qui durent 5 minutes. Lorsque nous nous mettons à évaluer ces échantillons nous avons une réaction instinctive. Nous ressentons quelque chose au fond de nous-mêmes, c’est comme lorsque nous nous rendons au cinéma. Je ne suis pas un analyste lorsque je me rends au cinéma. En sortant, j’analyse et j’obtiens une réaction viscérale. C’est précisément cette réaction clef que l’on partage au sein de notre équipe, dont les membres viennent de différents coins du monde.

Est-ce que cette équipe de sélection varie d’une année à l’autre ?

Oui. Elle varie d’une année à l’autre mais nous suivons un système selon lequel une partie des anciens sélectionneurs travaillent conjointement avec de nouveaux sélectionneurs.

Est-ce que la plupart de ces sélectionneurs viennent d’Allemagne ?

Cette équipe a un profil international. Au sein de celle-ci il y a des gens qui viennent des Etats-Unis, d’Allemagne, d’Amérique du sud, d’Asie. On essaie d’avoir une équipe internationale car cela nous aide à avoir une meilleure appréhension des travaux des participants. Parfois, je n’arrive pas à saisir un échantillon qui vient par exemple d’Inde. D’autrefois il peut m’être difficile de comprendre une œuvre en provenance d’Amérique latine. Vu ces difficultés, ces sélectionneurs nous aident à comprendre tout ce qu’un candidat souhaite exprimer à partir de son œuvre.

Quelle était la raison principale de créer Berlinale Talent Campus en 2003 ? Est-ce que vous aviez le sentiment qu’il faudrait faire quelque chose pour aider les jeunes cinéastes, vu que la création d’un film est un processus onéreux ? Comment avez-vous décidé de lancer Berlinale Talent Campus à une époque où ce concept n’existait même pas au sein d’un autre festival, ailleurs dans le monde ?

Le concept du Berlinale Talent Campus est né à une époque où il y a eu un changement des directeurs au sein du Berlinale. Tout a commencé avec la nomination de Dieter Kosslick comme Directeur du festival international du film de Berlin. Cela faisait déjà des années que je connaissais Dieter Kosslick. Nous avions travaillé ensemble à Hambourg en Allemagne. Dieter Kosslick a entièrement réorganisé Berlinale. Il était de l’opinion que, de nos jours, il ne suffit pas de montrer des films et uniquement de montrer des soi-disant super-productions. Il sentait qu’afin de rendre un festival intéressant, il est important de dénicher de jeunes cinéastes doués. Selon lui cela doit être considéré comme l’un des principaux objectifs d’un festival. En second lieu, un festival doit fournir un arrière-plan où les jeunes cinéastes peuvent commencer à communiquer. Donc Berlinale Talent Campus est un outil idéal. D’une part c’est un lieu où l’industrie cinématographique peut découvrir des jeunes talentueux, vu que les professionnels de l’industrie sont curieux de faire la connaissance de ces cinéastes inconnus. D’autre part, il est également alléchant, pour ces gens qui ne connaissent pas bien l’industrie cinématographique, de venir participer à un festival de « catégorie A » auquel ils ne pourraient pas assister autrement. Pour cette raison, Berlinale Talent Campus est une occasion extraordinaire pour ces cinéastes de faire leur entrée dans le monde professionnel du cinéma. Ils peuvent y rencontrer des experts de haut niveau, et entrer en contact avec eux sans complications. Il faut préciser que Berlinale Talent Campus n’est pas un remplaçant d’une école de cinéma : ce n’est qu’un forum où l’on peut rencontrer des gens, cueillir des idées, partager des opinions. Ceci n’est pas une approche académique. Nous ne sommes pas à la recherche de quelqu’un qui sort d’une école cinématographique. C’est uniquement l’échantillon de travail qui compte. C’est à ces gens talentueux d’en tirer le maximum. Selon mes expériences une chose est certaine : ils profitent vraiment bien de leur séjour au Berlinale !

Que se passe-t-il une fois qu’un jeune cinéaste est déniché au Berlinale Talent Campus ? Est-ce que Berlinale Talent Campus garde le contact avec des jeunes cinéastes qu’il a primé ?

C’est un aspect que l’on étudie actuellement. On considère Berlinale Talent Campus comme un Talent Campus virtuel. La communication continue parmi les différents candidats, vu qu’ils ont tous les coordonnées de chacun. Ils sont en mesure de voir les échantillons de leurs propres œuvres sur le site web de Berlinale Talent Campus. Si j’ai envie de travailler en Inde, je peux me renseigner sur des candidats indiens. Ainsi je pourrais les contacter. C’est la même chose pour quelqu’un d’autre, étant donné que toutes les informations sont disponibles sur le site web. On offre également des transcriptions et des extraits vidéo des cours. Donc, grâce au site web les gens peuvent enter en contact les uns avec les autres. En dehors du site web Berlinale Talent Campus, moyennant un concours unique, on leur offre une occasion de tourner un court-métrage qui pourrait gagner le prix « Berlin Today ». Les gens peuvent donc revenir à Berlin. Comme on examine différentes possibilités de communication, on serait heureux d’avoir des propositions afin de savoir comment on pourrait rendre la communication plus efficace entre ces participants de Berlinale Talent Campus. Nous désirons également savoir comment nous serions en mesure de rendre Berlinale Talent Campus attrayant tout au long de l’année.

Cela fait déjà 2 ans que votre organisme Berlinale Talent Campus fonctionne au sein de Cinefan festival du cinéma asiatique. A quel titre Berlinale Talent Campus a-t-il pris la décision de collaborer avec cette manifestation ?

La toute première idée est de soutenir des projets qui visent à faire la promotion des jeunes cinéastes de l’avenir. Cinefan est une bonne opportunité de faire cela, et nous avons donc décidé de lui offrir notre soutien. C’est dans notre intérêt d’avoir une présence en Inde car dans cette région, il existe beaucoup de cinéastes. Nous désirons assurer qu’ils trouvent une occasion de venir au Berlinale.

De nos jours, Berlinale Talent Campus fonctionne au sein de 4 festivals de cinéma. Est-ce qu’il y a des projets d’élargir ce concept de Talent Campus à d’autres festivals dans le monde ?

Nous avons le projet d’en faire le réseau mondial le plus puissant possible, afin qu’il soit utile à tout genre de cinéma. Il faut cependant rendre compte du fait qu’il est impossible de le réaliser sans la main d’œuvre et les capitaux adéquats.

Vous voulez dire que les propositions doivent émaner des deux côtés ? Le festival doit également faire preuve de son intérêt ? Est-ce qu’ils doivent s’adresser à vous ?

Au Berlinale Talent Campus nous avons une politique. Nous ne nous intéressons pas vraiment au lancement d’un nouveau « talent campus » dans les pays européens, surtout en Europe occidentale. Nous nous intéressons aux pays où la structure du cinéma d’auteur n’est pas aussi forte que l’on le voudrait. Nous souhaitons travailler là où l’industrie cinématographique manque d’une infrastructure, comme en Inde où il existe une industrie commerciale mais où cinéma d’auteur ne se porte pas très bien. C’est une raison favorable pour ces films de sauter de là au Berlinale. Cela serait également intéressant si d’autres pays étaient présents au Berlinale Talent Campus. Pour vous donner un exemple, nous prévoyons l’établissement d’un nouveau Talent Campus pour toute la région méditerranéenne, depuis l’Afrique du nord, le Liban, Israël, jusqu’à la Turquie. C’est une autre région compliquée.

Comment pose-t-on sa candidature au Berlinale Talent Campus ?

Une chose est claire : il n’y a aucune règle à suivre, sauf le tournage d’un échantillon d’une minute. Il y a aussi une compétition qui est basée autour d’un thème quelconque. En 2004, au Berlinale Talent Campus, nous avons organisé une compétiton qui avait le football pour thème. Celle-ci s’intitulait « Shoot Goals Shoot Movies », c’était une compétition spéciale. On pouvait tourner un film d’environ 5 minutes sur n’importe quel thème lié au football. Les résultats étaient tellement intéressants, créatifs... Cela nous a offert une perspective tout à fait différente sur ce sport pourtant tellement connu qu’est le football. L’aspect surprenant de cette compétition est le fait que les œuvres des pays fans de football comme la France, l’Italie et l’Angleterre n’ont pas été tellement créatifs. Les œuvres ingénieuses sur ce thème provenaient de pays où ce sport n’est pas si populaire, comme l’Inde. Elles étaient à la fois créatives et pleines d’innovation. On voit donc l’émergence du cinéma numérique créer une approche tout à fait dissemblable du langage cinématographique. Etant content de ces résultats, nous avons décidé de continuer avec la compétition qui tourne autour d’un thème donné. Pour Berlinale Talent Campus 4 qui aura lieu au mois de février 2006, nous offre la possibilité aux jeunes cinéastes de poser leur candidatures en tournant des courts-métrages sur le thème « Faim,nourriture et goût ». Donc tout ce qui a un rapport au thème de la nourriture peut être tourné en un court métrage. N’importe qui pourrait concenter sur ce thème car les processus créatifs impliqués dans la préparation de la nourriture et du tournage d’un film sont plus ou moins semblables. La plus importante chose est de noter que les bons cuisiniers et les bons cinéastes partagent la même philosophie. Ils agissent au niveau local mais ils pensent à l’échelle globale.

Interview réalisée à New Delhi le 17 juillet 2005 par Lalit Rao.

“On dit que la durée d’une minute est impossible au cinéma. Il est pourtant possible de tourner en l’espace d’une minute. Un film qui dure une minute pourrait bien être une éternité. L’art du cinéma fondamental concerne l’économie de l’utilisation du temps par des cinéastes.”
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