Tirador

Argent trop cher.

La sortie de Tirador en DVD accompagne celle en salles de Kinatay, récompensé à Cannes par le Prix de la mise en scène. Cette reconnaissance est venue couronner Brillante Mendoza, membre émérite de cette nouvelle vague de réalisateurs asiatiques, qui profitent des nouvelles libertés techniques et financières des caméras numériques pour témoigner de la situation économique et sociale de leur pays.

Tirador s’ouvre sur une scène qui résume la méthode et l’objectif du réalisateur philippin. Nous suivons une homme quadrillant les dédales d’un bidonville, une lampe torche à la main, afin d’avertir les habitants d’une descente de police imminente. On ne voit jamais son visage, mais il pourrait très bien s’agir de Brillante Mendoza qui se sert de sa caméra comme d’une lampe torche, avec comme but de nous éclairer sur la vie dans un bidonville aux Philippines.

Harpagon recherchait sa cassette pleine d’or, les personnages de Tirador cherchent simplement à obtenir la poignée de pesos qui leur permettra d’assurer leur subsistance au quotidien. Vivant dans la merde, au propre comme au figuré, ils doivent se débrouiller par tous les moyens pour s’en sortir. Quand on n’a pas de travail et peu de chance d’en obtenir, le moyen le plus facile est de voler. Leur spécialité : le vol à l’arraché.

Rarement l’argent, ou plutôt son absence, aura autant été au centre d’un film : de l’argent pour vivre, de l’argent pour mourir. Ce manque et l’urgence qu’il y a à s’en procurer sont rendus formidablement vivants par une caméra des plus lestes. Elle accompagne les personnages dans les coinstots les plus reculés du bidonville et les suit dans leurs sprints à travers la ville après leurs vols à l’arraché. Brillante Mendoza ne filme pas tant à l’épaule que "sur" les épaules de ses acteurs. Film d’auteur sous adrénaline, Tirador est le grand frère de Crank, version art et essai. On a l’impression que s’ils arrêtent de courir, ses protagonistes vont aller à leur perte. Le sujet est autrement plus sérieux, bien sûr.

Personnages en effervescence dans une ville en ébullition.

Le metteur en scène dresse le portrait d’une ville pourrie des pieds à la tête. Les pratiques clientèlistes des politiciens en pleine campagne électorale, vont de la distribution de rosaires à celle d’argent pour acheter les votes. Toute honte bue, ils n’hésitent pas à se draper dans le manteau de la religion pour inciter les gens à voter pour eux. Celle-ci semble être, avec le loto, l’ultime salut des habitants du bidonville. Tirador se déroule lors de la Semaine Sainte, période où les croyants manifestent avec force démonstration leur dévotion. Les scènes de foule et de processions participent à l’atmosphère frénétique du film.

Les représentants des forces de l’ordre, également en campagne pour le candidat qui promet plus de sécurité, sont présentés comme brutaux et véreux. Il n’hésitent pas à voler les voleurs !

Les habitants du bidonville ne sont pas non plus épargnés, comme ce père toxicomane qui néglige lamentablement son bébé. La situation dans laquelle se trouve le population a un effet délétère sur la fabrique du tissu social. S’il existe une certaine solidarité, la tension entre eux ne demande qu’à exploser à la moindre occasion. La machette n’est parfois pas très loin du ballon de basket !

Remerciements à Swift Productions, éditeur de ce DVD. Plusieurs autres réalisations de Brillante Mendoza sont également disponibles : Swift DVD.

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