Tombe de Yakuza, Fleur de Gardénia

Rien de nouveau au pays de Kinji... ou presque !!

Kuroiwa est un flic aux méthodes digne de Serpico. Le travestissement ne lui fait pas peur et lui permet de procéder à des arrestations de plus en plus dingues. Bref c’est un flic dur, mais qui fait son travail avec zèle et parfois même avec quelque panache. Pourtant le doute plane au sein de sa hiérarchie. Surtout après qu’il ait abattu un yakuza et fait de la maîtresse de ce dernier, la sienne. Une question se pose alors : est-ce que Kuroiwa est un flingueur fou ? Peut-être est-il juste un flic incorruptible, qui aime rentrer dans le lard de quiconque se met en travers de son chemin. Mais Kuroiwa est surtout un homme qui attend que quelque chose se passe dans sa vie.

Ce quelque chose prendra la forme de deux personnes : Keiko et Iwata.

Keiko est la femme de l’un des chefs du clan Nishida. Son mari est en prison pour 15 ans et bien évidemment elle ne peut appartenir à un autre homme ; elle aurait même dû se suicider au lendemain du jugement prononcé à l’encontre de son mari. Dans son recueil de nouvelles La Mort en été et plus particulièrement dans une histoire intitulée "Patriotisme", Yukio Mishima nous relate le suicide d’un officier de l’Armée Impériale et de sa femme au lendemain d’un soulèvement militaire :

"Elle n’avait pas du tout peur de la mort qui bougeait dans sa tête. Seule chez elle, à attendre elle était convaincue que tout ce son mari pouvait éprouver ou penser la conduisait (...) vers une mort certaine qui serait la bienvenue."

Mais Keiko est une femme bien plus forte, et s’est toujours refusée de laisser son frère, Iwata, seul pour tenir les rênes du clan Nishida.

Iwata est, quant à lui, une tête brûlée. Tout comme sa sœur, Iwata est à moitié coréen. Iwata doit prouver qu’il est le plus fort, et il doit se le prouver à lui-même. Aussi quand il rencontre Kuroiwa, le clash est inévitable et titanesque. Malgré cette castagne de chiffonnier, les deux hommes se rendent compte qu’ils sont faits du même bois et qu’ils aspirent tous deux au même respect, au même honneur. C’est d’ailleurs au cours de la cérémonie du saké et du partage de la coupe, que leur amitié va être scellée, quasiment sanctifiée.

Tout ceci n’est pas qu’un simple échange de bons procédés ; du style je te donne de la thune et des filles et toi tu me préviens lorsque les flics s’apprêtent à faire une descente. Non !! Ce sont des hommes d’honneur, des frères jusqu’à la mort, jusque dans le sang. Le sang qui se met à couler à flots entiers dans les rues de la ville...

Yakuza Graveyard ne constitue pas grand chose de nouveau dans la filmographie de Fukasaku. C’est auréolé du succès des Jingi Naki, que Kinji se lança corps et âme dans ce qui représente une contribution exceptionnelle aux films de yakuzas (genre qu’il a crée je le rappelle). J’aime plutôt à croire que Yakuza Graveyard n’est pas un film unique et autonome, mais qu’il est l’aboutissement de tout un argumentaire commencé l’année précédente avec Jingi no Hakaba (l’incroyable Cimetière de la morale) et surtout Kenkei tai Soshiki Boryoku (Police contre Syndicat du crime). Dès lors, ces trois films fonctionnent comme une thèse (Hakaba), une antithèse (Kenkei) et une synthèse (Graveyard). Cette "trilogie" s’apparentant à une relecture d’un même sujet [1], ou à un approfondissement de celui-ci : l’honneur, celui d’hommes et de frères que tout oppose et que tout réunit malgré tout.

Tetsuya Watari prête ses traits à ce flic teigneux dont le tic énerve tout le monde. Essayez de rester de marbre quand un mec frappe son poing dans sa main à côté de votre oreille en vous fixant. Ce n’est pas la première collaboration entre Watari et Fukasaku, puisqu’ils signèrent tous deux Jingi no Hakaba.

"Elle avait le sentiment qu’à la moindre pensée de son mari son corps saurait aisément se transformer et se dissoudre."

Dans le rôle de Keiko, c’est la sublime Meiko Kaji. Elle interprète avec sincérité cette femme au sang mêlé, ancienne prostituée, droguée notoire, épouse reniée d’un yakuza et une des têtes pensantes du clan Nishida. Le rôle n’était pas facile et même risqué, mais il en fallait plus à Sasori et Shurayuki Hime pour se décourager. On ne peut que déplorer qu’elle n’apparaisse pas plus longuement dans le film.

Iwata est incarné par Hideo Murota, toujours égal à lui même et c’est normal - il est dans un Fukasaku que diable !!

Nous avons le plaisir de retrouver Tatsuo Umemiya. Lui aussi est un habitué des plateaux fukasakiens, puiqu’en 1975 il tenait un des rôles de yakuzas dans l’inénarrable Jingi no Hakaba et dans l’excellent Police contre Syndicat du crime.

Comme de coutume, tout ceci est bercé par une musique tout droit sortie de Goldorak ; vous savez quand le Général Minos envoie ses troupes pour attaquer la planète bleue, et que 20 trompettistes et 15 trombonistes s’époumonent.

Yakuza Graveyard n’est sans doute pas un des films majeurs de la carrière de Fukasaku. Mais au moment de la chute du système des gros studios japonais, il reste malgré tout une référence du genre, UNE FOIS DE PLUS me direz vous.

Yakuza no Hakaba, Kuchinashi no Hana est à voir vous l’aurez compris.

Ah j’oubliais, la fleur gardénia signifie la passion à l’état pur...

Takeuchi | 9.07.2003 | Japon

DVD PAL (zone 2) édité par Eurêka Video.
Un pressage tout simplement scandaleux confirmant qu’Eurêka Video est bel et bien la filiale anglaise d’Ocean Shores, puisque le DVD pue du cul.
Les suppléments se limitent à du texte, du texte et du texte.
Ils étaient déjà parvenu à quasiment massacrer Omocha (The Geisha House) qui date de 1999, mais là ils mériteraient que je me déplace.
Bravo les porcs et merci de participer aussi activement au 21éme siècle !!!

[1Miike l’a bien fait en réadaptant Agitator pour en faire The Man in White.

aka Yakuza no Hakaba, Kuchinashi no Hana - Yakuza Burial, Jasmine Flower - Yakuza Bruiser | Japon | 1976 | Un film de Kinji Fukasaku | Avec Tetsuya Watari, Meiko Kaji, Tastuo Umemiya, Jiro Yakubi, Hideo Murota, Takuzo Kawatani, Kin Sugai, Jukei Fujioka, Takako Yagi
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