Tomie : The Final Chapter - Forbidden Fruit

On connaissait le "jamais deux sans trois" ; il semblerait bien aujourd’hui que les trilogies à succès ne puissent s’affranchir d’un quatrième épisode. Si l’on en croit le titre de ce quatrième Tomie en date cependant, Forbidden Fruit sera le dernier opus d’une série horrifique réellement à part dans le cinéma de genre actuel. Une décision fort dommage à mon avis, car la "mythologie Tomie" ne montre finalement que peu d’essouflement au terme de cette quatrième aventure...

Tomie Hashimoto (Ayazaki Aoi) vit seule avec son père Kazuhiko (Jun Kunimura) depuis le décès de sa mère. Introvertie, Tomie n’a pas d’amis et sert de tête de turc à un trio d’adolescentes railleuses et brutales. Un beau jour débarque de nulle part une jeune fille qui s’impose en tant qu’amie de Tomie. Chose étrange, cette magnifique demoiselle (Nozomi Ando), dont la robe rouge accentue l’inquiétante paleur, s’appelle elle aussi Tomie.
Cette amie improvisée prend rapidement une place très importante dans la vie de Tomie H, qui apprend peu à peu à communiquer, à se sentir en confiance aux côtés de Tomie. La relation développée par les deux jeunes filles vire d’ailleurs quelque peu à l’ambigü...
Les deux Tomie sont tout le temps ensemble, et Kazuhiko semble perturbé par cette Tomie qui n’est pas la sienne. A moins que... L’amie de sa fille ressemble trait pour trait au premier amour de sa vie - une jeune femme du nom de... Tomie, qui avait autrefois poussé l’un de ses amis au suicide, par frustration. Se pourrait-il que cette Tomie soit celle que Kazuhiko a tant aimé dans sa jeunesse - d’un amour frisant l’obsession ? Au fil des jours, Tomie se rapproche du père esseulé, le provoquant sans cesse davantage, jusqu’au moment où Kazuhiko, d’un coup de folie, assassine cette fille qu’il qualifie de monstrueuse...

L’un des intérêts de la série des Tomie, inspirée des mangas éponymes de Junji Itou (Uzumaki), est que chacun de ses épisodes joue sur un registre différent. Le premier était très glauque, le second plus traditionnelement horrifique, le troisième particulièrement décalé... Ce Forbidden Fruit quant à lui joue la carte d’une fausse normalité.
La première moitié du film s’attarde en effet sur l’adolescence de Tomie H, et sur l’amitié soudaine des deux jeunes filles, l’une tentant de "dévergonder" l’autre. Une approche classique de film d’ado, qui prend une tournure étrange avec l’intervention des souvenirs de Kazuhiko. La jeune idole Nozomi Ando (Sakuya, Slayer of Demons) perturbe par son jeu subtil ce "passage à l’âge adulte", développé en parallèle d’un retour vers l’adolescence du père. Progressivement, le film se pervertit, et change de ton avec la violence de l’exécution de Tomie par Kazuhiko. A partir de ce moment, Forbidden Fruit se rapproche des trois opus précédents, acceptant l’intervention du fantastique dans un quotidien très terne, presque monochrome. Nakahara Shun conserve toutefois une certaine distance avec le fantastique pur, refusant d’user d’une mise en scène propre à exacerber le côté terrifiant de ce trio amoureux contre nature.

La toile obsessionnelle tissée par la nouvelle Tomie est plus vaste qu’auparavant, puisqu’elle emprisonne non seulement un homme amoureux d’elle, mais aussi la fille de celui-ci, dont les sentiments dépassent le cadre d’une simple amitié. On retrouve par ailleurs les séquences où Tomie se reconstitue à partir de sa tête détachée de son corps ; si celles-ci, très organiques, sont particulièrement dérangeantes, elles sont néanmoins filmées avec une normalité déconcertante, donnant à ce Forbidden Fruit des allures de love-story morbide, à mi-chemin entre l’horreur et le drame nostalgique traditionnel.

Si Forbidden Fruit est plus lent que les trois premiers films, moins explicitement effrayant, il n’en conserve pas moins ce trait si particulier de perversion répugnante, qui rend parfaitement hommage aux dessins torturés de Junji Itou, et qui donne au film des allures de Cronenberg bucolique.
Le plus grand intérêt de Forbidden Fruit réside toutefois dans la présence de Nozomi Ando, qui incarne la plus belle Tomie de la série. Vétue de sa robe rouge, elle est à la fois magnifique et effrayante, ingénue et allumeuse ; et termine d’installer le mythe de Tomie comme l’une des grandes réussites nippones dans le domaine de l’horreur moderne. Peu importe que la série soit terminée (encore que...) : comme tous les fruits défendus, Tomie ne cessera certainement jamais de nous attirer...

Akatomy | 31.12.2002 | Japon

Disponible en DVD zone 2 NTSC au Japon.
La copie, non anamorphique, manque parfois de définition, et certains plans souffrent d’une compression hasardeuse sur les noirs. La bande son stéréo est de bonne qualité.
Au niveau des suppléments : un making-of d’une demi-heure qui suit le tournage au quotidien, les dessins préparatifs et storyboards des séquences à effets spéciaux, la conférence de presse du film, le trailer et les bio/filmo de l’équipe.

Japon | 2002 | Un film de Shun Nakahara | Avec Nozomi Ando, Ayazaki Aoi, Jun Kunimura
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