Tomoyuki Furiyama | Mari Hoshino

Le réalisateur Tomoyuki Furiyama (Robokon) et la jeune actrice Mari Hoshino (interprète de Ai Iijima dans la série Platonic Sex) ont accompagné en novembre dernier, la projection du film Sayonara Midori-Chan, portrait d’une jeune femme qui recherche son identité dans l’abnégation amoureuse. Retour sur une rencontre avec une jeune femme aussi discrète que belle, et un réalisateur conscient, aux motivations inhabituelles.

Sancho : Comment en êtes-vous venu à tourner l’adaptation d’un shôjo manga ?

Tomoyuki Furiyama : Le manga à l’origine de Sayonara Midori-Chan n’est pas très clair, on n’en comprend pas tout à fait le propos, il est un peu flou. Je me suis dit qu’il serait intéressant d’essayer de trouver comment représenter à l’écran une histoire aussi peu palpable. C’était une proposition de mon producteur, qui m’a amené le projet en me demandant si ça m’intéressait de l’adapter, et du coup j’ai accepté.

C’est une histoire qui livre un constat assez pessimiste je trouve, sur la position de la femme au Japon. On a l’impression que Yuko l’héroïne, est constamment dans un dilemme entre la soumission et, au contraire, une trop grande générosité envers les autres...

Ce balancement de Yuko pouvait effectivement déjà se ressentir dans le manga, mais je ne l’ai pas très bien compris lorsque je l’ai lu la première fois. Je me répète un peu, mais je n’arrivais pas du tout à cerner ce personnage. Quoiqu’il en soit, je ne suis pas persuadé qu’elle soit tiraillée entre de la soumission, de la gentillesse, de la générosité... que ce soit entre des pôles bien définis. Je pense qu’en fait elle ne s’est toujours pas trouvée, au moment où l’histoire débute. Elle a une volonté de quelque chose, mais elle ne sait pas exactement elle-même ce qu’elle attend d’un homme, d’une relation, d’un échange... Au fil de l’histoire, elle se définit en tant que personne, son identité s’affirme, grâce à son histoire d’amour avec Yutaka, d’ailleurs. Je ne peux pas vraiment considérer que ce soit de sa place en tant que femme par rapport à l’homme dont il est question, dans le manga comme dans le film, mais plutôt de son propre processus identitaire.

Les jeunes femmes du film, qui évoluent dans une espèce de microcosme, ont toutes le même cheminement : chacune travaille avec Yutaka, puis travaille ailleurs, à un moment donné chacune devient sa petite amie... Il semblerait que si, en cours de route, elles ne décident pas de s’affirmer, elles évoluent toutes vers la même chose. Est-ce le reflet d’une expérience personnelle ?

Mari Hoshino : Je ne sais pas si c’est vraiment mon histoire personnelle qui m’a aidée à jouer ce rôle... Ce que je sais, c’est qu’une relation s’établissant toujours à deux, je considère que la fille est consentante aussi à ce qui se passe. Je pense que dans une certaine mesure, toutes ces jeunes filles trouvent très confortable d’être avec Yutaka, en tout cas dans un premier temps, puisqu’il ne demande rien. Parce que c’est une situation finalement, où l’on n’a pas besoin de trancher entre l’engagement ou le non-engagement ; c’est une situation assez flottante, qui laisse peut-être, au début, beaucoup de liberté et possède un côté un peu excitant... C’est vrai qu’après par contre, cela devient une question de résistance personnelle. Par exemple Maki, la seconde serveuse du film, s’avère avoir une résistance beaucoup moins importante que celle de Yuko, c’est pour cela que sa relation avec Yutaka dure moins longtemps. Pour toutes cependant, la rencontre avec cet homme est quelque chose d’assez déterminant dans l’affirmation de la personnalité, ou dans la constitution des choix à venir, en tant que femme dans un couple.

Ce qui est étonnant, justement, c’est que dans cet univers il n’y a pas un seul couple. On lie pourtant d’habitude la solitude à un environnement urbain très peuplé, alors qu’ici nous avons affaire à une petite communauté, qui pourrait favoriser une intimité - hors celle-ci semble ici absente.

Tomoyuki Furiyama : (rires) Moi aussi, je suis encore célibataire... C’est justement parce que c’est une très petite communauté : le fait d’être en couple ferait que les deux individus en couple devraient s’extraire de cette communauté, du cercle très restreint que constitue ce quartier. Je pense que tous les gens qui gravitent dans ce microcosme trouvent cela assez confortable, et n’ont peut-être pas forcément envie de s’en extraire tout de suite.

Ce qui aboutit à une conclusion très triste, puisqu’on a l’impression au final que l’intégration est plus simple seul. Ainsi, même si la fin du film est positive pour Yuko puisqu’elle s’affirme, elle le fait tout de même face à quelqu’un qui a le dos tourné, qui ne lui répond pas et qui la quitte. A partir du moment où elle s’est affirmée en tant que femme, elle est seule.

(Rires) Je suis vraiment d’accord... c’est vraiment très triste !

Il semblerait que ce constat soit un sujet courant dans le cinéma japonais contemporain. Je pense notamment au film Tokyo Marigold avec Rena Tanaka, qui est très proche de Sayonara Midori-Chan. Pourquoi est-ce un tel sujet de prédilection pour les réalisateurs japonais ? Pourquoi n’y a-t-il pas vraiment de film similaire, traitant de l’initiation masculine, alors que les réalisateurs de ces films sont, pour la plupart, des hommes ?

Il faudrait y réfléchir longuement, car la question touche à un point effectivement intéressant et sensible... Je ne sais pas exactement pourquoi. Je donnerais une raison qui n’est pas tant artistique qu’une réalité sociale japonaise : c’est qu’il y a très peu d’hommes, de jeunes hommes, qui vont au cinéma. Du coup il est beaucoup plus facile de faire des films mettant en scène des jeunes filles, puisqu’elles composent la majorité du public et s’identifient facilement aux personnages, elles viendront voir le film et l’apprécieront. Donc il y avant tout, peut-être, un côté pratique. Moi j’aimerais bien tourner un film avec un vieil homme ou un homme d’âge mûr, mais bon...

On pourrait aussi penser que, à l’image de votre volonté de clarification d’un manga que vous ne compreniez pas vraiment, les réalisateurs tentent, au travers de ces films, de mieux comprendre les femmes... et que du coup ceux-ci s’addressent autant aux hommes qu’aux femmes.

Au début, je ne pensais pas consciemment que cela pouvait être le cas. Mais le résultat est que, au final, en traitant cette histoire qui est celle d’une jeune fille, je me suis dit qu’il n’y avait pas tant de différences avec ce qu’un homme pouvait ressentir dans ce genre de situation. J’ai très vite compris qu’il m’était aussi arrivé, je l’avais un peu oublié, d’être éperdument amoureux comme cela d’une jeune fille qui ne s’intéressait pas forcément à moi. J’ai finalement été frappé par le grand nombre de similitudes entre l’homme et la femme quand il s’agit d’être amoureux.

Il y a une phrase très dure dans le film, lorsqu’une nouvelle serveuse arrive dans le bar où travaille Yuko et explique qu’elle a été battue par son ami. Un homme intervient pour expliquer à Yuko que ce qu’elle n’a pas compris c’est que « si elle n’avait jamais été frappée, elle n’avait jamais été aimée véritablement ». Il s’agit d’un autre point intéressant : la préoccupation du cinéma japonais pour la violence domestique.

Le manga a plus de dix ans et cette phrase en provient directement, ce n’est pas moi qui l’ai inventée et volontairement placée là. Je ne pense pas que la violence domestique soit un problème récent, mais on arrive enfin à en parler un petit peu plus largement. Le phénomène semble s’amplifier parce qu’il a été accaparé par les médias, mais c’est un problème qui dure depuis longtemps en réalité.

Un point intéressant de votre mise en scène, réside dans le contrepoint entre sa violence - au travers des rapports humains qu’il dépeint, dans l’insulte perpétuelle que représente le personnage de Yutaka envers les femmes - et sa bande son, nonchalante, presque guillerette.

La musique a été signée par Kôji Endô, avec qui j’avais déjà travaillé un certain nombre de fois, notamment pour la télévision, et dont j’apprécie beaucoup le travail pour Takashi Miike. Je trouve effectivement que le fait de poser une musique un peu légère et joyeuse sur une scène dramatique accentue encore plus la sévérité, la dureté de la scène.

Vous disiez tout à l’heure que, si pouviez, vous raconteriez l’histoire d’un vieil homme... pourquoi, selon-vous, le public japonais n’est-il pas réceptif à cette volonté ?

Comme je disais, il y a très peu d’hommes japonais qui vont au cinéma. Moi, j’ai beaucoup d’amis qui, en dix ans, n’ont jamais vu d’autres films que les miens. (rires) En général, plus les japonais vieillissent, plus ils ont tendance à s’éloigner de tout ce qui est d’ordre culturel.

De notre point de vue pourtant, on a l’impression que le cinéma japonais est d’une immense richesse, avec une variété impressionante de thèmes et de publics...

C’est peut-être vrai, mais alors le public ciblé est peut-être même trop ciblé. Du coup il y a trop peu de gens qui voient les films de genre, les films de Miike y compris. Car c’est peut-être l’un des rares réalisateurs dont les films sont vus par des hommes, y compris par des hommes un peu âgés, mais cela ne représente toujours qu’une infime partie du public, et par extension une infime partie des japonais à grande échelle.

Lire aussi l’article sur Sayonara, Midori-Chan.

Propos recueillis à l’occasion de la participation de Sayonara Midori-Chan à la compétition officielle de l’édition 2005 du Festival des 3 Continents à Nantes. Immenses remerciements à Léa Le Dimna pour sa traduction, et à Kizushii pour ses photos.

"Il est beaucoup plus facile au Japon de faire des films mettant en scène des jeunes filles, puisqu’elles composent la majorité du public et s’identifient facilement aux personnages."
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