Tortured Sex Goddess of Ming Dynasty

Elle est loin l’époque, courte mais faste, des softcore signés Matrix Productions Company Limited ; la fin d’une série de films, bon enfant au départ et plus crus sur la fin, qui s’est accompagnée de la disparition de nos écrans, de la générosité de Sophie Ngan et autres Grace Lam. Vestige de cette époque, Tortured Sex Goddess Of Ming Dynasty résume bien, en un seul film, l’évolution de ces produits vite faits et plus ou moins bien faits pour le marché de la vidéo ; et ce d’autant plus qu’il recèle deux films en un. L’un, risible et vulgaire, dans la veine de My Horny Girlfriend et autres Emmanuelle in Hong Kong. Le second, nettement plus intéressant, véritable film érotique à l’ambiance onirique, plus proche dans son esthétique, d’un Hana to Hebi soft que d’un Fox Ghost.

Pour découvrir ce second film toutefois, il vous faut vous farcir la rencontre d’un personnage hors du commun ; j’ai nommé Wei jin-Zhong. Homme détestable qui joue l’entrejambe de sa femme au jeu, perd tellement que sa femme n’intéresse plus ses créanciers et qu’il en vient à parier son propre popaul en guise de garniture de soupe ( !!!)... Sa femme l’aide alors à s’échapper, ce qui ne l’empêche pas, bougre reconnaissant, de la vendre pour subsister, et de ne pas verser une seule larme quand celle-ci décède des assauts répétés de la gente masculine. Tant qu’à faire, il conseille même aux responsables de continuer tant qu’elle n’est pas froide... sympathique ! Pour couronner le tout, Wei assomme un eunuque pour prendre sa place dans un palais et y dérober des biens de valeur. Là, il rencontre des frangines japonaises venues initier le maître des lieux, Qian-Sui, en matière d’extase sexuelle et de tortures « sucrées-salées », et s’éprend même de l’une d’elle, Hai Qi. La soeur de celle-ci révèle à Qian-Sui la supercherie du faux eunuque, après l’avoir piégé à l’aide d’un gaz soporifique... dissimulé dans son vagin ! Mais c’est finalement la méchanceté de Wei qui l’emportera, puisqu’il assassine les deux soeurs au cours d’un ménage à trois, pour obtenir le pardon du maître. Car les deux soeurs sont des ninjas qui ont dérobé le précieux « petit trésor » du légendaire Liu Jing...

Bon, je vous ai quasiment raconté l’intégralité de cette première partie sans véritable intérêt, où tout est mal simulé à l’exception de l’utilisation, très fréquente, de la langue, mais où l’on bénéficie de quelques délicatesses comme du squirting forcé ou encore du léchage de pied. C’est plutôt mal joué comme à l’habitude, drôle mais pas trop, assez vulgaire (« I bet my dick ! ») et les femmes louchent à chaque orgasme. Classique, somme toute. Hung Leung Yan et son producteur Cary Grant, certainement conscients des limites de cette articulation approximative de scènes de sexe où les intervenants ont tous l’air de s’ennuyer sévèrement, font alors preuve d’une originalité inhabituelle dans le genre en nous précipitant 98 ans en arrière pour nous conter l’histoire de Liu Jin.

C’est dans la narration de cette histoire, épisode teinté de fantastique ancré dans le cauchemar punitif de l’eunuque Liu Jin - accusé de rébellion, mais aussi de cannibalisme ! - condamné à revivre éternellement le supplice des dernières heures avant son exécution, que Tortured Sex Goddess of Ming Dynasty (qui porte décidemment un titre incompréhensible) gagne un intérêt qu’on ne lui avait même jamais demandé. Comme tous les eunuques du film, Liu Jin est incarné par une femme mais pas n’importe laquelle ; Teresa Mak, superbe et vraiment pas garçonne, en profite pour nous faire un Chingmy Yau et justifier qu’elle soit la seule ou presque à ne pas se dénuder. Normal, puisqu’elle est supposée être un homme... N’empêche que ce récit dans le récit - on se demande lequel a servi de prétexte à l’autre, tant ils sont différents ! - possède autant de charme que de qualités : les filles sont plus belles certes, mais c’est surtout la réalisation qui est mieux travaillée, jouant de couleurs, d’ambiances et de décadrages, et même de split screens ! Plus sérieux, le film reste fétichiste - avec une fort jolie scène de lactation, ma foi, au terme d’une empoignade lesbienne toute de rouge teintée - voire largement sadomasochiste tendance grotesque (le supplice du tape-cul au-dessus des flammes)... d’où la référence à Hana to Hebi, Aya Sugimoto en moins. Alors certes, nous ne sommes pas non plus face à une oeuvre capable d’affronter les meilleurs pinku ; mais ces 30 et quelques minutes, originales et surréalistes, sont cohérentes, bien pensées, réellement érotiques contrairement à tout ce qui se précède, et souvent jolies. Autant de qualités inattendues qui, en révélant un bon film, feraient presque de Tortured Sex Goddess of Ming Dynasty un mauvais Matrix Productions Company Limited !

Akatomy | 13.05.2007 | Hong Kong, Category III

Tortured Sex Goddess of Ming Dynasty est disponible en VCD et DVD HK chez Universe. Sur le DVD, la copie est bonne (la source est numérique) et restitue bien les couleurs très chaudes de la seconde partie. Sous titres anglais included.

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