Trapped

Nazanin (Nazanin Bayati), étudiante en médecine, ne remplit aucune des conditions d’obtention prioritaire d’une place en dortoir à l’université ; aussi doit-elle se loger par elle-même à Téhéran. Elle fait la rencontre de Sahar (Pegah Ahangarani), vendeuse dans une parfumerie qui rêve de quitter l’Iran, et entre en collocation avec elle. La cohabitation s’avère difficile : Sahar reçoit quotidiennement des amis à l’appartement, et insiste pour que Nazanin passe les soirées avec eux, en dépit de ses études. Les deux femmes se disputent, se rabibochent, Sahar ne fait pas ça pour l’argent, elle a des soucis de santé, c’est compliqué... Tellement, d’ailleurs, que Sahar est arrêtée suite à la plainte déposée par un de ses créanciers. Alors que les soit-disant amis de la jeune femme refusent de se mêler de l’affaire, Nazanin tente de l’aider...

Au fur et à mesure que Trapped se jouait de Nazanin, pendant sa projection dans le cadre de la 16ème édition du Festival du film asiatique de Deauville, sa filiation avec deux des rares films iraniens que j’ai pu voir ces dernières années m’est apparue comme une évidence. L’arnaque déployée autour de Roya dans It’s a Dream (Mahmoud Ghaffari, 2012), la tension des non-dits de Bending the Rules (Behnam Behzadi, 2013)... Trapped, dont le titre est pour le coup plus explicite que le piège spéculatif de Mahmoud Ghaffari, entraîne le spectateur dans une superposition d’arnaques, que l’on comprend sans en appréhender la totalité des ressorts, dans une tension qui naît de crises d’apparence anodines, mais dont l’amoncellement crée un filigrane de panique.

Lorsque Nazanin s’installe chez Sahar, elle y trouve Behrang, présenté comme employé de l’agence qui gère le bail de Sahar. La façon dont Behrang impose sa présence dans l’appartement entraîne un instant de surprise – de gêne ? - chez Nazanin, qui se transmet au spectateur. Et pour cause : Behrang, comme tous les amis de Sahar qui squattent quotidiennement, a les clés de l’appartement, y semble plus chez lui que Nazanin. Un certain flou entoure le personnage et sa relation avec Sahar, et celui-ci ne fera qu’augmenter avec l’incident de l’arrestation : ami, bailleur, intermédiaire, créancier ? Parviz Shahbazi s’empare pernicieusement du doute que Behrang, comme l’ensemble des protagonistes imposés à Nazanin, suscite pour construire une appréhension, qui ne quittera le spectateur qu’à l’issue de la projection. Pour ce faire, de la même façon que Sahar empêche Nazanin de se poser, il la force constamment à rebondir de doute en incertitude, lui donne l’illusion du choix, de l’implication volontaire, s’appuyant sur sa générosité instinctive pour l’empêcher, à chaque hésitation, de préciser ses impressions. Car on voit bien que Nazanin perçoit un risque dans l’enchaînement en devenir, surenchère de cautions (pour l’appartement, pour la libération de Sahar, pour la récupération de son passeport...) qui met progressivement sa vie dans les mains des autres...

Je sais que je ne devrais pas, mais je ne résiste pas à l’envie de vous dire que Trapped, contrairement à tant de ses compagnons de sélection à Deauville, parvient tout de même, dans ce bazar d’arnaques en tout genres (même les parents des élèves de Nazanin, qui tente de payer ses études en donnant des cours de soutien, passent leur temps à se défausser de leur dû), à affirmer un certain optimisme. Celui-ci n’est toutefois pas dénué de cynisme, puisque Parviz Shahbazi récompense, dans les derniers instants du film, la seule décision égoïste de Nazanin – façon de dire que, dans l’air du temps, c’est sa seule bonne décision... C’est là que l’on prend la mesure de la tension impressionnante, presque démesurée, que ce thriller quasi-administratif, qui jamais ne nous laisse le temps de l’analyse, nous promenant comme il trimballe Nazanin (évitant ainsi de mettre en scène un constat trop explicite, de fixer ses critiques), a réussi à instiller, tant il y a un soulagement à la voir enfin récompensée.

Trapped a été présenté lors de la 16ème édition du Festival du film asiatique de Deauville (2014), en compétition.

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