Treeless Mountain

Décidée à quitter Séoul pour partir à la recherche de son mari dont elle vit séparée, une mère laisse ses deux petites filles, Jin et Bin, six et quatre ans respectivement, à la garde éloignée d’une tante peu affective. Avant de partir, elle donne à Jin une tirelire en forme de cochon, et déclare qu’elle reviendra les chercher lorsque celle-ci sera pleine. Les deux petites filles vivent alors leur quotidien dans l’attente de ce retour, tentant de le précipiter en cumulant les pièces de monnaie...

Second film de la réalisatrice Kim So-yong après In Between Days, primé au Festival de Sundance en 2007, Treeless Mountain contemple plus qu’il ne raconte l’abandon probable de ses petites héroïnes.
Kim So-young s’attache à regarder une enfance, fragilisée puis interrompue puisqu’en absence d’affection et d’apprentissage, avant d’évoquer son possible renouveau dans une Corée rurale, où pauvreté ne rime plus avec frustration mais avec générosité, en contraste cinglant avec le point de départ urbain de Jin et Bin. Puisque Treeless Mountain n’a d’autre objectif que de regarder des enfants grandir, transformer l’espoir en doute, le doute en déception et la déception en volonté – ce qui n’est pas rien – c’est une œuvre qui se joue non pas dans les mots, mais dans l’observation de l’humanité, absorbante et rayonnante à la fois, de ses merveilleuses protagonistes.

Et cette humanité, Kim So-yong la filme constamment au plus près. Le visage de Jin cadré en gros plan, exclusif de tout autre environnement que l’on devine néanmoins dans ses réactions et son regard, est le lieu de la narration éthérée du métrage. Les plans serrés, qui font reposer non seulement la responsabilité de sa sœur, qu’elle est chargée de surveiller, mais aussi le film sur les épaules d’une petite fille de six ans, reflètent en permanence et avec justesse l’absence de vision périphérique des jeunes enfants. Les contextes et l’horizon n’existent pas dans Treeless Mountain puisque les enfants ne les perçoivent pas ; leur seul repère, infini mais porteur d’échéances et de renouveau, est le ciel coréen dont la réalisatrice imprègne à plusieurs reprises, et avec un œil remarquable, la pellicule.

Les évolutions de ce drame dont les adultes taisent les implications et les motivations, se jouent dans ce visage ainsi que dans celui de Bin. Kim So-yong y observe les questions devenir des silences obéissants lorsque Jin perçoit qu’il se passe quelque chose, sinon de grave, de décisif ; mais aussi l’absorption permanente du monde par les deux fillettes, leur ressenti qui, toujours, précède et prime sur la compréhension de leur situation. Avec beaucoup de pudeur, la cinéaste autorise Jun à tourner le dos à la caméra lorsque, vexée par une punition de sa tante, elle laisse couler sa tristesse ; mais le reste du temps, les visages des enfants se substituent à tout le cinéma.

S’il est globalement porté par une tristesse qu’il ne dégage pas directement, mais qui provient d’une perception d’adulte et, pour certains d’entre vous, comme moi, de parents blessés dans l’inévitable projection de leurs propres enfants, Treeless Mountain n’oublie pas pour autant d’être drôle et touchant, comme lorsque Bin se rend compte qu’elle peut accélérer le retour de sa mère en réduisant leurs économies en petite monnaie, ou dans le contact intrigué mais respectueux avec un voisin handicapé. On est aussi heureux de constater, au contact de la grand-mère de Jin et Bin, que l’enfance se reconstitue sur la base de l’apprentissage volontaire, et non du simple délestage de tâches quotidiennes. Un optimisme certain donc, pour un film douloureux dans l’abandon potentiel qu’il évoque et transforme en certitude ; puisque l’enfance, interrompue, parvient tout de même à y reprendre son cours.

Treeless Mountain a été présenté en compétition lors de la 31ème édition du Festival des 3 Continents (Nantes).

aka Namu Eopneun San | Corée du Sud | 2008 | Un film de Kim So-yong | Avec Kim Hee-yeon, Kim Song-hee, Kim Mi-hyang, Won Lee-kang, Lee Soo-ah
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