Truth or Dare
aka The Truth Game - Jinshil game - 진실게임 | Corée du Sud | 2000 | Un film de Kim Gi-yeong | Avec Ahn Seong-gi, Ha Ji-won, Gweon Yong-wun, Heo Yeong-ran, Yang Mi-kyeong
Truth or Dare

Lost in translation.

Vous qui, comme moi, avez toujours eu un œil tourné vers les films en langues étrangères, apprécié la musicalité d’une version originale et l’exotisme des sonorités non-occidentales, avez certainement réfléchi à la relation, unilatérale et de dépendance, qui nous relie à celui que l’on va nommer "l’adaptateur" ; à savoir le traducteur - la traductrice - en charge de restituer, sans perturber la vision du film, l’essentiel de ce qui s’y dit, transformant l’oral en écrit, l’exercice d’écoute en lecture. Nous nous en remettons en effet, la plupart du temps, entièrement à cet adaptateur, incapables de savoir si son travail est fidèle, interprété ou erroné. Pour l’amateur de films HK des années 80-90, le problème devient évident - on frôle alors l’abnégation - puisque l’anglais utilisé pour la restitution occidentale est généralement chaotique, nécessitant, cette fois de la part du spectateur, un effort d’interprétation, l’amenant à pondérer la lecture des sous-titres en fonction du contexte visuel. Présenté de cette façon, la passion de l’amateur de cinéma asiatique n’a pas l’air plaisir aisé ; pourtant tout l’intérêt de l’exercice est qu’il est inconscient, soulignant l’intégration et l’interpénétration merveilleuse des règles de narration, visuelles et textuelles, de notre époque. Là où ça se complique, c’est quand l’effort justement, devient conscient.

Prenons le cas de Truth or Dare par exemple. Dans un désir purement "complétiste", comme on dit lorsque l’on a une fâcheuse tendance au "tout otaku", il me paraissait indispensable de découvrir le premier film de la carrière de la fantastique Ha Ji-won (Duelist, Phone), d’autant qu’elle fut primée pour ce rôle face au non moins fantastique Ahn Seong-Gi (Nowhere to Hide, Musa). Pour ce faire, deux choix qui reviennent à la même chose : les éditions, VCD et DVD, proposées par le hongkongais Winson et dotées de sous-titres anglais. Copie enregistrée à la télé, ratio non respecté, souffle permanent qui devient rapidement saturation (gare à vos enceintes), recadrage 4/3 sans la moindre préoccupation de pan&scan (laissant donc des protagonistes hors-champ) et couleurs atroces... le palmarès du VCD - choix économique - est impressionnant, et lui garantit d’emblée une place mémorable dans ma vidéothèque (bon ou mauvais, l’essentiel étant d’être dans l’excès). Les défauts techniques seraient acceptables si le film restait lisible ; malheureusement le travail d’adaptation est tellement mauvais qu’il détourne notre attention de l’image, trop occupés à tenter de comprendre les mots qui se succèdent à l’écran. Notre confiance est trahie, et l’on en vient à regretter finalement, que le film ne soit pas non sous-titré : au moins pourrait-on se concentrer sur la réalisation, langage visuel sans frontière capable de bien des prouesses communicatives.

Là où Truth or Dare revu par Winson devient un cas d’école, c’est que l’édition anéantit aussi la réalisation. Le VCD (j’imagine que le DVD est du même acabit) devient alors une interprétation particulière du film, un objet différent. Et particulièrement désagréable. Alors qu’il est attendu sur scène par des milliers de fans hystérique, Cho Ha-rok ("Aaron" selon notre adaptateur) est retrouvé mort dans sa voiture, d’une overdose, une seringue enfoncée dans sa poitrine. La jeune Dae-hae (Ha Ji-won - "Tania" pour le lecteur) appelle la police pour revendiquer le meurtre de son idole. Présidente du fan-club de la rock star du haut de ses 17 ans, l’adolescente a tué Ha-rok par amour... à moins que ce soit parce qu’il a tenté de la violer. Le procureur Cho (Ahn Seong-gi), dépossédé d’une sombre affaire de transactions bancaires, est assigné à l’affaire. Il commence avec cette jeune femme un délicat jeu de mensonges. Perturbé par sa féminité, il perd ses repères au quotidien, l’ambiguïté de ses sentiments pour Dae-hae transpirant dans sa vie familiale, ses relations avec sa propre fille... Pendant ce temps-là, nous découvrons au travers de flash back chaotiques, la réalité des choses - ou plutôt différents discours, contradictoires, de cette réalité. Ce qui est sûr, c’est que les fan-clubs en Corée du Sud, tiennent avant tout du gang de jeunes femmes.

Pas grand chose à sauver de cette trame indigeste où le maladroit côtoie sans cesse le douteux, n’en déplaise à une Ha Ji-won déjà adorable. La réalisation est atroce - si peu coulée qu’un épisode de Derrick paraît tourné à la steadycam en comparaison -, l’interprétation théâtrale, les retournements stupides... Truth or Dare de toute façon, n’est pas très intéressant, si ce n’est dans son tableau ahurissant d’un univers de passionnées dont on doute qu’il puisse être si virulent. Almost Famous croise Basic Instinct pour nous susurrer que les rock stars et leurs agents violent leurs admiratrices, que les flics adultes rêvent de coucher avec de jeunes hystériques ultra-violentes de 17 ans, lesquelles préfèrent ruer une amie de coups plutôt que d’admettre leurs tendances lesbiennes. Un joyeux pot-pourri cinématographique, transcendé par un travail d’édition ahurissant. Il pose tout de fois, rappelons-le encore, une question essentielle. Devra-t-on désormais parler des films comme l’on parle encore de certains textes anciens ? Dans le cas présent, cet article devrait alors être rebaptisé "Truth or Dare, selon l’édition Winson du début du XXIème siècle". Ceci étant, je doute fort que le matériau d’origine, même en Full HD et apprécié dans sa langue maternelle, présente le moindre intérêt.

Akatomy, le 16.02.2008 | Corée du Sud

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