Turistas

Dieu seul sait pourquoi Alex a accepté de suivre sa soeur dans son voyage au Brésil ; et peut-être même lui ne peut-il comprendre pourquoi Bea et son amie Amy sont aussi calmes dans ce bus qui les conduit au nord du pays, comme le long d’une spéciale de rallye. Alex a de bonnes raisons d’être inquiet ; il l’avait bien dit lui, que la conduite du chauffeur ne les emmènerait pas bien loin... Aucune victime plus tard, coup de chance, le véhicule se retrouve en bas d’un ravin. Nos gringos ont huit heures à attendre avant le prochain bus ; aussi les anglophones se regroupent-ils entre eux pour survivre à la crise : il y a Pru, superbe et chaleureuse australienne qui parle un peu portugais, mais aussi deux grand bretons venus chercher sable, femmes et alcool à volonté. Ca tombe bien : sur la plage en contrebas, une gargotte semble proposer cette formule à toute heure. « Fuck the bus ! » ; un avis général qui amènera le petit groupe à déchanter, lorsque, après une soirée bien arrosée, ils se réveilleront sur la plage, drogués et privés de tous leurs biens personnels. Pas de police pour les aider dans ce coin perdu ; Kiko, qui semble savoir qui les a volés, les éloigne de l’hostilité des villageois (il faut dire aussi que l’un des british a jeté un caillou à la tête d’un enfant qui le narguait avec sa casquette), en les entrainant au cœur de la forêt, en direction de la maison de son oncle...

John Stockwell est un homme intelligent ; acteur à l’origine - dans le Christine de Carpenter notamment, mais aussi dans Top Gun - l’homme s’est rapidement retrouvé de l’autre côté de la caméra, que ce soit à la plume ou à la réalisation. Si tous ses films ne sont pas mémorables - Crazy/Beautiful est certainement l’un des films les moins intéressants de la filmographie de Kirsten Dunst - l’homme a trouvé depuis Blue Crush, un équilibre à la logique imparable, entre artisanat maitrisé et marketing induit. L’élément de base du cinéma de Stockwell, c’est le bikini. Un bikini qui, comme l’explique avec talent Pru dans Turistas, se doit de montrer un maximum sans pour autant rien dévoiler ; un objet de possibilité qu’il faut savoir décliner, dans l’univers du surf (Blue Crush), de la plongée sous-marine (Into the Blue) ou encore du film de vacances façon « medical porn » (Turistas). L’homme flirte avec le génie quand il met la charmante et sculpturale Jessica Alba au service d’un bikini un tantinet trop petit ; sur une 4 * 3 forcément, ça ne laisse personne indifférent. Mais Melissa George - une de mes préférences personnelles, ne vous en déplaise - est loin de constituer un pis-aller pour inciter au voyage, soit-il vers l’enfer de Turistas, tour à tour vert (la jungle), noir (la nuit) et bleu (l’eau). Et puis un peu rouge sang, aussi.

A better and scarier film than Hostel” ; passons sur le fait que cette citation promotionnelle façon two thumbs up n’exprime aucun critère de qualité veritable ; il est vrai qu’avec ses prémisces de eurotrip au Brésil, ses fantasmes et clichés affichés, Turistas a tout pour lorgner vers le non-monument du “torture porn” d’Eli Roth... mais il y a ici, une démarche explicitement différente : il ne s’agit pas de passer du sexe à la violence d’un simple coup de marteau, jouant de la beauté angélique de Barbara Nedeljakova, pour remplir une promesse marketing équivalente au sac à vomi d’antan. Turistas possède une intelligence d’écriture et de mise en scène, qui est celle de la connaissance de ses prédécesseurs et contemporains ; une conscience qui lui permet de se jouer des attentes pour offrir un survival hors du commun.

L’amateur dès le départ, prend conscience de cette singularité. Exit le roadkill qui ouvre régulièrement les survival en région dépeuplée ; s’il y a bien un animal sur la route de nos vacanciers - comme tant de leur congénères, sur le point de tomber en panne -, le chien a l’air mort mais est en fait endormi. Son attitude laisse à penser qu’il pourrait très bien passer sous les roues du prochain autocar, mais il y a aussi autre chose : dans sa nonchalance, il accepte la violence locale, et affirme déjà la tendance des protagonistes du film, à être des spectateurs conscients - et peut-être même les participants - d’une brutalité inéxorable. Une violence qui se dessine sans tarder, sans mensonges ni faux semblants : Stockwell abat très rapidement les cartes du piège tendu aux étrangers par un docteur brésilien et une population consentante. Alors que le sort s’acharne sur nos héros, on se plait à les regarder fermer les issues de secours les unes après les autres, s’enfonçant plus certainement vers l’horreur. Stockwell fait monter la pression avec talent, sans user d’effets faciles, sans trop promettre tout en donnant beaucoup.

En matière d’horreur, John Stockwell n’a pas la même politique qu’en matière de bikini. Les scènes de violence sont peu nombreuses dans Turistas, mais elles sont cliniques, graphiques et redoutables ; d’autant que la plupart sont des scènes de mise à mort. Des morts atroces et pourtant singulières, filmées avec le détachement de ceux qui en sont témoins, incapables de saisir ce qui leur arrive et attirés, avec la morbidité propre à l’homme, par ces corps figés dans l’horreur. Là où Turistas va bien au-delà d’un film comme Hostel, qui fait de la violence son end game, c’est qu’il s’agit d’un véritable survival en trois actes, dont l’apogée graphique se situe au second. Le reste tient du film d’aventures sous haute tension, alors que les survivants tentent de voir leur nombre se maintenir. Même s’il est bon tout du long, c’est certainement dans cette dernière partie que Turistas se hisse vers le haut du panier : les poursuites aquatiques sous les montagnes sont magnifiques, comme ces images de Bea aspirant les bulles d’air collées à la paroi d’un boyau immergé pour tenter de survivre encore quelques instants à ses poursuivants. Dans ces séquences, Stockwell, réalisateur eminemment aquatique, rend plus évidente encore la claustrophobie qui plombe un film pourtant principalement à l’air libre, mais qui donne une grande part à l’ombre, à la nuit, à l’obscurité de grottes immergées, sans jamais renforcer les éclairages naturels.

Turistas est donc une franche réussite là où on n’attendait qu’un catalogue gore de plus. Froid, viscéral et oppressant, c’est un film qui joue sur tous les tableaux du racolage contemporain sans céder à aucune de ses sirènes : la sexualité n’est que toile de fond, tension supplémentaire et même vulnérabilité, le bikini n’est qu’apparât pour dissimuler, non pas la peau mais les entrailles, la violence n’est qu’un intermède, la douleur se subit sans cri ni résistance et les victimes sont fortes et volontaires. C’est bien de survie ici qu’il s’agit, dans un environnement d’autant plus hostile qu’il est magnifique ; à l’image de cette infirmière incarnée par Julia Dykstra, qui susurre des avertissements mais n’hésite pas, au terme d’un baiser, à conduire les victimes de Turistas vers leur mort au nom d’une notion hésitante de médecine équitable. Et n’oublions pas l’accessoire essentiel de ce terrifiant voyage ; Turistas a le bikini sordide, c’est certain. Mais il a le bikini quand même.

Akatomy | 20.05.2007 | Hors-Asie

Turistas est disponible en DVD zone 1, dans une édition double face qui comprend deux versions du film, celle sortie en salles et celle qui nous intéresse ici, "unrated". Il sortira par ailleurs sur les écrans français le 27 juin 2007 ; il faut dire aussi que c’est le film de vacances idéal !

aka Paradise Lost | USA | 2006 | Un film de John Stockwell | Avec Josh Duhamel, Melissa George, Olivia Wilde, Desmond Askew, Beau Garrett, Max Brown, Agles Steib, Miguel Lunardi, Julia Dykstra
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